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Assises de l'Ariège: Jawad Ahmammou plaide coupable pour le braquage du Lidl de Dreuilhe

Corinne Chassagne, présidente de la Cour d'assises et ses assesseuses.
© midinews 2014

Aujourd’hui a débuté à Foix le procès de Jawad Ahmammou, 22 ans, suspecté du braquage commis au Lidl de Dreuilhe en janvier 2012.

Ce matin, après de longs mois de dénégations, le prévenu a plaidé coupable pour les faits reprochés. Pour ce vol avec arme en récidive, il encourt de sept ans, à la réclusion criminelle à perpétuité, lui a indiqué Corinne Chassagne, présidente de la Cour d’assises.
Vol avec arme en récidive légaleLe 6 janvier 2012, à 17h, Jawad Ahmammou était interpellé en centre ville de Lavelanet, pour le vol commis la veille au Lidl de Dreuilhe.

Durant toute sa garde à vue, «une garde à vue virulente» selon les enquêteurs, et l’instruction, le prévenu niait les faits, ce vol à main armée.

Ce soir du 5 janvier 2012, aux alentours de 19h45, un peu avant la fermeture de la grande surface, un homme cagoulé et armé, braquait les deux caissières, se faisait conduire près du coffre et dérobait 1824,46€, dont 950€ en billets.

Le gros de la recette avait déjà été versé dans le coffre fort, un coffre Levallois, dont les employées ne possédaient pas les clés. Son forfait accompli, le voleur s'enfuyait à pied. En état de choc, terrorisées, les deux employées prévenaient la gendarmerie.

L’une d’entre elles, K., reconnaissait formellement Jawad sur une planche de 10 photos, qu’elle connaissait par ailleurs, et indiquait que ce dernier était hébergé par un Lavelanétien en centre ville.

Lors d’une perquisition au domicile de celui-ci, les forces de l’ordre mettaient la main sur 580€ en billets dissimulés sous un oreiller et retenus par un bordereau strictement identique à ceux utilisés par le magasin, expliquera l'adjudant Caroline Mins.

1300€ du butin manquent toutefois à l'appel. Jawad, interpellé le lendemain du braquage, expliquait alors qu’il s’agissait de ses économies, et qu'il aurait trouvé le bordereau par terre dans la rue. Concernant son emploi du temps lors du braquage, le jeune homme indiquait être dans une pizzéria au moment des faits.

Il aurait déclaré à une connaissance: «C'est moi qui vient de braquer le Lidl de Dreuilhe» Chez un autre de ses amis, chez qui il se rendait régulièrement pour jouer au poker, les policiers mettaient la main sur deux armes de poing. Ces armes ayant été saisies, mais écartées par les enquêteurs les considérant comme sans rapport avec l'affaire.
L’échec du système pointé du doigt au travers des témoignagesDès l’ouverture de son procès, Jawad a donc reconnu être l’auteur du braquage.

Interpellé à de nombreuses reprises depuis le début de son adolescence, le prévenu est sous le coup de la récidive, suite à une affaire de stupéfiants (détention et consommation de cannabis). Détenu depuis le 8 janvier 2012 d’abord à Toulouse, puis à Béziers, il a confié à la présidente «avoir besoin d’aide et pour cela rencontre régulièrement un psychiatre»

Tout au long de la matinée, enquêteur de personnalité et proches de l’accusé ont témoigné, sur une enfance chaotique.

Jawad est né au Maroc où s’était réfugiée sa mère après la séparation avec son époux. Jusqu’à l’âge de six ans, il vit chez ses grands parents maternels, sa mère remariée a fondé une autre famille.

«Pour respecter la loi marocaine, et pour qu’il vive mieux», son père l’arrache à ce cocon, et le ramène en France. L’enfant, qui ne parle pas la langue de son pays d’adoption, est alors confié à ses grands parents paternels habitant Lavelanet. Commence alors une errance qui trouvera son épilogue devant cette Cour d’assises.
Un parcours de vie chaotique, «une fuite en avant, un gâchis épouvantable» pour Me EtelinTout débute en 6ème au collège Pasteur; Jawad est alors poursuivi pour avoir menacé avec une arme une camarade de classe.

L’arme aurait été apportée par un de ses copains. Familles d’accueil, foyers, centres éducatifs fermés, maisons d’arrêt... Au gré de ses condamnations (Perpignan, Lavaur, Narbonne, Toulouse), et durant toute son adolescence, l’accusé naviguera entre ces différents lieux.

Par deux fois il sera hébergé par son père, mais l’incapacité de ce dernier, alors en proie aux démons du jeu et de l’alcool, et la mésentente avec sa belle-mère le ramèneront vers le système.

L’enquêteur de personnalité a dressé un parcours de vie placé sous le signe de l’errance et des multiples placements.

«Un enfant perdu, balloté qui ne croit en rien et qui n’a rien à perdre», selon le témoignage ce matin de sa tante. Cette dernière expliquant à la Cour: «Il espérait en sa belle mère et a été rejeté; il croyait en son père mais celui-ci a choisi sa femme; quant à sa mère, elle n’a jamais répondu à ses attentes»

Des propos approuvés du bout des lèvres par le père tentant de justifier ses absences. Quant la présidente l’interroge sur «son devoir moral de parent», il rétorque «Jawad était grand, pour moi, il pouvait s’en sortir tout seul» Avec le recul, le père semble regretter «de ne pas avoir été là»

Me Etelin dénonce alors «un gâchis épouvantable», parle «d’ambivalence chez ce garçon pouvant se monter à la hauteur» et rappelle à Corinne Chassagne que son client est sous le coup de la récidive pour un peu de cannabis détenu et consommé par Jawad.

Quant à la psychologue ayant rencontré l'accusé dans son enfance, elle parlait alors: «d'une bombe à retardement» et soulignait «il y a trop de souffrance chez cet enfant maltraité»
Avec courage et détermination les victimes témoignentMais ce parcours chaotique ne peut nous faire oublier la terreur des deux employées du Lidl ce soir du 5 janvier 2012. Ce soir là, S. et K. ont cru qu'elles allaient mourir.

S. explique: «Il a gâché ma vie, je vivais en permanence dans la peur» Et en effet, la jeune femme raconte son calvaire quotidien, la peur de sortir, l'impossibilité de dormir... Un an et demi après le braquage, elle «était obligée de reprendre son travail, d'abord par un mi-temps thérapeutique»

En pleurs, elle lance à Jawad: «Je ne vis plus parce que je vais gagner mon argent honnêtement» Un salaire de 1200€ comme le lui fait préciser Olivier Caracotch, avocat général.

A son tour, K. s'avance à la barre et raconte: «Au premier coup d'œil je l'ai reconnu; ensuite, il ne m'a plus regardé» Aujourd'hui au chômage, elle a été licenciée par Lidl pour «faute grave» car elle n'avait pas renvoyé certains arrêts de travail (une procédure est en cours aux prud'hommes), la jeune femme a dû quitter Lavelanet, suite «aux menaces de la famille et des copains de Jawad la traitant de balance»

Elle s'est réfugiée chez sa sœur dans un autre département, et avoue n'avoir aucune envie de regagner Lavelanet. Face à l'accusé elle martèle «aujourd'hui je ne regrette plus de t'avoir dénoncé, tu as détruit ma vie et jamais je ne te pardonnerai»
Le cousin interpellé pour menaces durant l'audienceTensions dans la salle, quand Me Etelin tente de la ramener sur les menaces reçues.

K. maintient avoir été menacée, et c'est alors que le cousin de Jawad, profitant d'une suspension de séance, se retourne vers elle et lui glisse: «Il y en a qui sont dehors» Peu après, il était interpellé (voir notre article par ailleurs) et conduit au commissariat.
Les pièces étant trop lourdes, il les aurait jetées...Un peu plus tard, le procès reprenait avec l'interrogatoire de Jawad et c'est là que nous apprenions qu'il «aurait jeté les pièces (environ 875€) dans un container car elles étaient trop lourdes»

L'accusé a expliqué avoir agi seul pour commettre ce vol à main armée. Il aurait acheté l'arme, un gadget, le jour même dans un bazar de Lavelanet.

Il confie à la présidente: «Si j'avais tout planifié, je n'aurais pas ramassé des miettes» Pour tenter d'expliquer son geste, il souligne «j'étais perdu, inconscient»

A la présidente qui l'interpelle sur le climat insécurisant créé par son entourage, un climat expliquant le sentiment de peur, il rétorque «n'y être pour rien» et affirme: «à l'époque Kamel n'habitait pas Lavelanet, et aujourd'hui, il vit à Toulouse»

Jawad veut «changer de vie, partir loin de l'Ariège afin de ne pas retrouver les mêmes fréquentations»

Demain, il devrait en savoir un peu plus sur son avenir, le verdict étant attendu en fin d'après-midi, après plaidoiries des avocats et réquisitoire d'Olivier Caracotch.

NR | 19/06/2014 - 19:22 | Lu: 14505 fois

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