Le développement substantiel des moulines et de leurs technologies ont entraîné un essor du commerce du fer, occasionnant un réel profit pour les seigneurs pyrénéens et tout particulièrement pour les comtes de Foix.
Dès l’extrême fin du XIIIème siècle, ils mirent donc en place une véritable politique sidérurgique qui consistait par exemple à affirmer leurs droits sur les mines, à instaurer des droits sur le commerce, où à inciter les notables des villages à créer de nouvelles moulines par le biais de contrats attractifs.
Des pratiques d’une étonnante modernité!
Et la vallée du Vicdessos dans tout ça?
Eh bien, grâce au développement des moulines, et puisque le comte de Foix ne contrôlait pas l'approvisionnement en matière première, ce dernier devint le monopole de la communauté de Vicdessos. Dotée d'une identité propre, extrayant le minerai depuis l’Antiquité, la vallée du Haut Vicdessos sut réserver l'extraction du minerai à ses seuls membres et pratiquer une politique de rétention commerciale jusqu'au milieu du XIVème siècle.
Les choses évoluent quelques peu dans la seconde moitié du XIVème siècle et au début du XVème siècle, alors que la récession frappait les Pyrénées comme le reste de l'Europe.
L’industrie sidérurgique fuxéenne se maintint dans le cadre nouveau d'une économie de guerre. Alors que les régions sidérurgiques des alentours sombraient, la production des moulines en activité dans le Haut Sabartès conquit le marché régional, exerçant un monopole.
De nouvelles zones sidérurgiques s'ouvrirent, tout particulièrement dans la seigneurie de Mirepoix et à la périphérie de la ville de Foix.
Le fer dit de Foix circula aussi plus aisément que durant la période précédente; il fut apprécié tout particulièrement à Toulouse, importé par des marchands qui fournissaient en blé les vallées et qui dominaient le marché du fer.
Les Fuxéens ne participaient ni au transport, ni au commerce de leurs productions et leur industrie était alors dominée.
Les habitants des vallées étaient dépossédés d'un produit semi-fini qu'ils ne savaient pas transformer et dont ils ne maîtrisaient pas la circulation. Cependant, la diffusion du fer de Foix est attestée dans les mondes méridionaux français (de la Gascogne jusqu'au Languedoc et même à Arles) et son prix élevé tenait de son indéniable qualité.
Cette évolution s'accompagna d'une rationalisation de la production minière, voulue par le comte de Foix au début du XVème siècle, pour améliorer l'exploitation jugée anarchique. En fait, il souhaitait manifestement répondre à la demande du marché et contraindre les mineurs à un approvisionnement régulier et de qualité.
En 1414, le comte, avec le soutien des représentants de la communauté de Vicdessos, promulgua une ordonnance qui confiait l'organisation du travail et la répartition des concessions à des prud'hommes.
Ces notables du comté ôtèrent aux mineurs toute initiative et soumirent la production aux exigences des entrepreneurs, responsables des moulines.
Les privilèges communautaires furent détournés au profit de quelques-uns et l'innovation technique, à l'intérieur de la communauté, renforça les disparités sociales.
Vers 1450, le fer dit de Foix, très cher, subit de plein fouet la concurrence. La région de Vicdessos connut une récession qui ne fut cependant que passagère; car après cette crise, quand la croissance reprit, la mouline fut partie prenante du nouvel essor. Son rôle déclina par la suite à l'époque moderne, alors que l'espace des Pyrénées centrales s'ouvrait à d'autres expériences techniques qui évoluèrent vers la forge «à la catalane»
En 1716, on comptait environ 35 forges dans le comté de Foix. Un certain nombre s’alimentaient à la mine du Rancié: il s’agissait des forges d’Orlu, Orgeix, Ascou, Mijanès, Perles-et-Castelet, Urs, Saint-Paul-de-Jarrat, Celles, Castelet-d’Alens, Niaux, Gudanes.
En 1729, on comptait six moulins de fer ou moulines dans la vallée du Vicdessos: La Vexanelle, Cabre, Capunta, Gouillé, La Prade et la Forge-Neuve.
La production totale de la vallée fut estimée à 15 000 quintaux de fer, pour une consommation de minerai de 36 184 quintaux et 20 000 charges de charbon.
Au début du XIXème siècle, on comptait près de 150 forges sur les deux versants des Pyrénées, 77 dans les Pyrénées françaises, dont 41 en Ariège.
La forge à la catalane s’éteint et disparaît vers 1850.
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