Assises de l'Ariège: Jawad Ahmammou condamné à 9 ans de détention criminelle pour le braquage du Lidl de Dreuilhe

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Quatre femmes et deux hommes, composant le jury, ont eu à répondre à deux questions, Jawad Ahmammou est-il coupable d’avoir frauduleusement soustrait 1824,46€ au Lidl de Dreuilhe? - le vol a-t-il été commis avec usage d’une arme?, avant de prononcer un verdict de culpabilité et de condamner Jawad Ahmammou à 9 ans de détention criminelle.
Ce matin, les experts se sont succédés à la barreSelon le rapport du Dr Franck, Jawad Ahmammou ne présente aucune pathologie mentale, «mais le sujet a manqué de cadre, de repères, d’un père tout simplement» Un accusé «refusant l’autorité, toute forme de contrainte peut-être liés au sentiment d’insécurité lors de son arrivée en France»
Concernant la capacité de réadaptation du jeune homme, l’expert souligne «tout dépendra de sa volonté», le psychiatre expliquant «que sans le problème de l’enfance chaotique, l’accusé aurait pu également basculer»
Propos approuvés par la psychologue soulignant: «les troubles du comportement se sont manifestés dès l’adolescence avec des conduites antisociales» Deux psychologues ayant rencontré les victimes, ont également témoigné «de l’intrusion dans la vie de ses deux employées; cette confrontation à la mort engendrant souffrance psychologique et angoisse de mort»
Le braquage du Lidl, «le braquage du lâche, mais du professionnel»Rappelant le report de criminalité sur les commerces de proximité, Me Gutkes, pour Lidl et S., veut «rendre sa vérité aux faits, à la souffrance des victimes, à la responsabilité de l’accusé»
Pas de doute pour l’avocat, ce dernier avait organisé, planifié son braquage. Pour preuve, «il a choisi la meilleure heure, celle de la fermeture, quand la recette est la plus importante. Et pour savoir tout cela, il faut avoir repéré les lieux, et la porte de service»
Me Gutkes en est par ailleurs persuadé: Jawad a du accomplir ce braquage avec le concours d’un guetteur, peut-être «ce dernier a-t-il bénéficié du butin manquant», car l’avocat ne croit pas que l’accusé ait pu jeter les pièces soi-disant trop lourdes (874€).
«Il a couvert sa fuite, s’est débarrassé de l’arme, des vêtements incriminants» poursuit-il, parlant d’un «braquage de lâche où l’on s’attaque à deux employées terrifiées»
L'avocat est revenu sur d'autres vols perpétrés en Pays d'Olmes et «s'étant interrompus suite à l'arrestation de l'accusé; faut-il y voir une coïncidence?» demande-t-il. Pour «rendre sa vérité aux victimes», Me Gutkes a témoigné pour S. et sa famille entrainée à sa suite dans «une souffrance intolérable... tout ça pour 1800€»
Propos relayés par Me Marcou, défenseur de K, rappelant pour sa cliente: «15 jours après les faits, elle devra fuir, car c'est les victimes qui se cachent. Hier encore à l'audience, le cousin germain est venue la menacer... mais on est où là?» lance-t-il à l'assistance. S'adressant à l'accusé il lui lance: «vous avez encaissé de l'argent, maintenant il faudra payer! Du jour au lendemain sa vie bascule; vous l'avez démolie, détruite et comble, Lidl la licencie car l'enseigne n'a pas reçu certains certificats médicaux»
Olivier Caracotch a requis contre «la déshumanisation de l'accusé, sa haine, son dédain envers les victimes»Personnalité de l'accusé, gravité des faits, préjudice subi par les deux employées de Lidl, ont rythmé le réquisitoire de l'avocat général.
Mais avant, ce dernier est revenu sur le plaider coupable de Jawad Ahmammou. «Une forme de soulagement pour vous», glisse-t-il aux 6 jurés, «mais cela ne veut pas dire pour autant que tout est fini, que ce qui vous est demandé relève des évidences»
Olivier Caracotch précisant, «vous devrez tenir compte d'une enfance cabossée, de mains qui lui ont été tendues. La litanie de l'enquêteur de personnalité vous aura révélé combien de services ont été mobilisés pour le sortir d'une délinquance de plus en plus grave»
Olivier Caracotch a rappelé aux jurés les rapports des experts soulignant que malgré une enfance complexe, Jawad Ahmammou est responsable de ses actes. «Ne pouvant faire abstraction des mentions sur son casier», l'avocat général est revenu sur certaines mentions, expliquant, «il a fait très tôt le choix de la délinquance, il a persévéré»
Et de citer une 1ère incarcération avant l'âge de 16 ans, «c'est extrêmement inhabituel», une 2ème condamnation à 16 ans, et une 3ème, deux mois après sa 2ème incarcération. Autant d'éléments faisant dire au représentant du Ministère public: «la loi, c'est à vous de lui dire ce qu'elle lui impose»
Revenant sur les faits du Lidl, Olivier Caracotch a expliqué: «ils ont été commis à la bonne heure; les éléments de preuve ont disparu. Forcément quand on ne retrouve pas l'arme, c'est facile de dire que c'était un pistolet à billes»
Autre élément de preuve sur le professionnalisme de l'accusé, les mensonges perpétrés durant deux et demi. «Cela marque un certain ancrage dans la délinquance, ces mensonges vous ne les avez pas eus... les victimes si»
Sanctionner, amender, protéger, restaurer et reconnaitre le droit des victimes. 5 verbes conjugués par l'avocat général en soutien aux deux jeunes femmes.
«Le vol avec arme est un crime qui laisse des préjudices profonds» Parlant de la «déshumanisation de l'accusé, sa haine, son dédain envers les victimes qui se sentent désormais coupables de gâcher la vie de leurs familles. Pour S. qui n'est qu'une victime et sa famille une victime collatérale; pour K. qui a été menacée par des idiots, K. la courageuse, mais aussi la fragile», Olivier Caracotch a requis 12 ans de réclusion criminelle afin que les «deux jeunes femmes soient reconnues victimes, pour que le message passe»
L'avocat de la défense «navré de devoir se battre contre des manquements certains»Me Etelin espérait «ne pas avoir à revenir sur les faits aujourd'hui reconnus par un accusé prenant ses responsabilités. Mais les interventions des parties civiles et de l'avocat général font référence à des distorsions» selon l'avocat de la défense.
«La vérité c'est vous qui allez la dire» tonne le conseil. «On vous dit qu'il s'agit d'un crime organisé, et on émet l'hypothèse qu'il y aurait pu en avoir d'autres... bizarrement il n'y en aurait plus. C'est comme ça qu'on rend la justice, sur des faits que l'on peut imaginer?»
Selon Me Etelin, il ne faut pas oublier que Jawad n'avait que 20 ans au moment du braquage, ne pas oublier non plus, «ce qu'il a été; ce qu'il a vécu» Se disant «navré de devoir se battre contre des manquements certains», l'avocat s'est tourné vers le jury: «vous le jugerez objectivement pour ce qu'il y a dans le dossier»
Le conseil de Jawad Ahmammou en est convaincu, son client n'est pas un professionnel du braquage. Pour preuve, un professionnel aurait tenté de faire ouvrir le coffre, aurait usé de violence. Reconnaissant le traumatisme des victimes, Me Etelin, souligne, «Jawad n'a usé d'aucune violence à aucun moment» L'avocat rappelle que K. pensait même que l'arme était fausse. Se tournant vers les jurés, il martèle: «c'est ça que je trouve pénible en voulant charger l'accusé, on se retrouve avec un tout autre dossier; on vous utilise, on vous instrumentalise»
Me Etelin a plaidé pour un gamin ayant évolué en détention, suivant des stages, une formation, rencontrant un thérapeute. «Il a décidé d'assumer ses responsabilités» explique-t-il, et «alors qu'il avoue ce crime, on parle de calcul»
Le passé «douloureusement endommagé de Jawad», le rapport au père, ont été soulevés. «Amour et construction de l'interdit, les deux piliers pour construire un enfant ont fait défaut, le père n'en ayant rien à cirer alors qu'il était allé le chercher au Maroc à ses 6 ans»
Abandon brutal d'avec la mère, père absent, «éducation rigide et archaïque des grands parents paternels qui l'élèvent», autant d'éléments à décharge pour l'avocat et pouvant expliquer «cette terrible histoire, celle d'un gamin qui se fait mal et qui n'est pas conscient du mal qu'il fait aux autres»
Avant que le jury ne se retire pour délibérer, Jawad s'est adressé à ces quatre femmes et deux hommes, avouant «n'avoir aucune rancœur envers son père et ses grands-parents» Pour tenter d'expliquer son geste il aura ses mots: «J'ai avoué parce que j'assume. J'étais mal, du jour au lendemain j'ai été mis à la porte de mon travail» Dans cette contrition, Jawad n'aura eu aucun mot pour ses deux victimes.
Après une heure de délibéré, Jawad Ahmammou a été reconnu coupable du braquage du Lidl de Dreuilhe et condamné à 9 ans de détention criminelle.
En pleurs, les victimes ont quitté l'enceinte du tribunal, escortées à leur voiture par les forces de l'ordre. Elles avaient l'espoir de ne jamais avoir à revivre ce cauchemar, espoir qui devrait être brisé.
Me Etelin ayant glissé aux avocats de la partie adverse, «on se retrouvera à Toulouse» (procès en appel, NRDL).
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