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Notre Dame de Salau: une chapelle romane sauvée des eaux
24/06/2011 | 19:41
© MidiNews 2011

De mémoire de Couserannais, il y a toujours eu une chapelle à Salau…

La légende attribue même sa fondation à une princesse espagnole répudiée par son époux, elle aurait passé le Port de Salau avec sa suite et de ses pleurs auraient jailli neuf fontaines, les neuf sources du Salat.

Un document en date de juillet 1191 fait état de la présence de l’ordre religieux militaire et charitable des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem, preuve que les Hospitaliers sont arrivés à Salau à la fin du XIIe siècle, et à partir de cette époque leur domaine ne cesse de s’accroître (pour preuve plus de 30 chartes au XIIIe siècle sont consacrées à leur formidable expansion aux archives départementales de la Haute Garonne).

En 1267, la venue à Salau de la veuve de Roger III de Comminges, dote l’église Sainte Marie d’une rente annuelle substantielle pour le repos de l’âme de son époux.

Les hospitaliers ajoutent à la chapelle primitive de nouveaux bâtiments dont un cloître et la commanderie accueillant les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle qui passent par le port de Salau, le point le moins élevé des Pyrénées situé entre l’Andorre et le Val d’Aran, pour rejoindre la Galice.

Mais ce site fragilisé est souvent sujet à des catastrophes naturelles répertoriées elles aussi dans les archives: un important éboulement en 1801 qui va fermer tout passage de la rivière du Salat et occasionner une subite crue qui entraîne la mort de 29 personnes dans leur sommeil.

Une inondation en 1905, suivie de celle du 22 octobre 1907 dont on évoque «les ravages immenses», une crue en 1929 emportant le chemin sur une longueur de 200 mètres, un cyclone le 12 mars 1930 et une inondation à l’automne 1937 qui de triste mémoire a fait plusieurs victimes.

La plus récente inondation date des 7-8 novembre 1982, elle est survenue à l’époque où le village connaît une certaine prospérité grâce à la mine de tungstène.

Le scénario est identique aux précédents, une pluie diluvienne s’abat sur le pays pendant plusieurs heures, la montée des eaux du Salat est inquiétante, des cascades débordent sur la route, des chalets sont emportés, dans la nuit le chevet de l’église s’effondre ainsi que le préau de l’école.

Heureusement aucune victime n’est à déplorer, le lendemain du désastre la décrue est amorcée et les habitants du petit village font encore une fois contre mauvaise fortune bon cœur.

«En bons montagnards, il y a une vraie solidarité qui nous unit dans l’adversité», explique Henry Richl, le maire du village.

Dès le printemps 1983, une association, l’association pour la reconstruction de l’église de Salau, est constituée sous l’impulsion de Geneviève Durand-Sendrail afin de lever des fonds qui permettront de reconstruire l’église en partie emportée par le torrent de montagne en crue.

«Nous avons collecté 850 000 francs de l’époque, se souvient le premier magistrat, des anonymes, des entreprises.

La nef et le chevet ont été reconstruits sous la direction de l’architecte en chef des Monuments Historiques (l’église est classée), nous l’avons refaite à l’identique avec des murs de 1,30 m d’épaisseur grâce à l’intervention de l’entreprise Corréa.

Mais elle est rebâtie sur 28 plots à 30m de profondeur pour la préserver des inondations et des tremblements de terre
»

Aujourd’hui, les habitants de cette vallée sont fiers de leur église décorée par les soins de deux artistes locaux: René Lagore et Jean-Bernard Lalanne.

Elle demeure un élément incontournable du paysage et une curiosité pour les touristes de passage.

«Notre église reste un témoin unique des intenses échanges transpyrénéens que connurent les Pyrénées […] le pari n’a pas été facile mais nous l’avons gagné»

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 24/06/2011 | 19:41 | Lu: 11958 fois