Il ne manquait que Jean-Pierre Bel. Le président su Sénat, excusé de dernière minute, puisque appelé au Conseil de l’Europe à Strasbourg, a tenu tout de même à faire savoir par vidéo interposée tout son soutien et sa préoccupation envers un secteur pour lequel «des solutions sont à l’étude»
La plupart des élus invités à la grande assemblée générale annuelle de la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics de l’Ariège, présidée par Gérard Centenero, ont fait le déplacement aux Forges de Pyrènes à Montgaillard.
Frédérique Massat, Alain Fauré, Roger Sicre (représentant le Conseil général) et Marc Carballido pour la Région tandis que M.Salvador Pérez préfet de l’Ariège y représentait l’état et ses services.
Gérard Centenero qui rappelle que «la Fédération se veut le porte-parole d’une profession» qui a bien des choses à dire et entend manifestement profiter de la présence de tous ces édiles ou services de l’état pour faire entendre ses revendications.
Il faut dire que le secteur qui compte 130 entreprises en Ariège pour environ 2.000 salariés est en crise et les perspectives 2013 s’annoncent très sombres à l’image des carnets de commandes qui s’amenuisent comme peau de chagrin.
Accroissement des charges, TVA à 7.7%, suppression de certaine niches fiscales favorables au secteur, atonie de la croissance, baisse de la compétitivité et concurrence jugée déloyale de certaines entreprises étrangères (surtout ici en zones transfrontalières) ou même des auto-entrepreneurs qui n’ont pas le même niveau de charges et voilà que tout un pan de l’économie française et ariégeoise se lézarde.
En Midi-Pyrénées, l’Ariège est le département le plus touché par la crise qui frappe le secteur, expliquant pour partie des chiffres records en termes de chômages (12.2% pour mémoire en Ariège), de RSA qui place le département au 10ème rang au niveau national.
Parallèlement, le chiffre d’affaires du secteur connaît des baisses régulières au fil des ans, des défaillances d’entreprises et des destructions nettes d’emplois.
«C’est la cohésion sociale tout entière qui est menacée» clame M.Centenero qui appelle tout le monde sur le pont pour prendre ses responsabilités.
Car à cela se rajoutent la raréfaction des crédits, l’extrême prudence bancaire au cœur de la crise financière, la disparition de la banque des collectivités publiques (Dexia) que complètent un désengagement des collectivités au travers de la commande publique (qui compte pour 80% dans l’activité du secteur en Ariège) sans compter des délais de paiement rallongés représentant pour certaines entreprises jusqu’à un an de trésorerie.
La situation est grave mais pas désespérée. S’ils ne peuvent que convenir que «l’avenir immédiat n’est pas rose», Bertrand Sablier (délégué général de la Fédération Française du Bâtiment) et Bruno Dumas (président de la Fédération Régionale) en appellent à la prise en compte par les pouvoirs publics de leurs revendications exposées au plus haut niveau de l’état.
Par le truchement d’un «manifeste pour un quinquennat constructif» tout d’abord, puis d’un Livre Blanc du secteur.
Ce dernier comporte 85 mesures concrètes dont les responsables de la fédération entendent voir se concrétiser 2/3 des propositions au moins. «On vit au rythme des lois, toujours plus complexes et contraignantes»
En attendant, il faut tenir jusqu’en 2014, année à partir de laquelle les diverses mesures et engagements à venir devraient commencer à porter leurs fruits pour un secteur qui entend faire valoir que la reprise doit reposer aussi sur les industries à forte main d’œuvre non délocalisable et qui de plus irriguent les territoires, «les pays», tout en conjuguant constructions neuves (et notamment les logements sociaux), moins énergétivores, et rénovation de l’ancien (avec une fonction de sauvegarde du patrimoine).
Si M. Pérez a rappelé tout l’engagement des services de l’état aux côtés de porteurs de projets, notamment pour diminuer les délais de procédures, il a rappelé toutefois que «nombre de dossiers pêchent en qualité et qu’environ 10% seulement des enveloppes budgétaires de l’état et des ses partenaires (sur un total de 28M d’euros) étaient à ce jour consommées faute d’engagement des porteurs de projet, une fois les subventions obtenues.
Toutes sommes perdues si les projets soutenus ne connaissent pas un début de réalisation d’ici à la fin de l’année»
Il a par ailleurs souligné «l’action performante du CODAF» (le Comité départemental d’action contre la Fraude), dans la lutte contre les infractions et la concurrence déloyale menée par l’état et les services associés qui peuvent se traduire par des peines fiscales et pénales.
L’intervention de Frédérique Massat, Vice-Présidente des affaires économiques à l’assemblée nationale, a quelque peu mis du baume au cœur des personnes présentes.
En rappelant la création imminente de la BPI (banque publique d’investissement) dotée de 30 milliards de fonds propres ainsi que le doublement des crédits alloués à la banque Postale (à 4 milliards), confortant en cela les propos du Préfet, elle a souligné l’engament de l’état en faveur de mesures fortes envers le logement (le neuf, la rénovation et le vacant) et l’énergie principalement, dont le secteur du BTP profitera directement.
Ou bien encore la demande qu’elle a elle-même formulée de retirer le bâtiment du champ de l’auto-entreprenariat.
Enfin, M.Sicre voit en la démographie ariégeoise ou bien encore les mutations profondes de son économie des signes porteurs de perspectives encourageantes sur le long terme.
Une table-ronde nourrie d’échanges dans laquelle Marc Carballido mettra en avant en particulier les attentes qui sont celles des collectivités publiques vis-à-vis de l’Acte III de la décentralisation.
Si chacun s’attend à un mieux en 2014, pour beaucoup l’idée générale est qu’«il va falloir tenir jusque là»
La signature qui s’en est suivie d’une convention partenariale exemplaire entre les représentants de la Fédération du Bâtiment et M. Eric Toubeau de Pôle Emploi Midi-Pyrénées n’aura que partiellement rassuré les personnes présentes.
Cela dit, faire une longue et belle carrière dans le bâtiment est encore possible et même récompensé à l’image de MM. Denis Rouaix, Antoine Loureiro Amilcar Da Silva ainsi que Sylvain Bernardi honorés par leurs pairs.
Pied de nez également à des métiers longtemps dévalorisés voire même snobés par l’éducation nationale et que l’on redécouvre aujourd’hui avec le développement de l’apprentissage qui doit cependant encore gagner ses lettres de noblesses en termes d’image, de pénibilité voire même de sécurité dans les conditions de travail.
«Tout seul on n’est pas grand-chose, ensemble nous pouvons tout» conclura le président Centenero.
L’avenir proche devra lui donner raison. Il en va de la survie de tout un secteur.
La balle est désormais dans le camp des élus et des pouvoirs publics, car il faut restaurer un climat de confiance généralisé: professionnels du secteur, banque, investisseurs et collectivités jusqu’aux entrepreneurs, employés et citoyens à l’autre bout de la chaîne.
L’outil de production est prêt, la profession sur le qui-vive, en attendant le redémarrage de l’activité. Car quand le bâtiment va… tout va !
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