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Assises de l'Ariège: tentative d'assassinat à Montferrier, souvent femme varie, mais quand l'accusé s'emmêle les pinceaux, la situation devient «savoureuse»...

Me Fabbri, avocat de la partie civile
© midinews 2014

Les assises de l’Ariège ont repris ce matin par le témoignage de deux témoins cités par la partie civile.

Le 6 mars 2012, David Coudert a tiré un coup de fusil sur sa femme, la blessant grièvement à la hanche. Son état avait nécessité plusieurs interventions et un coma artificiel. Comment cet homme jugé «comme une larve, calme et bonasse» a-t-il pu tirer sur son épouse? Et comment parvient-il à suivre le fil, tant ses versions diffèrent?
J’ai dégoupilléMarie, une amie du couple vivant en Charente, n’en revient toujours pas.

«Jamais violent, ni agressif», elle a le souvenir «d’un gros nounours gentil» Bon d’accord, il n’avait aucune autorité sur les enfants, «des teignes», se souvient-elle, se «considérant comme leur copain»

Le témoin se rappelle ne «jamais avoir vu David travailler; son truc, c’était le business» Propos relayés abondamment par Thérèse, une retraitée habitant Lavelanet. «C’est une larve»

Bon d’accord, les deux femmes ne se voient plus, «Maria et Firmin ayant eu un comportement déplacé au club du 3ème âge», comprenez par là, qu’ils se pelotonnaient. Mais Thérèse n’en démord pas, David Coudert «n’est pas un homme, il se faisait entretenir»

Pour Me Fabbri avocat de la partie civile, le fonctionnement matériel du couple semble important, l’avocat se faisant préciser les ressources financières de l’accusé si divorce.

David Coudert est soupçonné d'avoir prémédité son geste. A la psychologue qui l’a rencontré, il dira «j’ai dégoupillé, je suis désolé»

Le Dr Barrère a procédé à l’expertise psychiatrique de l’accusé. Pour l’expert, ce dernier «n’a pas prémédité son acte, il était dans la détermination, dans le désir de se défendre, doublé de la colère, celle de voir Maria partir à Angoulême»

La notion de jalousie aurait donc contribué au passage à l’acte, l’accusé confiant au psychiatre: «quelque chose me poussait à faire cela; je n’ai pas réfléchi»

David Coudert l’affirme à Corinne Chassagne, présidente: «les coups de fusil n’étaient pas pour elle, c’était pour eux»; «eux», des personnes que Maria connaitrait dans des bars d’Angoulême. L’accusé n’en démord pas, «je me suis protégé»

L’interrogatoire de David Coudert est difficile, l’accusé revenant sur ses précédents aveux ou les infirmant. Il précise toutefois: «je n’ai rien à cacher» et avoue que c’est Maria qui a pris l’initiative de la rupture, qui souhaitait le divorce. Lui serait resté pour les enfants, «il les aimait trop»
Les experts en balistique font parler l’armeAu laboratoire de police scientifique de Toulouse, l’ingénieur Jean Luc Bosco, expert en chimie des résidus de tir, a procédé à la recherche des résidus.

Ces particules ont été retrouvées sur les mains de David, sur son blouson, ainsi que sur les vêtements de la victime. L’expert exclut toute distance de tir à moins de 5m.

Philippe Rayner a examiné le fusil de chasse. Un fusil a deux canons juxtaposés, de calibre 12,65. Une arme de 5ème catégorie, avec deux feux de détente relativement durs (5kgs8).

David Coudert n’avait placé qu’une cartouche dans son fusil. Pour tirer, il s’est servi du canon gauche, «la position la moins naturelle pour un chasseur» (ce que semble être l’accusé), car il fallait actionner la détente arrière.

Une manipulation supposant une bonne connaissance des armes selon l’expert expliquant au jury: «il ne suffisait pas d’effleurer pour que ça parte; il faut vraiment appuyer sur la queue de détente» Nous apprenons aussi, qu’avec le canon gauche, «le tir est plus long, plus létal»

Se pose alors la question de l’intention volontaire du geste pour quelqu’un connaissant les armes, pour un chasseur.
Maria témoigne et livre sa vérité. Un témoignage divergeant quant au déroulement des faitsMais avant que la victime ne témoigne, Corinne Chassage l'interroge sur sa santé.

«Plus rien ne fonctionne du genou à la hanche, j'en suis réduite à ne rien faire, je n'ai plus de capacités», souligne-t-elle. Sur son couple, Maria se livre sans fard. Son mariage, malgré quelques heurts, aurait tenu la route avant l'arrivée en Ariège.

2010 marquera le début de la débâcle, la relation s'enfonçant dans les conflits, la violence. Elle nie fermement avoir jamais menacé son mari, «dans ma foi (catholique, NRDL), on ne peut retirer la vie à un être»

Elle avoue avoir proféré des injures. Sur la mafia d'Angoulême, elle précise ne pas connaitre ce milieu, et non, elle n'était pas entraineuse comme le prétend David, mais serveuse. Depuis leur séparation, Maria continue à laver le linge de son mari, à faire son ménage.

«N. passait les week-ends chez lui,» et puis glisse-telle «je ne voulais pas son malheur, le laisser dans la misère» Concernant Firmin, le prétendu amant, «ce n'était qu'un ami, on déconnait» L'accusé était au courant: «il me guettait, il me suivait, il le savait»

L'épouse se décrit comme la «bouée financière de David Coudert; il avait toujours besoin de moi» Au début, Maria ne croyait pas trop aux menaces, ensuite, elle aurait commencé à avoir peur «car il me menaçait souvent»

Sur le déroulement des faits ce jour du 6 mars, elle raconte avoir été chez lui car elle savait qu'il voulait faire l'amour, «ça le calme», explique-t-elle. Ensuite, elle descend à la salle de bains, lui est encore en haut. Aucune dispute n'a émaillé ce moment selon Maria.

Au moment de partir, alors qu'elle est devant la porte, l'accusé lui demande avec qui elle part le lendemain en Charente. «Seule» rétorque-t-elle, comprenant qu'il souhaite l'accompagner. Elle lui aurait alors dit «tu as touché ton RSA, tu peux y aller avec ta voiture»

Maria raconte avoir vu d'un seul coup le fusil qu'il tenait; cet échange aurait duré quelques minutes (et non quelques secondes comme le prétend l'accusé), son mari «pas en colère», la braquant et lui répétant plusieurs fois «avec qui tu pars», avant d'avoir ces mots: «tu n'iras nulle part»

Elle ne conteste pas lui avoir dit «tu n'en auras pas les couilles», expliquant que cela le calmait avant. «Au moment où je me suis retournée pour partir, j'ai entendu la détonation et je me suis écroulée»

Réinterrogé, David Coudert maintient qu'elle l'a menacé; il affirme avoir tiré de suite. «La parole de l'un contre la parole de l'autre» souligne la présidente à l'accusé. «Un accusé qui n'a pas l'air conscient qu'il encourt la perpétuité», lui rappelle Corine Chassagne, en le tançant pour ses sourires.

Des propos relayés par l'avocat général lançant à l'accusé: «vous croyez qu'il se joue quoi là!»
Quand Me Fabbri accule l'accusé dans ses mensongesMoment de flottement quand Me Fabbri accule l'accusé sur ses différentes versions.

Sur le fusil, David Coudert explique l'avoir descendu la veille dans la cuisine, alors qu'il vient de déclarer 2 minutes plus tôt: «c'est N. (son fils, NRDL) qui l'a descendu mais je ne voulais pas l'impliquer»

Sur ses premières déclarations aux gendarmes mentionnant qu'il avait visé les reins, «je n'étais pas dans mon état normal» Sur le pourquoi d'une seule cartouche s'il avait si peur, il ne «sait pas»

Concernant le passage à l'acte, ses motivations, il déclare à Me Fabbri avoir été en colère; aux gendarmes il soutenait le contraire. Sur la chasse, «je n'étais pas chasseur, je braconnais en Charente»

Et là, on apprend qu'il «tirait aussi les gros rats à Lavelanet», gestes à l'appui. Sur ses précédentes condamnations, «je n'ai jamais été condamné», l'homme ayant oublié qu'il avait écopé en 2010 d'une condamnation à un mois avec sursis pour violences sur son épouse.

Là on comprend que David Coudert n'avait peut-être pas fait le rapprochement entre condamnation et casier judiciaire, et qu'il pense que sa femme étant vivante, il ne devrait pas risquer grand chose.

Sa femme (la procédure du divorce est en cours), et victime qui intervient à ce moment là, glisse: «il a toujours été menteur, et n'a jamais pu donner des versions identiques»... Malgré la gravité de l'affaire, une tentative d'assassinat, le public de la Cour d'assises est au bord du fou rire.

Demain, le médecin légiste livrera son rapport avant les plaidoiries des avocats et le réquisitoire d'Olivier Caracotch. Le verdict est attendu demain en fin d'après-midi.

NR | 26/06/2014 - 18:46 | Lu: 15229 fois