Prise en charge de la maladie d'Alzheimer: l'Ariège plutôt bonne élève

© midinews � G. Rohde

Alzheimer est une maladie neurodégénérative complexe qui conduit à une détérioration des capacités cognitives et entraine progressivement une perte d’autonomie. Elle touche entre 850 000 et 900 000 personnes en France, âgées en moyenne de 78 ans, selon diverses estimations.

Malgré de nombreuses recherches, ces dernières années, il n’existe toujours aucun traitement susceptible de guérir d’Alzheimer, seulement des traitements permettant d’atténuer ou de retarder certains symptômes. Mais pour être efficace, le diagnostic doit être précoce et le médecin généraliste joue un rôle primordial dans le dépistage.
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À la veille de la journée mondiale de la maladie d’Alzheimer nous avons rencontré le Docteur Lawrence Bories, médecin gériatre, responsable médical de l’Équipe Territoriale de Prévention du Vieillissement et de la Dépendance de l’Ariège.

Le département est plutôt bon élève: «le taux d’évaluation est le plus élevé de Midi-Pyrénées — même si on voit souvent les patients trop tard, tempère le spécialiste.

Par contre les consultations mémoires sont très fréquentées et la filière gériatrie est bien implantée sur tout le territoire. Il est important d’avoir un relai pour les aidants familiaux et être capable de leur proposer des formations spécifiques, leur permettre d’accéder aux financements et de supporter la pression psychologique.

Je me réjouis du retour de l’association France Alzheimer sur le département. En sommeil depuis quasiment un an et peu active depuis plusieurs années, il m’est apparu nécessaire de redonner un nouvel élan, de mon point de vue, à un partenaire fondamental pour les familles et donc les malades.
»

Le Dr Lawrence Bories n’est pas étranger au maillage territorial de la filière gériatrique dans le département.

Depuis plus d’une dizaine d’années, il impulse cette dynamique qui permet aujourd’hui de compter sur une filière bien structurée (accueil de jour, ambulatoire, filière complète et prise en charge des typologies aigües) sur les trois principaux hôpitaux des trois territoires: Couserans, Val d’Ariège et Pays d’Olmes.

«Nous travaillons en réseau poursuit le coordonnateur départemental. Ici au CHIVA nous avons deux spécificités: la formation aux aidants et la recherche en partenariat avec le Gérontopôle. Notre objectif étant d’augmenter les points d’entrée sur le territoire.

Côté dimension médico-sociale l’Ariège n’est pas en retard avec les CLIC (il y en a 11 sur le territoire) et les Maisons pour l’Autonomie et l’Intégration des Malades Alzheimer (MAIA). Ces structures accompagnent les patients atteints de maladies neurodégénératives graves. À noter qu’en Pays d’Olmes les équipes sortent hors les murs et interviennent dans les maisons de retraite
»
Le dépistage précoce est essentiel
C’est le cheval de bataille du Docteur Bories car selon lui il y a beaucoup à faire en matière de stimulation et vers des thérapeutiques plus efficaces.

«Ce n’est pas de la psychiatrie, c’est une maladie à part entière même si certains praticiens n’arrivent pas encore à l’assimiler»

En matière de dépistage le rôle du médecin généraliste est primordial. Ce ne doit pas seulement être un prescripteur d’ordonnance d’où la nécessité de les former à ces pathologies «la gériatrie ce n’est pas très sexy mais cela fait partie de la vie et de nos jours elle fait partie des enseignements obligatoires

Depuis le plan Alzheimer 2008-2012, le dispositif s’est renforcé avec la mise en place de plus de 400 Centres de consultation mémoire et 252 Maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades Alzheimer.

«Une prise en charge précoce permettra au sujet de rester plus longtemps à son domicile, lieu par excellence à favoriser car porteur de l’histoire et de la mémoire

Plus de 120 000 malades résidants à domicile ont pu être pris en charge, grâce aux services communs à l’ensemble des personnes âgées en perte d’autonomie, et aux dispositifs spécialisés (25 000 places réparties entre les Équipes spécialisées Alzheimer à domicile — Esad —, les accueils de jour dédiés et l’hébergement temporaire).

Mais cela ne représente que 20% des malades estimés résidants à domicile, les 80% restants n’ayant pas encore été suivis, faute de diagnostic. Pour les malades au stade modérées ou sévères, il manquerait selon les études nationales plus de 130 000 places dans les EHPAD (maisons de retraite).
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La maladie d’Alzheimer a un coût très lourd, à la fois psychologique et comptable.

Les coûts médicaux et paramédicaux de la prise en charge des plus de 850 000 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en France, s’élèvent à quelque 5,3 milliards d’euros par an, selon une récente étude de la Fondation Médéric Alzheimer.

L’évolution de l’espérance de vie fait augmenter le nombre de personnes âgées avec des impacts médicaux économiques forts, à la charge des collectivités dont les Conseils départementaux qui financent les maisons de retraite et l’Allocation pour la perte d’autonomie (APA).

Les technologies peuvent améliorer la prise en charge des personnes âgées dépendantes et peuvent contribuer à diminuer les coûts, notamment dans les établissements spécialisés.

«Nous sommes par exemple confrontés à des problèmes de fugue, notamment pour les personnes atteintes d’Alzheimer, rappelle le Dr Lawrence Bories. Aujourd’hui, il existe des systèmes de capteurs qui permettent de signaler la fugue mais qui ne donnent aucune information dès que le malade s’éloigne de l’établissement. C’est un réel problème auquel nous sommes confrontés, car nous nous devons d’assurer leur sécurité.

Patch, montres… aujourd’hui nous travaillons avec six entreprises, identifiées par Ariège Expansion, qui développent des systèmes, plus souples, moins onéreux à installer et qui permet la géolocalisation d’un patient, où qu’il se trouve
»

Le maintien à domicile figure aussi dans les pistes de travail, via notamment les systèmes de téléassistance, de contrôle d’accès (pour sécuriser un portail, un appareil électroménager…) ou les biocapteurs (détection des chutes) avec alerte immédiate sur les smartphones des aidants.

Le Dr Bories est convaincu que la prise en charge précoce des patients, la mise en place d’une stratégie adaptée à l’évolution de la maladie et l’accompagnement des aidants dans les formations permettront d’apporter une réponse adaptée à la maladie d’Alzheimer.

Selon les projections, le nombre de malades devrait augmenter de 60% d’ici 2040.

Statistiques pour le département de l’Ariège (sources Observatoire Cap retraite 2015):

En Ariège, on compte 3467 malades estimés.

1070 malades sont pris en charge en ALD 15, au titre du régime général de l’Assurance Maladie.

Dans le département, on compte en moyenne, 5,4 places en ESAD, 14,5 places en accueil de jour et 20,3 places en hébergement temporaire pour 100 malades estimés (contre 4,4 places en ESAd au niveau national, 7,3 places en accueil de jour et 19,3 places en hébergement temporaire pour 100 malades estimés au stade léger modéré ou sévère, résidants à domicile.

Dans le département, 599 personnes estimées au stade sévère de la maladie résideraient en établissement. On compte 36,7 places pour 100 malades estimés.

En moyenne, au niveau national il existe 25 places pour 100 malades estimés pour une prise en charge adaptée des malades au stade sévère résidant en EHPAD.

Laurence Cabrol | 17/09/2015 - 19:38 | Lu: 11503 fois