ariege > histoire et patrimoine > mérovingiens
Centre d'interprétation des mérovingiens: deux mille ans d'histoire vous attendent à Mazères
17/05/2011 | 14:19
© MidiNews 2011

C’est au hasard d’un labour que l’on à exhumé dans les années 70 du matériel archéologique sur le site de Bénazet, commune de Mazères… à l’époque on était loin de penser qu’il s’agissait là de la plus grande nécropole mérovingienne du sud-ouest de la France.

Les Mérovingiens (486-751), première dynastie des rois francs qui vont régner en Gaule à la fin de l’empire romain d’Occident, permettent de faire la transition entre l’époque romaine tardive et la dynastie des Carolingiens.

Oubliés par nos livres d’Histoire au profit de leurs prédécesseurs, souvent assimilés aux hordes barbares qui ont déferlé sur l’Europe à la chute de l’empire romain, les mérovingiens ne reviennent à la mode qu’au XIXe siècle.

En effet, l’archéologie permet les premières identifications correctes de sépultures mérovingiennes, les historiens romantiques, comme Augustin Thierry, popularisent les nombreux épisodes de «L’Histoire des Francs» de Grégoire de Tours, d’autres plus sérieux comme Fustel de Coulanges, cherchent chez eux des origines à la naissance de la monarchie française.

L’archéologie constitue aujourd’hui avec l’histoire des conciles mérovingiens et quelques chroniques de cette époque, une des sources essentielles de nos connaissances concernant les détails de la vie quotidiennes de ces francs installés en Gaule.

Cependant les sites sont bien peu nombreux au sud de la Loire, à fortiori dans l’Ariège (mis à part les vestiges de Tabariane près de Teilhet).

La découverte d’une nécropole (datant des VI-VIIe siècles) sur la commune de Mazères est importante par le nombre de sépultures mises au jour, plus de 350 tombes organisées en rangées (fait rarement observé dans nos régions) mais également par la nature et la qualité de ses vestiges mobiliers, permettant de mieux connaître le haut moyen Age.

Bien des pistes de réflexion ont été ouvertes, exploitées dans le cadre de la présentation de ce centre d’interprétation qui fait appel aux nouvelles technologies pour mettre en scène ce patrimoine unique.

Outre des fibules, boucles, plaques-boucles, perles et autres parures, des objets typiques du monde franc de Gaule Septentrionale et plus particulièrement de la région burgonde (Rhône et Alpes) comme ces très belles plaques à décors chrétiens, ont été mis au jour.

Les ceintures sont souvent associées à une aumônière garnie de couteaux ou d’objets tranchants (scramasaxe) mais également de pièces de monnaies (argentei).

Le mobilier d'une richesse inouïe a été restauré puis étudié par l’archéologue Jean-Paul Cazes (CCS Patrimoine) responsable de cette campagne de fouilles programmée et désormais présentée dans un prestigieux écrin: l’hôtel d’Ardouin à Mazères.

A quelques jours de l’inauguration, nous avons visité en avant première ce musée exceptionnel qui allie les technologies les plus pointues aux propositions muséographiques les plus ambitieuses.

Nous avons rencontré Aurélien Vigouroux, de la Société Anagram Audiovisuel, concepteur de ce musée thématique ouvert sur plus de 100m²: «c’est la suite logique de la fouille programmée de la nécropole de Bénazet.

La collectivité a décidé de poursuivre la valorisation des collections par ce centre d’interprétation avec une exposition permanente: les Barbares en Gaule du Sud […]

Nous avons répondu à cet appel d’offre et développé un parcours sur deux niveaux: le premier permet de mettre les visiteurs dans une pédagogie active, de s’approprier ces éléments de compréhension tout en découvrant le site lui-même.

Le visiteur va pouvoir ensuite au cours du second niveau apprécier les collections, notamment une exceptionnelle collection de plaques-boucles représentatives du savoir faire de ces peuples dits barbares […]

C’est un musée exceptionnel car grâce à ce centre d’interprétation on se réapproprie une période chrono-culturelle d’une civilisation qui est très méconnue du grand public
»

Pour Louis Marette, maire de Mazères, ce projet marque l’aboutissement de plus de vingt ans de travaux avec la réception de la globalité des travaux du musée d’Ardouin, un hôtel pastellier du XVIe siècle classé Monument Historique: «c’est un chantier qui a commencé sous mon prédécesseur, André Trigano, il y a 21 ans»

Il aura fallu près de 2 millions d’euros subventionnés à 60% par l’Europe, l’Etat (DRAC), la Région, le Département (ces collections appartiennent désormais au musée départemental).

L’inauguration officielle du centre d’interprétation est prévue jeudi 19 mai, elle sera suivie des Journées de l’Archéologie, où pendant deux jours le centre sera ouvert gratuitement au public et aux Mazériens afin qu’ils se l’approprient.

Douceline La Vallée est chargée de faire vivre ce site et de l’animer.

Ce haut moyen Age, période souvent méconnue du grand public est restitué par des technologies de pointe: dioramas, livres virtuels, fibre optique…, rien n’est véritablement figé, c’était un souhait du maître d’ouvrage: «des musées, il y en a, s’exclame Louis Marette, mais on a voulu que ce soit un musée original et vivant.

Original parce que l’on ne découvre pas seulement des objets mais tous les métiers qui participent à les mettre en valeur (archéologue, restaurateur, anthropologue…).

Vivant car on découvre les personnages en situation: leurs objets familiers, leur religion, leur coutume… c’est un musée vivant et pédagogique ouvert à tous ceux qui veulent s’initier à cette période de l’histoire
»

Barbares en Gaule du Sud
Hôtel d’Ardouin
Rue Castellane 09 Mazères
05 61 60 24 62

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 17/05/2011 | 14:19 | Lu: 24494 fois