Assises de l'Ariège: David Coudert condamné à 13 ans pour avoir tenté de tuer sa femme

© midinews (archives)
Le 6 mars 2012, dans la paisible bourgade de Montferrier, David Coudert a tiré un coup de fusil sur sa femme, la blessant grièvement à la hanche.
Maria passera de longs mois entre opérations et rééducation. De cette agression, elle portera «des séquelles définitives, une infirmité permanente au niveau de la loi», selon le médecin légiste, le Dr Tiennot.
Le déficit permanent ayant été évalué à 45%. Tout au long de ces trois jours d’audience, la question de la préméditation a été au cœur des enjeux, le juge d’instruction ayant retenu la qualification de «tentative d’assassinat par conjoint»
Ce matin, l’avocat général a proposé d’inscrire une interrogation subsidiaire aux questions posées au jury: «L’accusé est-il coupable de violences conjugales ayant entrainé une incapacité permanente», et ce, afin «que les débats soient plus sereins»
Un crime sordide, un crime crapuleux, le crime du lâchePas de doute pour l’avocat de la partie civile, «Mr a mis ses menaces à exécution»
Revenant sur la séparation du couple, Me Fabbri a ces mots: «en effet elle a le verbe haut, mais continue à le nourrir, le blanchir; lui a la culture des affaires se réglant à coup de fusil»
Les menaces deviennent précises et se multiplient souligne l’avocat, avant de se pencher sur les éléments objectifs du dossier, éléments tendant à prouver la préméditation. «L’acte a été réfléchi, l’acte de tuer volontaire et déterminé» (arme prête à servir - pression forte pour la détente du canon gauche, NRDL), quant au mobile, Me Fabbri n’en démord pas, les «motifs se situent au plan matériel»
Et l’avocat de poursuivre, «le coup de fusil clôturait la vie de couple» Rappelant «le calme dont il a fait preuve», Me Fabbri parle «d'un crime sordide, un crime crapuleux, le crime du lâche, il lui tire dans le dos»
Pourfendant le déni de réalité de l'accusé, qui veut un châtiment en hôpital psychiatrique, Me Fabbri conclue ainsi: «la vie de madame a été réduite à néant. Est-ce qu'il se rend compte qu'il a failli faire 10 orphelins. Elle a donné la vie, il a voulu lui donner la mort»
Une quête commune pour la vérité«Il importe peu» à Olivier Caracotch que David Coudert soit poursuivi pour préméditation, «avec une tentative de meurtre sur conjoint il encourt également la perpétuité»
Pour l'avocat général, «ce qui importe est de réfléchir à la volonté de tuer» Et de poursuivre, «cette volonté d’homicide est annoncée depuis plusieurs mois»
Olivier Caracotch est revenu sur la genèse. «Le fonctionnement pathologique du couple a abouti à un trop plein. Trop plein pour lui qui n'en pouvait plus d'être présenté partout comme un homme soumis; trop plein sans doute de se croire à tort ou à raison trompé. Trop plein pour elle d'élever son 11ème fils, celui pour qui on fait tout, pour qui on paye tout»
Le passage à l'acte serait dû au départ de Maria en Charente chercher les papiers pour le divorce. «Et ça, il ne peut l'accepter, il ne peut survivre sans elle. Fallait la tuer pour ne pas la voir partir, pour ne pas la perdre?»
Olivier Caracotch décrit ensuite une situation paroxystique avec une montée en puissance de la violence. Il précise, le coup de fusil est annoncé quelques minutes avant à un témoin: «Je vais lui mettre un coup de fusil et après je serai nourri et blanchi»
Sur les faits, pas de doute quant à l'intention de tuer pour le Ministère public (comme pour la partie civile): l'arme est prête, la pesée sur la gâchette, les aveux aux gendarmes d'avoir visé les reins.
Brillant, l'avocat général donne lecture du dernier PV. Celui-ci rappelle que ce soir du 6 mars 2012, Maria était entre la vie et la mort; les médecins émettant des doutes sur le fait qu'elle passe la nuit, alertent la gendarmerie pour rechercher le fils ainé pour qu'il puisse prendre en charge ses frères et sœur.
David Coudert est coupable de ce qui lui est reproché affirme Olivier Caracotch. Avant de conclure son réquisitoire, il aura ces mots pour les jurés (5 femmes, 1 homme): «quand vous prononcerez cette peine, vous penserez aux 148 femmes mortes cette année là sous les coups de leur mari; vous penserez à cette femme désormais handicapée, et vous penserez aussi à ces enfants qui sans doute pour la première fois de leur vie verront entrer la loi dans leur famille»
15 ans de réclusion criminelle ont été requis à l'encontre de l'accusé.
Le danger est que la vague rouge de la répression vienne vous prendreMe Derieux pour la défense n'a pas la même lecture des faits, du personnage de l'accusé.
L'avocat s'est interrogé sur son absence à porter des mots, son silence, son attitude à pouvoir sourire. «Juger c'est faire l'effort de comprendre, d'apporter une réflexion parce que l'accusé n'en a pas»
Après avoir rappelé que la question de la préméditation n'est apparue qu'à la fin, «seul le juge d'instruction l'a posée», Me Derieux est revenu sur les contradictions de son client «capable de dire blanc et 5mn après noir... ça n'a aucun sens, il n'a aucune réflexion. Frustre, il ne réagit pas, il est dans l'instant»
L'avocat réfute les menaces allant crescendo; menaces et cris étant quotidiens dans la vie du couple. Parlant «de larve face à Rambo», Me Derieux questionne: «pourquoi a-t-il été aussi loin dans la soumission?»
Concernant la préméditation, il rappelle que Maria a appelé David Coudert pour aller chez lui, la preuve un texto. «Un élément matériel qu'on ne peut remettre en cause»
Pas de doute non plus, il n'a pas insisté pour qu'elle aille chez lui. Oui il y a eu dispute après l'amour, les marques qu'il porte en sont la preuve. Alors, oui il a tiré, «il a dégoupillé selon ses mots, il l'aime» Sur les 15 ans requis, aux jurés il dira: «le danger est que la vague rouge de la répression vienne vous prendre»
Il ne voulait pas la tuer, il voulait juste la garderMe Dedieu, également avocat de l'accusé, «car c'est difficile de travailler avec lui, pour lui», reviendra sur le parcours de vie du couple.
L'arrivée en Ariège, «pas à cause d'un asthme, mais parce qu'on est dans la détresse matérielle. On fuit les services sociaux, le regard des autres... on a 10 enfants; on se refabrique un autre regard»
Quant à son client, «il est dans l'humiliation; elle est dans la maltraitance peut-être parce qu'il est faible» Et l'avocat de rappeler que si 148 femmes sont mortes en 2012, 9 hommes sont morts la même année, sous les coups de leur compagne.
«Etre un toutou, prendre une calotte ça fait rire» insiste-t-il. «Il ne disait rien, c'était une cocotte minute acceptant aussi les violences de sa fille. C'est ça David Coudert et ça ne dure pas que depuis quelques semaines, ça laisse des traces, c'est cela qu'il faut entendre»
Me Dedieu en est convaincu «la mécanique du couple a conduit ici. Il est important de comprendre cette relation pour fixer une peine», plaide-t-il avant de revenir sur les faits.
Il ne mettra pas deux cartouches dans le froid dessein de la tuer, il appellera deux fois les gendarmes après le tir. Et de rappeler les paroles du psychiatre, «il l'aime, il ne veut pas la voir partir; ce n'est pas une tentative de meurtre»
En conclusion, Me Dedieu lance à l'attention des jurés: «deux convictions s'affrontent, deux hypothèses crédibles. Dans le doute, s'il vous faut imaginer ce qu'il s'est passé ce soir là, vous croirez en l'hypothèse de l'avocat, en celle de la défense»
Le jury a répondu oui aux trois questions principales qui lui étaient posées: est-il coupable d'avoir tenté de donner volontairement la mort? Etait-il le conjoint de la victime? La tentative a-t-elle était préméditée?
David Coudert a été reconnu coupable d'avoir, avec préméditation, tenté de tuer sa femme au moyen d'une arme. Il a été condamné à 13 ans de réclusion criminelle.
«Un soulagement» pour la partie civile, «contente sur le principe»
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