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Maison d'Arrêt de Foix: grève des gardiens de prison pour de meilleures conditions de travail

© midinews 2014

Alors que les députés viennent d’adopter le projet de Loi Taubira sur la réforme pénale, les gardiens de prison ont lancé ce jeudi un mouvement de grève pour dénoncer la surpopulation carcérale et leurs mauvaises conditions de travail.

A la maison d’Arrêt de Foix le mouvement était partiel (à l’appel du seul syndicat Ufap Unsa pénitentiaire) mais les grévistes bien déterminés à se faire entendre car depuis quelques temps le manque d’effectif, creusé par les départs à la retraite des agents, occasionne une recrudescence d’agressions et de problèmes tant au niveau du fonctionnement de l’établissement que dans les conditions de travail.
La maison d’arrêt de Foix est à l’image des autres établissements français en la matière: en surcapacitéUn établissement ancien réservé aux prévenus et aux courtes peines d’une capacité d’accueil d’environ 70 détenus, la maison d’arrêt de Foix accueille entre 90 et 100 personnes pour une quarantaine de surveillants: près de deux fois plus de détenus que de places disponibles.

Selon les gardiens, à la maison d'arrêt de Foix, on transfère des prévenus des autres centrales régionales pour les désengorger. Si bien que certains prisonniers dorment sur des matelas posés sur le sol entre deux lits.

D'avantage de promiscuité, ce qui engendre davantage de violence, ce qui entraîne une atmosphère de travail de plus en plus insupportable pour les gardiens.

«Au mois d’avril il y a eu une agression assez violente sur un gardien à coup de pieds et nous ne sommes pas à l’abri d’une prise d’otage ou de tentatives de suicide», explique Yannick Appart de l’Ufap-Unsa qui dénonce le manque d’effectif:

«Nous enregistrons trois départs en retraite au 30 juin prochain et en même temps la création d’une nouvelle infirmerie dans l’établissement ainsi que l’ouverture des ateliers de travail pour les détenus. Nous ne sommes que 44 en comptant le chef d’établissement. On tourne à minima, les gardiens sont dans l’insécurité et constamment mis en danger. Il nous manque dix personnes et quand nous faisons des heures supplémentaires l’administration rechigne à nous les payer»

N'ayant pas le droit de grève, les gardiens sont venus sur leur temps de pause, ce qui explique également le peu de manifestants: «Nous avons fait appel aux retraités mais il s’agit d’un mouvement national. Il a également été suivi à Béziers, Perpignan, Lannemezan, Albi, Seysses, Muret»
Des métiers qui ne sont pas suffisamment reconnusLes gardiens demandent également l’abrogation de l’article 57 de la loi pénitentiaire*: «Nous sommes obligés de faire des fouilles aléatoires des détenus, ce système est une véritable passoire, nous demandons de l’abroger»

Quant aux parloirs sauvages dont le voisinage pouvait se plaindre, voyant passer de curieux individus encapuchonnés qui s’adonnaient à de curieux lancer de marchandises, ils ont cessé depuis quelques mois car les prévenus ont à présent selon les gardiens des téléphones portables et peuvent communiquer en toute liberté avec l’extérieur.

Enfin autre pierre d’achoppement le nombre de Conseillers Pénitentiaires d'Insertion et de Probation (CPIP): «Ils sont 3,3 titulaires alors qu’ils devraient être 6 pour 660 dossiers à gérer dans le département de l’Ariège. La loi Taubira avait limité à 80 dossiers par CPIP, nous en sommes à plus de 160… comment voulez-vous travailler en toute sérénité. Sans parler des greffiers, ils ont beaucoup de responsabilité avec la pose d’écrou, le suivi du parcours pénal… c’est un peu le dernier rempart avant la privation de liberté et malheureusement leur métier n’est pas du tout reconnu»
Des besoins indiscutables selon la ministre de la JusticeDu côté du gouvernement, Christiane Taubira reconnaissait ce matin sur RTL des «difficultés» et problèmes d'effectifs, alors que les prisons françaises battent régulièrement des records de surpopulation.

«Les besoins sont indiscutables», insiste la ministre de la Justice, assurant «batailler pour expliquer les besoins de ce ministère» face aux quelques 70 millions d'économies prévues pour le ministère de la Justice.

Christine Taubira rappelle par ailleurs avoir lancé il y a un an un «plan de sécurisation» de 33 millions d'euros, dont l'Ufap estime qu'il n'est pas appliqué assez rapidement. L'organisation syndicale avait déjà organisé une première journée d'action le 6 mai, sur les mêmes revendications, qui avait touché une centaine d'établissements sur les 192 que compte le pays.

*l’article 57 de la loi pénitentiaire (Loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire). «Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. Les investigations corporelles internes sont proscrites, sauf impératif spécialement motivé. Elles ne peuvent alors être réalisées que par un médecin n'exerçant pas au sein de l'établissement pénitentiaire et requis à cet effet par l'autorité judiciaire»

Laurence Cabrol | 12/06/2014 - 19:28 | Lu: 16317 fois