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Tribunal correctionnel de Foix: vols et recels, 11 prévenus sur le banc des accusés

© midinews 2014

Si certains viennent en France faire du tourisme culturel ou bien apprendre la langue, d'autres semblent plus attirés par l'aspect mercantile.

C'est le cas dans l'affaire qui a occupé hier après-midi le tribunal correctionnel de Foix. 11 prévenus, 7 dans le box des accusés entourés de personnels pénitentiaires et gendarmes, 4 autres debout face à leurs juges, un autre toujours en cavale.

Il leur est reproché leur participation à une série de cambriolages (33 victimes) commis en Ariège et dans l'Aude entre le mois de juin 2012 et le mois de mai 2013, dérobant du matériel informatique, du carburant, des vêtements et des bijoux. Ils sont originaires d'Azerbaïdjan, de Russie, d'Arménie, mais sont Géorgiens pour la plupart. Aucun revenu fixe déclaré, mais les enquêteurs ont retrouvé des sommes importantes, en espèces, à leur domicile, ainsi que des objets volés, surtout des bijoux ou du matériel informatique. Tous possèdent un portable ouvert sous l'identité d'un tiers.
Tous contestent avec le sourireA voir les sourires et mots échangés, on a l'impression d'une colonie de vacances... Mais voilà, tous comparaissent pour vols ou recels et association de malfaiteurs.
A la barre du tribunal ils déclarent avoir visité l'Ariège, l'Aude ou la Haute Garonne, mais ne se rappellent pas y être passé... en tous les cas, pas dans les villages où ont été perpétrés des vols par effraction.

Extraits:
«Cet appareil photo, je ne le recelais pas, je l'ai acheté au marché de Toulouse. La facture? Sur les marchés on ne donne pas de facture, vous le savez bien. [...] Mon téléphone a été signalé à tel endroit où un vol a eu lieu: ce n'est pas moi, je ne comprends pas, peut-être l'avais-je oublié quelque part ou prêté à quelqu'un, mais vraiment, je ne me souviens pas»

«Cette cane à pêche retrouvée dans ma chambre... elle serait à Zaza. [...] L'appareil photo volé à Tarascon, je l'ai découvert au bord de la rivière. [...] Les bijoux volés et retrouvés, c'est une amie qui me les a donnés pour ma femme restée en Géorgie»

De ces quatre heures de procès, après le ballet des traductrices on retiendra également le témoignage d'Elguja qui affirme à la barre «avoir reçu les 500€ par la poste...»

Sur les reconnaissances visuelles de témoins, là aussi les prévenus s'interrogent: «peut-être se sont-ils trompés, ça peut arriver non ?» Sur ces autres témoins ayant vu un des prévenus s'enfuir à vélo, ce dernier rétorque que ce jour là il se rendait à la Croix Rouge.

Quand l'ADN s'invite dans le débat (pour un seul d'entre eux), celui-ci admet «en effet, c'est peut-être possible. [...] Oui, j'ai peut-être commis ce vol, mais allez savoir ?»

Sur les écoutes téléphoniques mises en place, éléments à charge dans le dossier, il est difficile de comprendre qui a pu parler, et à qui.

Concernant l'association de malfaiteurs (faits commis du 1er juillet 2012 au 22 mai 2013), tous avouent ne rien y comprendre. Sourire aux lèvres, un rien goguenard, Manuel rétorque à la présidente: «juste parce que je les connais»
Ils contestent toute hiérarchisation dans le réseauLes 7 «pieds nickelés» seraient d'après leurs dires, entrés en France avec le concours de passeurs. Tous ont demandé l'asile politique. De concert, ils expliquent être venus en France et précisément en Ariège car ici, vit une importante communauté géorgienne. Ils ont entendu dire dans leurs pays, «en France on pouvait se faire soigner» Et en effet, tous les 7 ont des problèmes de santé. Tuberculose, hépatite C, problèmes au foie, aux reins, à l'œil...

Pour les confondre, en dépit d'une «instruction fouillée et minutieuse, peu d'éléments matériels» des enquêteurs, des dizaines de recoupements ont été effectués, rendus difficiles par les précautions extrêmes prises par les cambrioleurs, qui laissaient peu de traces derrière eux.

«Un travail de professionnels» selon le procureur de la République. Les objets volés sont stockés dans des endroits anonymes, voiture, cave... Le reste était expédié à l'étranger rapidement. Toutefois, 98 objets, bijoux et ordinateurs ont été retrouvés au domicile de l'un des membres de ce réseau, Valéri un Géorgien de 35 ans. Ce dernier est accusé de recels.

Incarcéré pendant 6 mois suite au coup de filet, il est depuis le 20 décembre 2013 sous contrôle judiciaire et a donc comparu libre. Sur les objets trouvés à son domicile et encore soigneusement emballés, lui aussi a expliqué les avoir achetés sur le marché. Valéri est considéré par Olivier Caracotch «comme le point de passage du recel, il a dû jouer un rôle important même si tous contestent toute hiérarchisation dans le réseau qu'ils nient»
Prison ferme demandée par Olivier CaracotchDes peines de prison ferme, de un an, jusqu'à cinq ans de détention (dont Valéri le présumé receleur), et des peines d'interdiction de séjour du territoire ont été requises par le procureur de la République.

Salomé, seule femme à comparaitre pour le recel de 3 ordinateurs, a été la seule à échapper à la prison, mais pas à l'interdiction du territoire, Olivier Caracotch soulignant par ailleurs: «ce réseau, c'est une petite branche d'une mafia géorgienne qui étend petit à petit ses tentacules sur notre territoire»

Le jugement sera rendu le 22 avril.

NR | 09/04/2014 - 19:26 | Lu: 11982 fois