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Saint-Girons: procédure d'alerte aux papeteries de la Moulasse, syndicats et élus cherchent une issue de diversification
29/01/2013 | 19:01
© MidiNews 2013

Sur le NYSE, la bourse de New York, le groupe SWM, propriétaire des papeteries de la Moulasse à Saint-Girons, présentait au mois d’octobre dernier ses derniers chiffres connus.

«Des faits saillants», ainsi que le fait apparaitre le communiqué du groupe, qui attestent d’une forte croissance sur les neuf premiers mois de l’année.

Des ventes nettes qui s’affichent à 202 millions de dollars, soit une augmentation de 6% par rapport au même trimestre de l’année précédente et un résultat opérationnel en hausse de 44%.

Parallèlement la dette nette, celle du groupe, affichait une baisse record de près de 20 M$ pour s’établir à 48 M$. Le tout générant un bénéfice net de 27,7 M$.

Des chiffres qui faisaient alors dire à Frédéric Villoutreix, président du conseil et chef de la direction France, «nous avons eu de solides résultats […] qui soulignent notre dynamique commerciale et restons sur la bonne voie pour atteindre l’ensemble de nos prévisions de résultats»

A quelques kilomètres de là, à Saint-Girons, aux papeteries de la Moulasse, propriété du groupe SWM, l’ambiance est nettement moins optimiste.

A nouveau en procédure d’alerte (une précédente avait eu lieu en juin 2010), les représentants syndicaux du site ont été reçus par leur député, Alain Fauré pour faire le point de la situation.

«On se met autour de la table et on parle, dira le député, sans tensions ni passions», lui qui tient à afficher «son soutien dans l’action»

Une dizaine d’ouvriers et salariés de la Moulasse lui font face. Parmi eux Jérome Rivière, représentant le syndicat CGT La Moulasse, Christophe Couderc, de l’Union départementale CGT de l’Ariège et Christian Laberty, délégué syndical CGT de la Moulasse.

Jean-Noël Vigneau, maire d’Eycheil, puissance invitante est là lui aussi ainsi que Marie-Christine Dénat-Pince, adjointe à l’enfance jeunesse de la ville de Saint-Girons mais aussi suppléante du député qui se veut «l’interface avec les élus sur le territoire»

Inscrite dans le code du travail, la procédure d’alerte peut être déclenchée par le comité d'entreprise si la situation économique de l’entreprise le justifie afin de demander des explications à l’employeur.

C’est le cabinet SECAFI dont Jean-François Simonet a rejoint la réunion en cours de route, déjà intervenu en 2010, qui s’est vu confier cette mission d’expertise.

«Une perte de commandes artificielle» pour les syndicats
Sur un territoire encore hanté par la disparation des usines de Lédar, les syndicalistes présents dénoncent tout au long d’une explication franche et presque conviviale devant le député, la baisse de production «une perte de carnet de commandes artificielle» selon eux.

«On était à 20.000 tonnes en 2007 on est passé à 12.600, volume historiquement le plus bas. 1.400 tonnes ont été détournées vers le Brésil alors que là-bas il y a un souci avéré de qualité. C’est l’hécatombe», dénoncent-ils en chœur martelant qu’avec ce niveau de production le chiffres d’affaires du site perdra 7 millions d’euros par rapport à 2012 et le résultat opérationnel restera négatif à 3,7 M€.

Ils y voient une manœuvre pour diminuer les effectifs (passés de 307 salariés à 290 aujourd’hui) en attestent les 14 CDI cette année puis les 11 suivants en 2014 qui devraient partir (dans le cadre de rupture conventionnelle ou de mesure de pénibilité de fin de carrière).

Ils mettent aussi en avant le souhait de la direction de développer «la polyvalence via une GPEC parmi les effectifs restant, plutôt que d’embaucher, pour pallier le manque de personnels suivant les marches des machines»

De même, la direction leur «imposerait la prise de RTT pendant les temps d’arrêts de machines, pour éviter le chômage partiel»

Aussi, alors que le groupe se porte bien avec un retour sur investissement de 23% et un marché du papier lip qui connait une augmentation de 10%, ils considèrent les investissements «comme de l’entretien courant, passant de 1.2 M€ en 2012 à 650.000 € en 2013»

Pour eux, la direction n’a que deux mots à la bouche: «restriction des coûts de fabrication et baisse de la masse salariale»

Un vrai projet de diversification comme seul relai de croissance
Enfin, ce que dénoncent au député particulièrement attentif à ces questions, l’ensemble des syndicalistes c’est «l’absence de dialogue social», voire même «une rétention de l’information»

Or, estiment-ils, «ici nous avons un vrai savoir-faire, on est souple sur les augmentations de production, on sait s’adapter. On est laboratoire du groupe en France»

Questionné par le député, l’expert confirme: «l’outil industriel est vieillissant mais pas encore rattrapé par les sauts technologiques de la concurrence»

Il poursuit: «le groupe est solide, même si la filière papetière est en difficulté structurelle, avec un fort endettement (alourdi par les frais de siège) d’autant que des volumes ont été orientés ailleurs (comme Quimperlé ou encore en Pologne)»

Pour lui, face à cette baisse de l’activité et des perspectives, «la seule issue est un vrai projet de diversification comme relai de croissance du site de Saint-Girons», même si les syndicalistes se souviennent de la disparition de la Malaucène, berceau du papier lip avant que la production ne parte en Pologne.

Il faut être lucide, dira le député «attentif aux emplois sur le bassin couserannais, ce n’est pas le gouvernement qui va décréter qu’on garde telle ou telle entreprise. C’est au territoire de se mobiliser»

Pour Jean-François Simonet toutefois, «les dirigeants portent des projets ambitieux en matière de diversification dont certains pourraient s’avérer intéressants pour le site de Saint-Girons, dans l’emballage et les tissus biodégradables notamment»

Un «souffle nouveau» peut se faire jour en cherchant des niches pour «utiliser au mieux l’outil industriel et augmenter les moyens de productions»

Mais ce ne serait que pour 2015 «au mieux», selon l’expert. Pour l’heure, dans le cadre de la mission confiée à la SECAFI, c’est à un diagnostic complet de ces projets qu’il faut s’atteler. «On y verra plus clair dans deux mois concernant les investissements nécessaires» assure-t-il.

Face aux inquiétudes manifestées, le député aura joué son rôle «d’auditeur candide» jusqu’au bout, écoutant, faisant état de ses propres expériences, s’efforçant de chercher des solutions. «On restera combatif, on ira revoir la direction»

Il propose de faire un point régulier, dont le prochain pourrait s’entrevoir «en avril»

S’il se défend de «promettre la lune», il s’efforce d’entrevoir «dans quel fond de tiroir on pourrait aller chercher les financements nécessaires à (ré)amorcer la pompe»

Un échange qui aura au moins permis de faire un tour approfondi de la question, d’aplanir les incompréhensions,… tous autour de la table.

Il ne manquait que la direction pour que cet exercice de communication soit réellement transparent entre toutes les parties prenantes.

Ce soir, la bourse de New York, elle, clôture en hausse. Le week-end aura au moins été profitable pour certains.

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auteur: Py.M | publié le: 29/01/2013 | 19:01 | Lu: 18229 fois