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Assises de l'Ariège: Jérôme Sobraques condamné à 25 ans de réclusion criminelle par le jury populaire

Me Catala, Barreau de Toulouse, avocat de la défense.
© midinews 2014

Il aura fallu moins d'une heure au jury populaire pour rendre son verdict.

Après deux jours d'audience, ils ont condamné Jérôme Sobraques, accusé du meurtre de sa compagne Céline, à 25 ans de réclusion criminelle.

«Je l'ai tuée parce qu'elle voulait me quitter», c’est par ces mots que Jérôme Sobraques a expliqué son geste.

5 coups de couteaux, 5 plaies et des «liaisons compatibles avec le Laguiole retrouvé ensanglanté dans la cuisine» Ce matin, le médecin légiste à révélé à la cour d’assises qu’un syndrome hémorragique majeur, associé à une asphyxie avaient entrainé la mort de la jeune femme très rapidement, entre quelques secondes et quelques minutes.

A la question de la présidente, Corinne Chassagne, «aurait-on pu la sauver si les secours avaient été appelés?», l’expert répondra, «les deux plaies mortelles (cou et région hépatique, NRDL), étaient très difficilement réparables»

Le break demandé par Céline entrainera sa mort. Psychiatre expert, le Dr Alzenberg est revenu sur la personnalité de l’accusé. Un homme qui après une enfance émaillée par le divorce difficile de ses parents, possède des «assises psychologiques extrêmement fragilisées»

Pour le Dr Alzenberg, le break demandé par Céline a ravivé la souffrance de l’enfant, son sentiment abandonnique. «Elle l’emportait, il a vécu cette demande comme une dévirilisation»

Concernant la ré adaptabilité de l’accusé, le praticien aura ces mots: «La violence est là, une prise en charge s’impose» Sur les bijoux offerts et repris sur le corps de la jeune femme morte, le Dr Alzenberg explique ce geste ainsi: «Elle était tout, elle n’est plus rien - tout l’investissement affectif a disparu»

Le médecin a préconisé une injonction de soins, soulignant néanmoins, «la loi ne peut modifier sa structure profonde; une thérapie adaptée peut l’aider à résister à ses pulsions violentes»

Me Catala est revenu sur la notion de libre arbitre, «le dogme des cours d’assises», en demandant si ces assises psychologiques «pouvaient amoindrir la notion de libre arbitre» Une question à laquelle l’expert bottera en touche, soulignant: «c’est au jury d’y répondre»

Avant que les avocats de la partie civile n’entament leur ronde de plaidoiries, l’accusé a eu loisir de s’exprimer. Et après avoir réaffirmé qu’il «était sincère, qu’il avait honte», il aura ces mots: «on a dit des choses fausses hier, les proportions ont été exagérées» Jérôme Sobraques faisant référence au témoignage de son ex-compagne (voir notre article).

«Il n’y a pas pire dans la vie que de perdre un enfant, que d’enterrer sa fille», c’est par ces mots que Me Alfort, avocat du papa de Céline, a entamé sa plaidoirie.

Le conseil a regretté le manque d’explications, «un manque inacceptable», et a dénoncé: «la violence de ce crime empêche de faire le travail du deuil dans la sérénité» Parlant «d’un massacre inacceptable, et d’un homme dépouillant sa victime», Me Alfort a, avec talent, enfoncé le clou: «Vous n’avez que peu d’humanité, vous considériez Céline comme votre chose»

Rappelant que la précédente compagne de l’accusé s’en était sortie parce qu’elle «était inexistante après avoir effacé sa personnalité», l’avocat a conclu «Céline était une femme libre, indépendante, elle croyait en l’humain - vous l’avez prise à son père, vous l’avez tuée, et vous les avez tués»

Me Pamponneau a parlé d'amour, de l'amour que portait à Céline sa famille, pour ces femmes qui l'ont élevée, Josette la grand-mère, sa tante Christine, son autre tante Carole qui maintenant élève sa fille. L'avocate en est persuadée et elle l'exprime avec force, «Jérôme n'aimait pas Céline, il voulait la posséder. Mais cela n'a pas suffi a Céline, alors il l'a supprimée, il a cassé le jouet qu'il ne pouvait pas avoir»
Me Monnier-Saillol a porté la parole de C., la fille de Céline«Tu es méchant, c’est mal ce que tu as fait, je n’ai plus de maman»; un message que la petite C., 6 ans aujourd’hui, voulait délivrer au meurtrier de sa mère.

Me Monnier-Saillol en est convaincue, la fillette de 4 ans a entendu le meurtre de sa maman. Pour preuve, les aveux de l’accusé expliquant avoir été la consoler, avant de l’abandonner avec, à quelques mètres, le corps sans vie de sa mère. Autre preuve, les mots de la fillette, des mots confiés à son avocate.

Elle a entendu sa maman implorer les secours, l’accusé soutenant que Céline lui aurait dit de prendre soin de sa fille. «On veut se convaincre que C. n’a rien vu, rien entendu... faux» s’exclame l’avocate, s’indignant qu’au cour de cette tragique soirée, les 7 personnes au courant du meurtre, n’aient à aucun moment alerté les secours, pensé à la fillette de 4 ans.
30 ans de réclusion requis par Claude CozarAprès avoir salué la dignité de la famille de Céline, l'avocat général a parlé «d'actes prémonitoires»

M. (l'ex-compagne) et les 9 ans «d'esclavage», les violences à l'encontre d'ex-employeurs (des coups de fusil tirés en l'air), les disputes violentes et constantes avec la victime, l'I phone de la jeune femme détruit, les coups de tête portés à Céline quinze jours avant sa mort: «les coups de boule se pratiquant au rugby, pas dans un cadre familial»

Pas de doute pour le Ministère public sur les faits prouvant la culpabilité: le Laguiole, une arme létale; des actes volontaires provoquant la mort. «Après, il se soucie d'aller prévenir ses amis, il jette son portable, peut-être pour pas que l'on retrouve les SMS échangés, mais ne se jette pas lui dans le canal»

S'adressant à l'accusé, Claude Cozar aura ces mots: «aller dépouiller le cadavre... pour moi, vous l'avez tuée deux fois Mr»

Responsable de ses actes, excuses prononcées à demi-mot, ré adaptation improbable selon le psychiatre, autant d'éléments à prendre en compte pour Claude Cozar, rappelant les mots de l'accusé: «elle ne m'a pas pris pour le maitre de la maison»

Précisant que la communauté de vie entraine la réclusion à perpétuité dans le cadre d'un meurtre sur conjoint, l'avocat général souligne «la perpétuité, il n'y en aura pas ici aujourd'hui, sauf pour Céline; je ne la demanderai pas, mais il faut le garder le plus longtemps enfermé»

Au terme d'un vibrant réquisitoire, pour Céline, pour la vie, 30 ans de réclusion, dont 2/3 de peine incompressible (soit 20 ans) ont été requis par le Ministère public.
Il va aller dans la nuit carcéraleA la défense, Me Catala a bien tenté d'inverser la vapeur.

Avec respect envers la victime et sa famille, l'avocat a plaidé pour un homme «mangé, grignoté par le remord» Le pénaliste a souligné les deux caractères, les deux aspirations. Une jeune femme aspirant à autre chose, un accusé commençant à se sentir frustré.

«Il emmagasinera les pleurs, les douleurs et puis c'est les faits» Elle rentre, le réveille, il y a des mots. «Il vous dit la vérité: il va fracasser son téléphone, descend fumer; il remontera et là il trouvera une femme indignée, et les mots au vitriol arrivent en rafale: casse toi, tu as le week-end. Et puis c'est le drame»

30 ans, une peine réservée «au dernier d'entre nous» selon Me Catala rappelant que son client n'a pas de casier judiciaire. «Il va aller dans la nuit carcérale, lui une marionnette désarticulée qui n'a pas la mentalité du milieu» L'avocat de la défense a terminé sa plaidoirie par ces mots en s'adressant aux jurés: «accordez-lui une lueur d'espoir»

Avant que le jury ne sorte pour délibérer, Jérôme Sobraques a présenté ses excuses à la famille de Céline, à ses amis: «j'ai honte, je ne réclame rien, j'aimerais être tout petit»

Reconnu coupable, cet homme de 33 ans a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle, le jury suivant en partie les réquisitions de Claude Cozar. Jérôme Sobraques devra également s'acquitter des dommages et intérêts réclamés pour la fille de Céline, et lui verser 116.000€.

Me Catala dispose de quelques jours pour interjeter appel, si son client le souhaite.

NR | 24/06/2014 - 19:18 | Lu: 7053 fois