Assises de l'Ariège: condamné à 12 ans de détention criminelle pour complicité de viols, Daniel Compagnon fera appel

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Coup de théâtre ce matin aux assises de l’Ariège.
Alors qu’on s’acheminait vers une infraction pénale (non assistance à personne en danger, passible de 5 ans d’emprisonnement), et non plus un crime pour complicité de viols (passible de 20 ans), l’avocat général, Cécile Deprade s’est basée sur la jurisprudence pour requérir au minimum 12 ans de détention criminelle «pour le complice de viols bestiaux»Une effraction psychiqueCe matin, le procès a repris avec le psychologue clinicien, M. Coudrey. Ce dernier a procédé aux expertises des victimes. Un syndrome post traumatique a été décelé chez tous deux, accentué chez la jeune femme, présentant une angoisse de mort.
«Son corps de femme a été mutilé, sali, souillé; cette violence extrême a entrainé une effraction psychique que l’on rencontre chez des personnes vivant des épisodes de guerre»
Concernant l’accusé se disant «ermite», l’expertise de Christine Catala souligne un «comportement asocial, dont le code est celui du territoire, pas de l’humain»
Daniel Compagnon le marginal, ne reconnait aucun acte de violence, estime qu’il n’y a pas lieu qu’il soit incarcéré et parle «d’un film» en se référant au double viol. Le Dr Jalby, psychiatre, rejoint la psychologue sur la personnalité asociale de l’accusé, présentant «des traits de personnalité psychopathiques»
Chez Daniel Compagnon, il n’y aurait pas de place pour l’affect, il ne pourrait imaginer la souffrance des autres car ne possédant pas d’empathie.Il n’a rien vu, rien entendu et se voit «comme le pire des salopards»Le lien entre son comportement le soir des viols et son manque d’empathie envers les victimes, fait réagir l’accusé se disant «coupable de non assistance à personne en danger, d’avoir eu cette présence intimidante»
Des propos faisant réagir Corinne Chassagne, présidente de la Cour d’assises. «Hier vous étiez plein de contradictions et ce matin, oh miracle, vous reconnaissez les faits»
Mais non, Daniel Compagnon se voit «comme le pire des salopards», mais nie encore et toujours l’usage d’un couteau pour menacer Cédric.
Cette négation et le témoignage de Cédric hier, ont introduit une question légitime sur la qualification des faits reprochés à l’accusé, à savoir: «complicité de viols»
Cécile Deprade demandant, ainsi que Me Obis, avocate de l’accusé, que des questions subsidiaires soient rajoutées, questions portant sur le secours qui aurait pu être porté aux victimes.
Voyage au bout de l’enfer, degré 0 de l’humanitéMais, pour Me Deviers avocat de Cédric, cela ne fait aucun doute: «si il y a Cour d’assises, c’est qu’il y a eu viol. Je suis fier de défendre Cédric qui est resté digne et loyal, qui attend de vous que la vérité ressorte, que vous la rétablissiez»
S’adressant aux jurés, Me Poussin avocat de Carine a souligné, «pour être la voix de Carine, il faut d’abord la comprendre» Et de retracer un parcours de vie difficile et oh combien chaotique.
A 2 ans, ses parents «ne l’aiment pas assez pour rester»; sa mère se suicide après la mort subite du petit frère, le père décède peu après d’un coma éthylique. «Récupérée» par sa grand mère qui lui dit «je ne t’aime pas assez, et la met à la porte à 13 ans. A 13 ans elle est seule, et elle est dans la rue»
Elle se pique au subutex, rencontre quelqu’un qui meurt sous ses yeux d’une embolie pulmonaire. Elle a 16 ans, et là elle rencontre Cédric «qui la sort de la drogue; elle a enfin quelqu’un qui la protège»
Mais voilà, durant «ce voyage au bout de l’enfer, Cédric est sous la garde de Compagnon, il ne peut la protéger contre ces personnes qui se comportent comme des animaux»
Et Me Poussin de marteler «on ne laisse pas massacrer des gens pendant vingt minutes. Il entend tout, il voit tout, mais il voudrait nous faire croire qu’il n’a rien fait parce qu’il avait peur... et ça je ne peux le croire» souligne l’avocat regrettant de ne pouvoir dire à Carine: «voila on a toute l’histoire, on peut avancer, tenter de se reconstruire»Coup de théâtre du côté de l’avocat général«La non réponse de l’accusé, disant tout et son contraire, un accusé en train de se protéger» a été dénoncée par l’avocat général. Cécile Deprade «s’exprimant au nom de la société», confie: «c’est un pleutre, un lâche qui a laissé commettre l’innommable devant ses yeux»
Au delà de «l’empathie que l’on peut avoir pour les victimes, vous devez avoir une réponse de justice» Dans ses réquisitions, l'avocat général a restitué les faits, scénarisé la scène ne quittant pas du regard les jurés, avant de lâcher une bombe... oui, «des évolutions de la jurisprudence sur la notion des actes positifs de la complicité» peuvent être retenus.
En clair, Daniel Compagnon était présent sur le lieu des trois viols, «il a joué un rôle causal dans leur réalisation. Sa présence n'était pas si neutre que cela, il est intelligent, et il reconnait la non assistance passible que de 5 ans»
Et Cécile Deprade d'étayer ses dires: il a mis le couteau sous la gorge, Cédric a été sous sa garde, savait que ce dernier était inféodé par cette violence, il savait ce qu'il allait se passer, et de poser la question: «et vous croyez que moralement Compagnon n'a pas cautionné?»
Alors oui, pour le magistrat aucun doute, la responsabilité de l'accusé est certaine, il s'est rendu coupable de complicité de viols. «Pour une réponse pénale juste, pour une scène bestiale, pour quelqu'un se disant marginal et refusant le suivi socio-judiciaire», l'avocat général a requis «une peine pas inférieure à 12 ans de réclusion criminelle»Le droit, rien que le droit. Ne pas le juger en lieu et place de BeauvaisDifficile après ce réquisitoire de défendre Daniel Compagnon; c'est pourtant la tâche a laquelle s'est attelée avec brio Me Obis du Barreau de l'Ariège, tentant de semer le doute sur la question fondamentale du droit.
Magalie Obis, «ne demande pas la sympathie pour quelqu'un qui peut déplaire, qu'on peut trouver lâche», mais l'avocate a elle aussi «regardé le code pénal et n'en a pas la même lecture»
Pour qu'il y ait complicité, l'acte doit être accompli sciemment a t-elle expliqué. La passivité ou l'abstention n'existant pas en droit, il s'agit de prouver l'élément moral et matériel. Et pour Me Obis, «Madame Deprade se désolidarise du Parquet, du juge d'instruction et ne caractérise à aucun moment les faits»
Sur les faits justement, l'avocate souligne: «si ce n'est qu'on exècre les actes de Mr Beauvais, on l'a entendu dire: Compagnon n'a rien fait; on reproche sa passivité à mon client... bien sûr ça hante la morale, mais la morale n'est pas dans le code juridique»
Dans sa plaidoirie, la jeune femme est revenue sur les faits. Compagnon n'a pas proféré de menaces, il se serait désolidarisé de Beauvais en allant chercher Carine dans les ronces et en lui glissant, «je ne suis pas comme lui»
Il ne portait pas d'arme au moment des viols, aurait enfermé son chien dans le camion, se serait absenté durant un moment. Alors oui, «il n'a pas osé intervenir, s'est senti dépassé par le comportement d'Eddy Beauvais. Passif oui, mais complice non»
Pour l'avocate aucun doute: «sa présence ne suffit pas à caractériser les faits, l'élément moral, intentionnel ne se trouve pas dans le dossier car il aurait fallu en amont qu'il sache qu'il y aurait viols»
La relaxe a été demandée quant à ce chef d'accusation. Relaxe également pour l'autre chef d'accusation, violences avec armes, «deux versions s'affrontent» selon Me Obis, «avec une victime témoignant que Daniel Compagnon ne l'a pas cognée»
Une défense et un plaidoyer: «comme moi vous ressentez de l'empathie pour les victimes qui ont subi des actes innommables reprochés à Mr Beauvais, mais vous ne devez pas vous tromper d'accusé. Ce n'est pas le procès de l'auteur des viols, mais de celui qui a manqué de courage, qui a été lâche, vous ne devez pas le punir pour les actes d'un autre»
La Cour d'assises de l'Ariège a reconnu Daniel Compagnon coupable de complicité de viols, et coupable de violences avec arme. L'accusé a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle.
La justice n'en aura pourtant pas fini avec ce dossierDaniel Compagnon, comme Eddy Beauvais condamné à 15 ans en février 2013, a décidé de faire appel dès ce soir, au greffe de la maison d'arrêt, de sa condamnation.
Il y aura donc un troisième procès d'ici quelques mois à Toulouse, une autre épreuve pour les victimes de cette nuit d'horreur.
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