Assises de l'Ariège: homicide de Pamiers, pourquoi a-t-il basculé dans le meurtre?

© midinews 2014
Aujourd’hui et demain, Jérôme Sobraques doit s'expliquer sur le meurtre commis et avoué de sa compagne, une jeune appaméenne de 28 ans.
Mi-février 2012, le corps sans vie de Céline Bertrand, vendeuse dans un magasin d'une zone commerciale de Pamiers, était retrouvé à son domicile du boulevard Alsace-Lorraine, alors que sa petite fille âgée de quatre ans, dormait dans une chambre à côté. Rarement la Cour d'assises n'avait attiré autant de public ces dernières années.
Dans la salle d'audience se pressent les amis et la famille de Céline attendant réparation; la mère de l'accusé est quant à elle, entourée par ses proches.
«Un tourbillon passionnel» serait-il à l'origine du meurtre?Le 18 février 2012, Jérôme Sobraques, 33 ans, chauffeur professionnel, poignardait à mort sa compagne.
Ce soir là, alors que Céline était sortie pour une soirée entre copines, Jérôme était resté au domicile de son amie pour garder sa petite fille. Au retour de la jeune mère, vers minuit, le couple a une dispute dans la chambre conjugale.
Jérôme descend boire et fumer une cigarette. Un peu plus tard, il remonte, détruit son I phone, s’empare d’un Laguiole posé sur une armoire, et commet l’irréparable alors que la jeune femme est couchée.
Avant de mourir, sa victime lui aurait demandé, selon ses dires, de «prendre soin de la petite» Toujours selon l’accusé, «il aurait réalisé qu’il venait de tuer la femme de sa vie»
Avant de quitter les lieux, il aurait enlevé les bijoux que portait Céline, un cadeau qu’il lui avait fait 4 jours auparavant pour la Saint-Valentin et aurait recouvert son corps d’une couette, avant d’aller consoler la petite C. en pleurs, lui disant de se rendormir, «que tout allait bien»
Jérôme Sobraques appelait ensuite son ex-compagne, qui le conduisait chez sa mère à Ramonville, après plusieurs détours pour que Jérôme puisse dire au revoir à des copains... La mère de l'accusé prévenait les forces de l’ordre vers 5h du matin, et Jérôme était interpellé sans heurt chez elle.
Le directeur d’enquête, le commandant Gauthier qui a conduit les auditions de Jérôme, est venu témoigner ce matin. Selon son rapport, il ressort qu’un «climat serein a émaillé ces auditions, sans tergiversation de l’accusé, un homme calme»
Le jeune homme aurait relaté une vie banale avec Céline, décrite comme débordante de vie, gentille, et indépendante par ses proches. Un coup de foudre aurait été à l’origine de leur rencontre.
A l’époque, Jérôme vivait en couple depuis 9 ans avec M. Parents d’une petite fille, le couple était sur le point d’acheter une maison, quand il rencontrera Céline lors d’une partie de poker.
Peu après, il décide de s’installer chez elle, «emporté par un tourbillon de passion; une passion qu’il ne vivait pas avec son ex» selon ses dires. Au commandant Gauthier, l’accusé n’a pas été capable de produire des éléments expliquant son geste, tout juste a-t-il évoqué «des futilités», mais n'a pas parlé d'élément déclencheur, de mobile.
Cette absence de verbalisation, a été relevée par Me Catala, avocat de la défense, rappelant que son client aurait évoqué «la fin du monde» en parlant du meurtre. Concernant l’arme du crime, un Laguiole, Jérôme Sobraques a expliqué l’avoir caché sur l’armoire afin de pouvoir se défendre contre d’éventuels cambrioleurs.
Ce soir du 18 février, l’accusé aurait d’abord porté le 1er coup de couteau au ventre de Céline, avant de faire le tour du lit, et de lui infliger d’autres coups au cou.
«Une volonté de tuer» relevée par Claude Cozart, avocat général. Céline devait décéder peu après d'une hémorragie. Marc Soula, officier de police judiciaire a fait les premières constatations au domicile de la jeune femme.
Il souligne «qu'aucune trace de lutte n'était visible dans l'appartement, en faisant abstraction de la scène de crime» C'est lui qui a extrait la petite fille du domicile. Il a précisé que cette dernière dormait tout habillée à son arrivée. Selon lui, la fillette de 4 ans, était paisible, pas inquiète par la présence de cet inconnu à ses côtés. Pour l'un des proches de X, l'enfant aurait assisté à la scène. «Peut-être» a répondu le policier.
La mère de l'accusé est venue témoigner pour son fils, racontant une enfance difficile, un enfant servant «de punching-ball» entre deux parents divorcés alors qu'il était tout petit.
«Une enfance semée de tension, c'est lui qui a tout perdu dans cette histoire», souligne-t-elle. A Me Alfort qui l'interroge sur la latence, entre le moment du meurtre et l'appel aux forces de l'ordre, environ 5h, et qui indique «comment être sûr qu'elle était bien morte, et non pas en train d'agoniser... le réflexe aurait été d'appeler les secours», la mère explique «il avait bu, n'avait plus toute sa tête»
Quand l'histoire du long fleuve tranquille de l'amour fou s'effrite...15 jours avant ce drame, Jérôme avait appelé les policiers expliquant avoir frappé son amie.
En fait, il lui aurait donné un coup de tête (ou plusieurs), provoquant une ITT de trois jours. Céline n'avait pas voulu déposer plainte, «avec la volonté de surmonter ce problème, de poursuivre sa relation» selon le commandant Gauthier. Une médiation pénale avait été requise à l'encontre de Jérôme. Auparavant, lors d'un accès de colère, il aurait fracassé son ordinateur.
Pour le Dr Penin, expert psychologue, l'accusé est conscient de son acte, parfaitement lucide. Enfant agité, adolescent perturbé, il rencontrera la stabilité affective avec M. Bien investi dans sa paternité, il «aurait été tiraillé entre son ancienne famille et sa nouvelle compagne»
Avec le psychologue, Jérôme a longuement évoqué les récentes disputes, et la dernière, concernant un lit parapluie acheté par M. et devant servir à sa petite fille qu'il devait recevoir le lendemain du meurtre.
Il a confié au psychologue que Céline lui aurait adjoint de quitter son domicile au terme du week-end. «Il attend neuf mois pour dire qu'elle voulait le mettre à la porte», rappelle Me Alfort. Sur le meurtre, l'accusé a expliqué au psychologue que Céline «l'aurait réveillé pour l'engueler»
Il aurait saisi le couteau lui disant: «tu veux que je me plante devant toi», avant de commettre le meurtre. Et plus tard de dire au Dr Penin, «c'est moi qui l'ai poignardé 5 fois, mais je ne me rappelle que de 2»
Concernant les bijoux pris sur le cadavre de Céline, un collier et un bracelet, le Dr Penin parle «d'une parure qu'il voulait offrir à M.» (il l'a d'ailleurs fait, mais la jeune femme a confié illico les bijoux aux gendarmes, NRDL). L'expert voyant dans ce geste «des éléments très symboliques» d'un homme regrettant d'avoir quitté sa compagne, sa famille.
Un tournant décisif dans le procès, le témoignage de son ex compagneC'est une femme bafouée, utilisée, qui à son tour s'est avancée à la barre cet après-midi.
M. a longuement raconté une vie faite de colères, de dégradations, de dégâts occasionnés par un compagnon violent. Se décrivant comme quelqu'un de renfermé, sans amis, (en 9 ans de vie commune ils ne sont jamais sortis), toujours à la maison, la jeune femme a parlé de réactions disproportionnées.
Non, il ne l'a jamais frappée, précise-t-elle à l'avocat général, mais la violence psychologique était toujours présente. M. était devenue sa chose, celle qui se pliait à tous ses caprices. Elle voulait qu'il s'apaise, qu'il aille voir un médecin.
En larme, M. a raconté l'appel reçu de prostituées réclamant leur dû. Alors que depuis le début du procès, l'accusé est décrit comme un joueur ne pariant pas ou très peu, l'ex compagne a expliqué les sommes importantes (1000 à 1500€) dépensées régulièrement au poker, la peur de recevoir une lettre de la banque.
Contrairement à ce que dit son ex compagnon, M. a souligné que deux voisins l'avaient mis au pied du mur un mois après sa rencontre avec Céline, lui demandant de déménager ses affaires du domicile familial.
Le soir du meurtre, Jérôme n'aurait pas arrêté de l'appeler, lui disant «qu'ils n'arrêtaient pas de se disputer avec Céline»
Quand il lui demande de le rejoindre devant l'appartement de cette dernière, M. ne sait pas encore qu'il a tué Céline. Il le lui avouera dans la voiture quelques minutes après, lui demandant de le conduire chez sa mère à Ramonville.
Mais avant de gagner le domicile de cette dernière, où M. a téléphoné de son côté à la Gendarmerie, il lui imposera des haltes pour dire adieu à des amis et lui proposera 300€ et des cartouches de cigarettes.
Nous apprenons du témoignage de M. que Jérôme avait l'habitude de cacher un couteau sur une armoire. «Une habitude ne pouvant plus être remise en cause» pour Me Catala. Quand la présidente lui demande s'il souhaite s'exprimer, Jérôme indique «assumer ses actes et regretter»
Avec le témoignage de M., se dessine le portrait d'un tyran en son domicile, d'un homme faisant subir nombre de violences psychologiques à la mère de son enfant.
Un éclairage guère en faveur de l'accusé, un tournant dans son procès. Deux grands débatteurs, Me Catala pour la défense, et Me Alfort pour la victime, vont s'affronter demain à l'heure des plaidoiries, avant que les jurés ne sortent délibérer «en leur âme et conscience»
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