Cette fois la coupe déborde pour la CCI 09 et ses consoeurs midi-pyrénéennes
© midinews (archives)
«Le ministre de l’économie, au temps de Napoléon Bonaparte, il aurait été un gentilhomme de salon, il n’aurait pas été capitaine d’industrie et encore moins un ministre. Notre ministre ne comprend rien à l’économie»
Les propos sont sévères dans la bouche de Paul-Louis Maurat. Sûrement parce que cette fois, faute de dialogue, la coupe déborde.
Le président de la CCI 09 donne la suite à une lettre ouverte adressée le 11 août dernier par Didier Gardinal, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Midi-Pyrénées et par ailleurs trésorier CCI France, au ministre de l’économie et du redressement productif, Arnaud Montebourg, avant son départ en vacances.
Dénonçant «l’indifférence générale dans cet été morose», Didier Gardinal y met en garde le ministre «prêt à faire une erreur stratégique et historique en voulant faire disparaitre les Chambres de Commerce et d’Industrie du paysage économique français»
Une disparition rendue inévitable selon lui par les diverses ponctions effectuées par l’Etat sur le budget des CCI, fruit d’une «vision restrictive et à laquelle aucune entreprise ne peut résister»
Après une première ponction de 15% en 2010, de 20% en 2013, ce sont maintenant 36% que le gouvernement entend prélever sur les comptes du réseau des CCI d’ici à 2017 «sans compter, écrit encore Didier Gardinal, les 170 millions en 2013 et les 500 millions d’euros en 2015» pris ceux-là sur les fonds de réserve des CCI.
«Nous sommes solidaires de notre président régional, déclare Paul-Louis Maurat qui ne ménage pas ses efforts ces derniers mois pour faire entendre la voix de la CCI 09. Il faut savoir que si nous avons des fonds de réserve importants c’est que nous avons su gérer comme des chefs d’entreprise les structures bénévoles que nous avons à disposition. Si je prends mon exemple en 25 ans de mandat je n’ai jamais augmenté l’impôt»
La première conséquence d’un tel traitement sera, s’insurge déjà Didier Gardinal, «la suppression de 7.500 postes dont nous ne pourrons financer les coûts de licenciement faute de moyens… nous n’aurons pas d’autres choix que de demander la tutelle de l’Etat qui paiera la casse sociale» Et de s’interroger sur le bénéfice réel d’une telle opération.
Même crainte chez le président de la CCI 09: «Midi-Pyrénées va donner 20 millions d’euros de fonds de réserve, pour la CCI 09 c’est environ 1 million, auxquels s’ajoutent les ponctions sur les taxes de fonctionnement de chambre, ce qui veut dire que dès 2015 nous aurions 1.370K€ de déficit et ainsi de suite les années suivantes.
Comment gérer une perte aussi importante? Comment ne pas licencier pour équilibrer nos comptes , redoute Paul-Louis Maurat. Sur la CCI de l’Ariège sur les 36 salariés employés il y aura au moins une quinzaine de personnes avec un licenciement sec. A quoi cela sert-il de les payer demain en tant que chômeurs alors qu’ils apportent aujourd’hui dans le soutien au développement du territoire?», s’interroge-t-il.
Des outils au service du développement localLa deuxième conséquence envisagée dans sa lettre ouverte par Didier Gardinal sera la fermeture des centres de formation, qui proposent également des reconversions dont bénéficient les chômeurs longue durée, l’arrêt du soutien aux entreprises «qui constitue notre cœur de métier» et des investissements dans les ports, les aéroports, les parcs d’exposition avec toutes les menaces qui pèseraient alors sur des bassins d’emplois, «souvent déjà en souffrance», avec la disparition de ces outils au service du développement local.
«Ici, renchérit Paul-Louis Maurat, nous avons un centre de formation que nous avons mis vingt ans à rendre opérationnel et moderne qui forme plus de 1.000 personnes par an, c’est un atout majeur dans le cadre de la formation. Nous sommes aussi partie prenante dans les deux aérodromes de Pamiers les Pujols et Antichan»
Le soutien et l’animation apportés par des bénévoles qui «donnent de leur temps et de leur matière grise aux diverses structures et organisations locales, départementales et régionales» pâtiraient ensuite de ces coupes franches, déplore enfin Didier Gardinal.
«L’appui aux associations de commerçants, la participation aux opérations de promotion du département et tout l’appui que nous rendons à nos entreprises départementales sont menacés, poursuit Paul-Louis Maurat qui l’affirme, notre argent on sait où il passe»
C’est ce qu’il qualifie de «hold-up légal de près d’un milliard d’euros» que Didier Gardinal dénonce dans sa lettre ouverte et dont il redoute les conséquences désastreuses: «notre pays ne pourra se redresser avec des CCI à genoux, une crise sociale sans précédent et les effets induits. Niveler par le bas n’a jamais été une doctrine payante», insiste ce dernier qui affiche la volonté des CCI de «participer au redressement économique du pays, nous avons commencé à le faire. Nous ne refusons pas de nous réformer»
Plutôt qu’un «pari» avec cette suppression des CCI et de tous les organismes similaires, Didier Gardinal évoque même la fusion des Chambres de Commerce et d’Industrie avec les Chambres de Métiers. Même si pour Paul-Louis Maurat «c’est une piste de réflexion qui ne peut être établie que lorsqu’on aura jugé et fait les totaux des économies qu’elle induirait alors qu’aujourd’hui nous n’en savons rien»
Pour le président de la CCI 09 le dialogue est rompu, «on ne nous écoute pas. C’est une démarche déguisée pour supprimer les CCI. Sans moyens on ne peut vivre»
C’est par une invitation adressée directement au ministre que Didier Gardinal conclut sa lettre ouverte l’enjoignant à profiter de ses vacances pour réfléchir à tout cela et passer par Midi-Pyrénées, découvrir cette belle région, sa gastronomie et échanger avec lui. Il n’est pas certain que cette invitation suffise à pouvoir renouer le dialogue. La route des vacances du ministre ne passait pas par Midi-Pyrénées.
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