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Pays des Pyrénées Cathares: un public curieux à Léran
10/05/2011 | 21:02
Crédit photos: Pays des Pyrénées Cathares

Une soixantaine de personnes sont venues assister à l’animation proposée par le Pays d’art et d’histoire des Pyrénées Cathares à Léran le samedi 7 mai.

Elle a commencé avec une balade dans le village.
Jean-Marc Siréna de l’association Culture et patrimoine et Bruno Evans, professeur d’histoire ont accompagné le groupe. Henri Pibouleau a fait part de ses souvenirs.

Le premier arrêt a concerné les établissements Bez en face de l’ancien temple. Ils datent des années 1760, une trentaine d’années après que les premiers tanneurs soient mentionnés pour le village.

Ils sont installés au bord du ruisseau dont ils se servent.

Puis, près du pont, on a évoqué les établissements Babou et la fabrication des empeignes.

C’est l’ensemble de la pièce de cuir de la chaussure (sans la semelle).

Près du château, on a parlé des canaux d’irrigation, des bassins, d’une ancienne centrale électrique et bien entendu des troubles liés au protestantisme, religion à laquelle s’était converti le seigneur Lévis-Léran à la différence des Lévis-Mirepoix qui, eux, étaient restés catholiques.

La visite s’est poursuivie avec l’ancien moulin à farine devenu tannerie, l’atelier d’aplatissage des plaques de corne qui, en 1907-1913 a constitué un agrandissement de l’usine à peigne des Lévis (ancien moulin ici aussi).

On voit encore sur le bâtiment aujourd’hui le blason des Lévis.

Henri Pibouleau a ouvert les portes pour pénétrer dans cet ancien atelier de ponçage où on trouvait du matériel à polir la corne en fonctionnement jusqu’en 1938.

La visite a emprunté un chemin qui était un ancien canal alimentant le moulin à jais que les Alizet ont racheté aux Lévis fin 1880.

Le public a été intéressé par l’évocation de ces industries avec un ensemble d’activités et de canaux que l’on peut distinguer dans le paysage quand on y prête attention mais que la plupart du temps, on ne voit pas.

La journée s’est poursuivie avec la conférence de Bruno Evans salle des Tilleuls. Ce jeune historien a choisi la thématique des industries dans le pays de Mirepoix et dans le pays d’Olmes pour ses mémoires universitaires.

Il a commencé par présenter les nouvelles manières de faire de l’histoire notamment la remise en cause de l’idée reçue qui lie systématiquement l’industrie à la Révolution industrielle, aux concentrations d’usines dans les villes et à l’exode rural.

C’est un modèle qui ne s’adapte pas à la France qui n’est vraiment devenue urbaine que dans les années 1930.

Beaucoup d’industries sont installées dans le milieu rural. Léran est une bonne illustration de cela.

On y connaît une diversité d’activités et elles peuvent être qualifiées d’industrielles.

Le jais est traité dans un moulin où on le polit. C’est donc une division du travail qui apparaît très tôt.

L’approvisionnement se fait à l’étranger: en Espagne une fois le jais local insuffisant; en Amérique du Sud, au Cap et en Australie pour la corne des peignes…

Bruno Evans a évoqué le lien au protestantisme. Malgré l’interdiction de la religion réformée avec la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, on trouve encore beaucoup de protestants dans les registres officiels.

Peu d’entre eux sont partis. L’introduction du peigne en corne ne trouve donc pas son origine dans le retour de Suisse des protestants exilés.

De plus, le premier qui ait attesté faire de la corne est catholique (1720).

Ensuite, ce sont les dynasties des familles qui ont été présentées: les Bez, Babou, Alizet… et bien entendu les seigneurs de Lévis qui ont été aussi des entrepreneurs.

Ils s’adaptent au contexte qui varie au fil du temps notamment pendant le XIXe siècle; face aux difficultés d’approvisionnement lié à la guerre d’Espagne et aux changements de mode, l’industrie du jais disparaît.

Celle du peigne en corne s’installe dans les anciens moulins à jais.

Lorsque les tanneries connaissent des difficultés à partir de 1902, les frères Bez développent le William, un produit qui sert à nettoyer les machines à vapeur et améliorent leur rendement.

Après ce vaste panorama, la mairie a offert un apéritif pour clore une journée bien remplie.

Le prochain rendez-vous du Pays d’art et d’histoire est le 22 mai à partir de 9h à Viviès sur le circuit des églises oubliées entre Viviès-Toutrol et Coutens.

Source: Pays d'art et d'histoire des Pyrénées Cathares

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publié le: 10/05/2011 | 21:02 | Lu: 7703 fois