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Sophie Théobald attend depuis trois ans sa mutation de professeur des écoles de la Meuse vers l'Ariège
12/11/2012 | 19:46
Trois ans après sa demande de mutation, Sophie n'a toujours aucun poste en Ariège.
© MidiNews 2012

Depuis 2009, Sophie Théobald, une professeur des écoles de 38 ans, attend la validation de sa mutation de la Meuse vers l’Ariège.

Elle enseignait en Lorraine depuis 13 ans lorsqu’elle a demandé une mutation pour rapprochement de conjoint avec qui elle est pacsée.

«Mon ami a perdu son travail dans notre région tout près de Verdun. Il en a retrouvé un à Pamiers. Du coup, j’ai demandé ma mutation dès le printemps 2009.

Aujourd’hui, je suis toujours septième sur la liste d’attente des enseignements en demande de mutation pour l’Ariège
» explique calmement la jeune femme.

Depuis peu, elle a rejoint un collectif national les «Mutez-nous» qui engage des actions afin que la loi qui protège les enseignants en cas de demande de mutation soit respectée.

En effet, l’article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 indique que priorité est donnée aux professeurs pour raison de rapprochement de conjoint.

«Je la connais par cœur à force. J’ai réfléchi pendant des nuits entières aux possibilités qui s’offraient à moi. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que je ne peux pas démissionner car sinon je ne suis plus rien. Je ne peux plus réintégrer l’Education nationale ni même travailler pour le privé qui travaille sous contrat avec l’Etat» souligne Sophie Théobald.

Le 3 octobre dernier, elle s’est rendue avec une dizaine d’autres enseignants en galère au rectorat de Toulouse. Reçue pendant une heure et demi par le secrétaire général, elle n’a pu que constater le renvoi de balle vers «l’administration centrale», soit le ministère de l’Education nationale.

«C’est impossible de vivre de cette façon: choisir entre famille et carrière. J’ai bien tenté de maintenir le lien mais faire 950 km pour voir son conjoint, c’était beaucoup trop dur, j’ai craqué»

Dernier espoir déçu en date, la parution d’un nouveau bulletin officiel de l’Education nationale. «Il rappelle notre priorité mais se contredit en indiquant qu’on viendrait en complément du recrutement par concours.

Pour moi, c’est une catastrophe. C’était mon rêve de devenir institutrice. Avec une licence de chimie obtenue il y a 15 ans, je ne vois pas comment je pourrais intégrer ce secteur d’activité» indique Sophie au bord des larmes.

Un dépôt de plainte devant le tribunal administratif envisagé

Autre chose qui scandalise la Lorraine, l’inadéquation entre le recrutement national et la gestion académique.

Ainsi en Ariège, on compte cette année 20 enseignants en surnombre, c’est-à-dire qui n’ont pas de classe attitrée.

A cela, il faut ajouter les 17 nouveaux stagiaires qui viennent d’obtenir leur concours d’entrée pour l’académie de Toulouse et affectés en Ariège. Et donc, les personnes en attente de mutation, presque 10 personnes en Ariège.

«Je ne pense pas que les contribuables seraient très heureux de savoir que l’Education nationale recrute énormément alors qu’il a déjà des professeurs des écoles sans travail» s’étonne la jeune femme.

Elle a multiplié les sollicitations pour qu’on s’intéresse au cas des «Mutez-nous» auprès des syndicats d’enseignants, auprès des services départementaux de l’Education nationale, auprès du député Alain Fauré et même en écrivant directement au ministère de l’Education.

«J’ai usé beaucoup de recours, et même si j’ai reçu des écoutes compatissantes, je n’ai aucune réponse concrète à ce jour»

Une situation que l’on retrouve dans beaucoup de départements de France. Du coup, le collectif qui regroupe une centaine d’enseignants envisage de porter l’affaire devant la justice pour faire valoir leurs droits devant la loi.

«On veut s’adresser à un avocat spécialisé en droit administratif pour trouver la faille car tout cela implique des situations personnelles très difficiles»

Des mères éloignées de leurs enfant, des distances qui mènent à des séparations et la multiplication des démissions et réorientations.

Sophie, elle, continue d'attendre l’obtention d’un poste en Ariège en espérant mobiliser l’opinion sur le sort réservé à tous ces enseignants en quête d’un graal qui leur semblait déjà acquis: une classe!

Contact:
http://mutezmoi.over-blog.org
06 37 35 55 84

actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Fontanet | publié le: 12/11/2012 | 19:46 | Lu: 15138 fois