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Haut-Vicdessos: l'histoire des moulines et de la disparition des forêts ariégeoises
17/07/2012 | 18:11

Moins connue que la forge à la catalane qui lui a succédé, la mouline était une forge hydraulique destinée à réduire le minerai de fer qui a joué un rôle fondamental dans l'organisation économique et sociale des vallées des Pyrénées centrales, dont la vallée du Haut-Vicdessos, à la fin du Moyen Âge.

La mouline utilisait la force hydraulique pour mouvoir un marteau et, à partir du XVème siècle seulement, pour actionner un soufflet. C’est pour cela qu’elle était toujours installée aux abords d’un cours d’eau.

L’apparition de cette méthode, qui est devenu plus tard «à la catalane» semble, certes, liée à l’utilisation de la force hydraulique, mais, dès la fin du IXème siècle, des forges étaient mentionnées en Andorre et en Pallars, au XIIème siècle en Cerdagne, Haut Vallespir, Conflens, au XIIIème siècle, dans le comté de Foix.

Dans la vallée du Haut Sabartès (secteur situé au-delà de la ville actuelle de Tarascon-sur-Ariège en direction de Niaux) la mouline avait pris son essor à l'extrême fin du XIIIème siècle, au cœur d'un bassin sidérurgique relativement vaste, polarisé par la mine de fer de Sem dans la vallée du Vicdessos et contrôlé par le comte de Foix, seigneur de Château-Verdun et la communauté de Vicdessos.

Exploitant des gisements placés sur les différents versants du mont Rancié (situé sur la commune de Sem), et dans les montagnes voisines, des mineurs-paysans ont fourni un minerai d'une exceptionnelle qualité, riche en manganèse, qui permettait d'obtenir du fer et de l'acier par le biais du processus de réduction directe (d'où l'expression à l'époque de «mine d'acier» pour le qualifier).

En l'espace de quelques décennies, entre les XIIIème et XIVème siècles, ces forges – qui produisaient des merlaria (des masses de fer diversement carburés et de l'acier naturel) – se sont développées le long des principales vallées de la rive gauche de l'Ariège (le long de cours d'eau vigoureux comme le Vicdessos et l'Aston), avec le soutien des seigneurs locaux – en particulier le comte de Foix.

Ceux-ci accordèrent de nombreuses concessions aux entrepreneurs (usage du charbon, de l'eau, du minerai).

Or toute pratique intensive a ses inconvénients.

En effet, cette innovation consommait davantage de charbon de bois qu'un simple bas foyer dans lequel on faisait fondre le minerai auparavant; elle a entraîné une exploitation intensive de la forêt, sensible dès le deuxième quart du XIVème siècle, suscité la mise en œuvre de pratiques plus restrictives de la forêt (attestées dès la fin du XIIIème siècle) et l'élaboration de normes plus contraignantes.

Cette disparition inévitable du bois nécessaire à la fabrication du charbon de bois, aboutit en 1347-1348, à l’instauration d’un règlement exceptionnel qui fut établi entre le comte de Foix, le vicomte de Couserans et la communauté de Vicdessos, visant à préserver l'élan industriel.

Grâce à ce texte, les espaces boisés furent gérés et utilisés plus raisonnablement. Ainsi, il fut décidé que le Couserans fournirait à la vallée du Vicdessos son combustible en échange de fer.

Cette gestion raisonnée des espaces forestiers a également permis d'accroître la production métallurgique et par conséquent de contribuer à l'intensification des échanges commerciaux, qu'animaient principalement les produits alimentaires et textiles.

La région s'ouvrit, dès le début du XIVème siècle, plus largement vers le nord, au royaume de France, au Toulousain et au Languedoc.

Le fer, et non le minerai, y circulait sous forme de produits semi-finis et de barres portant l'estampille de la ville de Foix.

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auteur: CJM | publié le: 17/07/2012 | 18:11 | Lu: 11504 fois