Yourte d'Arrout: un procès en appel très attendu

© midinews 2011

Le rapport de la fondation Abbé Pierre vient de pointer du doigt les conséquences de la crise du logement en France: fin 2010 plus de 3,6 millions de personnes étaient très mal logées voire sans abri.

Parmi eux, ils sont des milliers à vivre dans des campings à l’année ou dans des habitats de fortune (cabanes, constructions provisoires…).

Des habitats précaires conséquence de la crise du logement, habitats qui se développent ici ou là sans véritable statut juridique.

Léa et Tom, deux jeunes travailleurs mobiles, las d’occuper à l’année un gîte qu’il faut quitter à la belle saison pour faire place aux touristes, décident en 2007 de s’installer à Arrout.

Les logements sociaux de la commune étant tous occupés, en concertation avec le maire, ils construisent une yourte sur un terrain prêté par un habitant de ce village de 70 habitants en échange de l’entretien de la parcelle.

Un choix de vie en osmose totale avec leurs convictions écologistes:

Un habitat léger totalement réversible, réalisé en bois et feutre (laine), des panneaux solaires en guise de chauffage, une source pour assurer leur consommation en eau, des terrasses pour cultiver un potager.

Mais très vite le rêve se transforme en cauchemar, ils sont convoqués à la gendarmerie et malgré la délibération du Conseil Municipal d’Arrout en date du 17 octobre 2008 et le vote d’une motion en faveur du droit au logement, les services de l’Etat (la DDEA) les poursuivent en se fondant sur le code de l’urbanisme pour défaut de permis de construire.

Tom et Léa sont condamnés le 9 février 2010 à la destruction de leur habitat sous deux mois, 600€ d’amende et 10€ de pénalités de jour de retard.

Ils font appel du jugement et seront convoqués au TGI de Toulouse le 17 février 2011.

Pendant ce temps la mobilisation s’est organisée autour d’un comité de soutien très actif et une pétition circule sur Internet.

Pour Léa «Cela fait du bien de ne pas se sentir seul…

Il y a de réels problèmes de logement y compris en milieu rural […] Mais attention nous ne voulons pas nous marginaliser: Tom vient de créer son entreprise de bâtiment et je vais m’installer en maraîchage bio…

Nous sommes totalement insérés dans la société.

Si nous partons en appel c’est pour sensibiliser l’opinion publique et le législateur sur le vide juridique concernant l’habitat alternatif […] ce n’est pas de gaieté de cœur que nous repassons devant trois juges, c’est beaucoup de stress et d’énergie pour une simple installation…
»

Contacté par la mairie d’Arrout l’été dernier pour réfléchir sur la thématique:

«Comment accueillir les nouveaux actifs en Couserans?» François Calvet, conseiller régional (groupe Europe Ecologie) a tout de suite apporté son soutien aux deux jeunes gens.

Etant lui-même agriculteur il s’est souvenu de son installation dans le département de l’Ariège, il y a 30 ans: «Pendant près de quatre ans j’habitais une maison sans eau ni électricité…

Notre groupe considère qu’il faut être pro-actif sur l’accueil des jeunes qui ont des projets d’installation et d’activité pérenne car aujourd’hui le nombre d’agriculteurs diminue, il y a des problèmes dans les autres secteurs d’emploi (industrie, hôpitaux)…

Ici à Arrout, la commune a discuté avec Tom et Léa, un propriétaire leur a prêté un terrain où ils pu construire un habitat léger, le départ d’une histoire qui risque d’être cassée par la demande de démolition de la DDEA…

Il y a un vide juridique pour ces habitats qui peuvent être précaires, temporaires qui sont alternatifs et écologiques.

Le législateur n’a pas réfléchi à d’autres dispositifs c’est regrettable.

Nous demandons dans ce cas précis que le jugement soit favorable en appel et qu’au niveau législatif, la loi proposée par Noël Mamère soit étudiée et acceptée par l’Assemblée nationale…

C’est un réel problème de société  qui est soulevé.

Aujourd’hui que ce soit à la campagne comme à la ville, les gens ont des difficultés pour accéder au logement […] désormais l’histoire de l’Ariège va se construire sur l’accueil et non par le refus de la différence ou de l’apport extérieur, ce serait suicidaire!
»

Nombreux sont ceux qui aux côtés de Tom et Léa se positionnent pour un droit au logement pour tous.

Laurence Cabrol | 02/02/2011 - 20:37 | Lu: 104295 fois