Les insurgés islamistes somaliens shebab ont publié lundi sur Twitter trois photos du cadavre d'un homme blanc, présenté comme le chef d'un commando français tué dans l'opération ayant échoué à libérer samedi en Somalie un otage français qu'ils détiennent depuis 2009.
Ils ont par ailleurs annoncé être parvenus à "un verdict unanime", qu'ils rendront public "dans les heures à venir", sur le "sort" de l'otage, un agent des services français de renseignement extérieurs (DGSE) nommé Denis Allex (vraisemblablement un pseudonyme).
Ce dernier est présumé mort depuis l'opération qui n'a pu l'arracher à ses geôliers. Mais les shebab ont assuré, sans en apporter la preuve, qu'il était vivant et entre leurs mains, et avaient annoncé leur intention de le juger.
La première image publié lundi par les shebab montre le corps d'un homme, apparemment jeune, cheveux courts, portant des marques sur le visage, vêtu d'un pantalon clair et d'une chemise sombre, et présenté en légende comme "le commandant français tué durant l'opération de secours bâclée à Bulomarer", localité sous contrôle shebab du sud de la Somalie, où était localisé l'otage.
"François Hollande, cela en valait-il la peine?" demande au président français la légende de la deuxième photo sur laquelle apparaît, à côté du corps, du matériel militaire soigneusement disposé: armes, chargeurs, gilet pare-balles, casque, sac à dos, matériel optique...
L'homme décédé porte des chaussures de type militaire et un gant de protection à la main droite. Il n'est pas possible de savoir, à partir des photos, où il a été blessé.
La troisième photo montre son visage en gros plan. Du col de la chemise dépassent, visiblement mises volontairement en évidence, une chaîne et une petite croix chrétienne argentées. "Retour des Croisades, mais la croix n'a pu le sauver du sabre", dit la légende.
Une quatrième photo décrite comme celle d'une "partie du butin récupéré des forces françaises en fuite" montre deux fusils d'assaut et une arme de poing - tous couleur camouflage et munis de silencieux - et plusieurs chargeurs.
mise en scène macabre
Via cette opération de communication soigneusement orchestrée, les shebab ont confirmé les appréhensions du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui avait dit craindre lundi matin une "mise en scène macabre et indigne" des cadavres du militaire français et de Denis Allex, enlevé le 14 juillet 2009 à Mogadiscio et que Paris présume avoir été exécuté samedi par ses geôliers.
M. Le Drian avait ainsi implicitement confirmé la mort dans le raid d'un deuxième militaire français, jusque-là "porté disparu", et le fait que son corps n'avait pu être récupéré.
Selon les shebab, ce soldat français, qu'ils présentent comme le "commandant dirigeant l'opération", a succombé à une "grave" blessure après avoir été capturé. "Le Haut-Commandement des shebab décidera lors d'une prochaine étape" de restituer ou non son corps, a déclaré à l'AFP un porte-parole militaire des shebab, Abulaziz Abu Musab.
L'opération menée par le Service Action (SA) de la DGSE s'était soldée par un échec. Le commando d'une cinquantaine d'hommes, déposés par hélicoptères dans la nuit de vendredi à samedi à trois kilomètres de Bulomarer avait fait face, selon M. Le Drian, à une résistance "plus forte que prévu" des islamistes.
Selon des témoins sur place, leur atterrissage avait été repéré par des habitants et les shebab rapidement informés. Huit civils somaliens ont péri durant le raid, certains abattus par des commandos français, ont également affirmé des habitants.
Depuis qu'ils ont été chassés de Mogadiscio par une force de l'Union africaine (UA), en août 2011, les shebab défaits par une coalition d'armées régionales mieux équipées, ont dû abandonner la totalité de leurs bastions.
Ils contrôlent néanmoins encore de larges zones rurales du sud et du centre de la Somalie, pays pauvre de la Corne de l'Afrique, privé de réelle autorité centrale et plongé dans le chaos depuis 1991.
La captivité de Denis Allex est la plus longue d'un otage français à l'étranger, derrière celle de la Franco-colombienne Ingrid Betancourt, détenue plus de six ans par les guérilleros colombiens.
Le 4 octobre, il était apparu, pâle et yeux cernés, dans une vidéo où il avait pressé M. Hollande d'oeuvrer à sa libération.
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