Si l’usine de Pamiers connut une grève importante en 1905, celle de 1906 allait être encore plus dure.
En effet, c’est en juillet 1906 que les puddlers cesseront le travail et demanderont la suppression de la retenue de 10 %, l’application de la journée de 10 heures et le repos hebdomadaire le dimanche.
La Direction refusera tout en bloc.
600 ouvriers voteront la grève.
Des ouvriers de Lavelanet mettront en place à Pamiers «la soupe communiste», une soupe de légumes constituée de 100 grammes de viandes pour les adultes et 50 grammes pour les enfants avec le pain fournit grâce aux tickets de pain.
Elle sera servie dans un local prêté par la Mairie, dans l’ancien corps de garde de la Place du collège.
La grève s’éternise.
Le 1er octobre, les grévistes descendront dans la rue, ils s’en prendront aux domiciles du directeur et des contremaîtres.
Le sous-préfet fera appel à l’armée qui occupera la ville, l’usine en particulier.
Le couvre-feu sera décrété le 5 octobre.
Les journées qui suivent resteront inscrites dans les annales.
L’infanterie est obligée de contenir la foule, la cavalerie procède à des arrestations.
Un arrêté interdisant les manifestations et les rassemblements est pris par le Préfet.
Une tentative de conciliation aura lieu du 12 au 17 octobre devant le juge de paix, M. Jauze, en présence des délégués syndicaux et des délégués patronaux.
Ils se mettront d’accord pour une augmentation de 5 % pour tout le monde sur la journée de 10 heures et le repos hebdomadaire.
La grève semblait pouvoir prendre fin, mais la Direction refusera la réintégration totale et sans condition des ouvriers grévistes.
Elle reprendra alors, à la consternation générale.
Le 30 octobre la Mairie accordera deux crédits de 1000 F chacun destinés aux ouvriers ; l’un pour la distribution de pain, l’autre pour celle de chaussures et de vêtements.
Quelques jours après une nouvelle conciliation aura lieu entre les deux délégations, syndicale et patronale.
Elles se mettront d’accord sur la base d’une augmentation de 2,5 à 5 %.
La rentrée générale des ouvriers s’effectue le 28 novembre.
Le Syndicat «Association Prolétarienne des Ouvriers Métallurgistes de l’Ariège» est crée le 27 janvier 1907.
Il aura l’appui de l’administration de l’usine.
L’Etoile de l’Ariège, journal indépendant paraissant le samedi, relate ces grèves dans ses colonnes, le 7 octobre «jusqu’à ce jour nous nous étions abstenus de parler de la grève des usines métallurgiques de notre ville, pensant que dans ces sortes de conflits, il était préférable de laisser les intéressés trancher entre eux leurs différents, et ne point, comme certains par des informations plus ou moins vraies et des racontars fantaisistes, exciter la haine des classes et provoquer des représailles.
Malheureusement, les ouvriers qui dès le début de la grève étaient restés relativement calmes se sont laissés aller à des manifestations extrêmement bruyantes qui ont dégénéré en troubles violents.
C’est ainsi que dimanche dernier, à la sortie d’une réunion, ils ont commis des dégâts énormes chez Monsieur Jules Ronot, chef de fabrication...
A la direction des usines, les grévistes ont continué leur œuvre de destruction en saccageant le pavillon du concierge L’hôtel de la Sous-préfecture n’est même pas épargné...
A la suite de tels actes, Monsieur le Maire de Pamiers a adressé une réquisition à l’autorité militaire et des mesures ont été prises pour éviter le retour de pareils faits.
Des postes ont été établis sur différents points de la ville: rue Major, Place Sainte Hélène, place du Vieux Gaz.
Les usines sont gardées militairement...
Les patrouilles de gendarmes à cheval et celles faites par les soldats du 59ème ne se sont pas interrompues malgré les insultes adressées à ces premiers.
L’ordre était donné de rester calme.
Nous devons féliciter la gendarmerie de l’avoir exécuté fidèlement... les manifestants se répandent dans les rues de la ville, toujours précédés du drapeau noir en chantant les mêmes refrains révolutionnaires, sifflant et huant en passant devant certains cafés...
Nous devons ici rendre hommage à la gendarmerie, aux officiers et soldats qui, par leur admirable sang-froid et leur patience, ont su éviter de plus graves événements, peut être même une effusion de sang»
Le 4 novembre 1906, alors que la grève s’éternise toujours et semble ne trouver aucune issue, le rédacteur de l’Etoile évoque une fermeture éventuelle de l’usine si des solutions ne sont pas trouvées, l’administration étant complètement décidée à fermer les portes de l’usine, si une reprise partielle au moins du travail n’a pas lieu.
Une équipe commencera la fabrication au train cadet.
D’autres suivront, le conflit finira par se dissiper et l’activité reprendra de plus belle.
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