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Assises de l'Ariège: tentative d'assassinat à Montferrier, la question de la préméditation se pose pour la défense

Me Guy Dedieu et Me Jacques Derieux, avocats de la défense.
© midinews 2014

Le procès de David Coudert, s’est ouvert ce matin aux assises de Foix. L’accusé comparait pour tentative d'assassinat sur conjoint.

Le 6 mars 2012, sur la commune de Montferrier, il tirait sur son épouse avec son fusil. Le couple alternait depuis des années, séparations-réconciliations, sous fond de violences, insultes et autres mamours, semble-t-il, réciproques.
Il avoue avoir tiré, mais nie la préméditationCe procès est l’histoire de disputes continuelles, de relations plus que conflictuelles, ayant d’abord débouché sur une séparation, avant de se terminer dans le sang.

Ce jour du 6 mars, le couple s’était rendu au Pas de la Case, faire le plein de cigarettes, en compagnie de J., fils ainé de la victime. A 17h55, le mari prévenait les gendarmes. Il venait de tirer sur son épouse. Sur place, les militaires découvraient une femme étendue devant la porte, et présentant une blessure au niveau de la hanche.

La victime était évacuée dans un état critique, son pronostic vital étant engagé, sur l’hôpital Rangueil de Toulouse. Son agresseur se trouvait à l’intérieur, le fusil de chasse posé à ses côtés. Aux gendarmes il déclarait, lors de son appel, «j'ai tiré sur ma femme. Voilà, j'en ai marre, venez me chercher»

Le couple et leurs trois enfants s’étaient installés en janvier 2009 à Lavelanet. David venait de louer une maison à Montferrier, suite à leur séparation.

D’après ses dires, ce soir là, elle se serait attardée pour récupérer du linge, et en aurait profité pour l’insulter et le menacer de représailles faisant allusion «à des gens d’Angoulême»

Se sentant en danger, il l’aurait menacée avec son fusil de chasse qu'il venait de troquer contre un appareil photo. En lui tournant le dos pour quitter la maison, elle lui aurait soufflé: «Tu n’as pas assez de couilles»

Selon David, «ce serait un accident» L’accusé expliquant à Corinne Chassagne, présidente, «je ne l’ai pas visée. J’ai tiré d’une main, je n’ai pas épaulé»

Toujours selon l’accusé, un seul canon était chargé, et il aurait appuyé sur la seconde détente, alors que sa victime se trouvait à 5m de lui. Il raconte ensuite avoir chargé le fusil la veille, après un coup de fil à Firmin, et l’avoir placé au rez-de-chaussée pour «le saisir plus facilement au cas où»

Il se sentait menacé par ces gens d’Angoulême. Lors de son interpellation, il disait aux gendarmes, ignorer que le fusil était chargé; il leur aurait confié, ne pas vouloir divorcer, et ne plus supporter la relation de Maria avec Firmin. Le casier judiciaire de David Coudert porte mention de violences sur conjoint, des faits s’étant produits en 2010.
Un couple dans l'excès verbal, dans la menaceDirecteur d'enquête à la Brigade de recherche de Pamiers, Jordi Gaignaire a livré les résultats de l'enquête.

On apprend ainsi qu'après la sortie au Pas de la Case, le couple se retrouve au domicile de David, celui-ci ayant demandé à sa femme de le raccompagner, sa voiture étant en panne.

Chez lui, ils font l'amour, puis recommencent à se disputer. Une dispute qui porterait sur Firmin, l'amant supposé et le voyage du couple en Charente où Maria doit récupérer des papiers pour le divorce. D'après l'officier de police judiciaire, l'accusé tenait le fusil à la hanche et le tir de chevrotines et de plombs occasionneront une grosse perte de sang.

Durant la commission rogatoire, Jordi Gaignaire a auditionné de nombreuses personnes. Il indique que les disputes semblaient plus fréquentes depuis peu. Des menaces de mort auraient été proférées par l'accusé, du style «tu ne passeras pas le mois de mars»

Divers témoins soulignent aussi que Maria a «un rapport aisé à la violence» Il semblerait que quelques jours avant, ils se soient mutuellement menacés avec un couteau. La victime est décrite comme autoritaire, engueulant souvent David, et s'occupant de ses enfants.

Lui serait passif, gentil, relativement fainéant, Maria soulignant «qu'il vit à ses crochets» Sur ces «gens d’Angoulême», dont Maria aurait menacé David, l'enquêteur rétorque: «Il s'agit d'un sujet fréquent dans la famille semblant plus tenir du mythe que de la réalité»

Exit donc la mafia d'Angoulême. D'autant que J., 25 ans, le fils ainé de Maria, raconte que son père, qui aurait pu faire partie «de ces gens d'Angoulême», travaille comme menuisier.

Divers témoins sont venus témoigner cet après-midi. Personne n'a vu la scène, mais deux hommes ont entendu le bruit et se sont précipités.

Fabrice s'est occupé de la victime encore consciente. Le couple continuait «à s'insulter alors que Madame se vidait de son sang» explique-t-il. David lui aurait dit, «elle me fait chier, elle m’a menacé avec un couteau» et elle rétorquant, «tu viens de me baiser salaud»
Il aurait eu «un mariage forcé», débouchant sur une vie commune faite de disputes et d’insultesL’accusé a vécu chez ses parents à Angoulême, jusqu’au jour de ses 27 ans et sa rencontre en 1994 avec Maria, «sa première relation amoureuse et sexuelle»

La jeune femme était déjà mère de 7 enfants tous placés par l’ASEU. Ensemble, le couple a trois enfants. Tout petits, ces derniers sont à leur tour placés par les services sociaux.

David explique «ce n’était pas mon but le mariage, mais il a fallu que je me marie pour récupérer mes petits, tout ça à cause de gens disant que la maison était envahie par la crasse»

De nombreuses séparations - réconciliations émailleront la vie du couple, jusqu’à leur arrivée en Pays d’Olmes. L’enquêtrice de personnalité (qui n’a pas rencontré la victime), a dressé le portrait d’un homme «dans la dépendance amoureuse. Présentant des difficultés d’expression orale, il apparait assez limité»

Concernant son rôle de père, Nadine Rieux souligne «il se résumait à des actes ponctuels» Dans sa relation amoureuse, la psychologue le décrit comme «amoureux et dominé» Sur les faits, et la tentative d’assassinat pour laquelle est poursuivi l’accusé, elle parle «d’un comportement réactif, l’accusé se serait senti agressé»
Les trois enfants témoignent et N. parle de «guerre»Les enfants du couple ont livré des témoignages différents, mais tous ont décrit une vie familiale faite de tensions, de violences incessantes.

L'ainée, L., 18 ans, «n'attend rien de ce procès, pour moi il est mort», glisse-t-elle en pleurs. La jeune fille semble avoir eu une relation conflictuelle avec son père, n'hésitant d'ailleurs pas à le frapper à plusieurs reprises, ainsi qu'elle l'expliquera.

Elle ne «trouve aucune qualité à son père», le dépeignant comme une personne profitant de sa mère, et «n'ayant jamais rien fait pour nous»

N. est âgé de 17 ans, il a été placé voici peu en centre éducatif fermé. Le jeune homme brosse lui un autre tableau. «Entre eux, ça n'allait pas, c'était la guerre, ça se battait. Depuis tout petit je vois ça, j'ai pris l'habitude» explique-t-il. N. va voir son père en prison, lui écrit. Il parle d'un père aimant sa mère, mais qui ne voulait pas la voir avec un autre.

«Je sentais que quelque chose allait arriver», poursuit-il, disant: «le week-end précédant il était zen et triste» Ce week-end là, l'enfant une nouvelle fois, s'était interposé entre ses parents alors que son père menaçait Maria avec le fusil.

Suite à cet épisode, N. raconte qu'en pleurs son père aurait démonté et rangé le fusil.

Le benjamin de la fratrie, G a 15 ans. L'adolescent ne va plus à l'école depuis 3 mois parce qu'il a «eu des histoires» Lui aussi raconte une vie familiale empreinte de tension: «ça gueulait tout le temps, comme tous les parents. Des engueulades presque à se taper dessus»

G. parle d'un père normal, «jouant son rôle de père» Sur les menaces et les violences, il aura ces mots: «les deux portaient le pantalon; mon père seul il n'est pas violent»
Se pose la question de la préméditation pour Me Dedieu et Derieux, avocats de la défenseMe Dedieu avocat de l'accusé a la «vision d'un couple interdépendant»

L'avocat est revenu sur les motivations du passage à l'acte, questionnant l'enquêteur de police judiciaire sur ce sujet et livrant peut-être des éléments de sa future plaidoirie: «jalousie, peur de la séparation, sentiment de perdre Maria au profit de Firmin»

Concernant Firmin qui n'a pu être entendu car désormais en Espagne, différents témoins ont expliqué que Maria le présentait comme son amant; ce qu'elle a nié au cours des auditions.

Alors que l'enquête portait sur une tentative de meurtre, le juge d'instruction a requalifié les faits en tentative d'assassinat. Une requalification interpellant les avocats de la défense.

Réponse de l'officier de police judicaire, «la montée en puissance des disputes, des menaces»

NR | 25/06/2014 - 19:12 | Lu: 15495 fois