Pamiers: dans les coulisses de la restauration de Notre Dame du Camp
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Depuis cet été un impressionnant échafaudage corsète les tours de l’église Notre Dame du Camp et un véritable chantier est déployé à 45 mètres au-dessus du sol.
Un jeu de construction de plus de 55 tonnes dont l’essentiel du poids est réparti sur la façade en raison de l’état sanitaire de certaines zones.
«Il aura fallu un mois pour l’adapter aux réalités du terrain et du bâtiment, nous avons travaillé en relation avec un bureau d’étude spécialisé», commente Maxime Amiel, conducteur de travaux chez Corréa en charge de la maçonnerie.
Cette entreprise appaméenne agréée par les monuments historiques n’en est pas à son coup d’essai. En 1993, elle avait installé une structure similaire sur la cathédrale de Pamiers, mais aussi sur le château comtal de Carcassonne, la cathédrale de St Lizier ou l’abbatiale d’Alet.
Ces restaurateurs de cathédrales interviennent directement sur le monument et travaillent les pierres de taille en atelier.
Des gargouilles de 500 kilos prennent forme sous le maillet et le ciseau des compagnons du devoir avant d’être montées à l’aide d’un treuil électrique au sommet des tours.
La dernière restauration de la façade date de 1870 (architecte Layrix) et depuis les intempéries ont terriblement dégradé l’ensemble de la structure, occasionnant même des chutes de parement sur le parvis.
Si bien qu’en 2013 la commune demande un diagnostic pointu afin de réaliser d’importants travaux de conservation (voir notre article du 4 septembre 2009). Ils sont à présent engagés et devraient s’achever au printemps 2016.
Pendant cette période l’église est fermée au public et ce matin une visite était organisée pour les élus et la presse afin de cerner la problématique de ce chantier atypique.
Une architecture savante mêlant briques et galets, plusieurs fois démantelée et rebâtie cette église dédiée à la Vierge a également connu des restaurations successives hasardeuses… autant de paramètres qui ne facilite pas la tâche des entreprises.
Édifiée au 12ème siècle sur les terres nouvellement assainies afin de répondre à l’accroissement de la population du bourg centre, l’église «Notre Dame des Champs» est située en dehors des fortifications.
«C’est l’église de la ville, des marchands qui s’installent dans la plaine, explique Jean-Louis Rebière, architecte en chef des monuments historiques. En face, la cité s’organise autour de la cathédrale».
Fortement endommagée lors de la croisade contre les Albigeois, elle fut rebâtie au 14ème siècle dans de plus grandes proportions et on éleva au-dessus du portail, un mur aux allures défensives encadré de deux tours massives à usage de poste d’observation.
Entièrement détruite par les protestants en 1621, la façade fut arasée et les tours démantelées. Il faudra attendre la fin du 18ème siècle pour que l’église retrouve ses belles proportions et le 19ème pour le cachet néo-médiéval à la mode à cette époque-là.
«L’église est construite sur un plan gothique, les tours sont utilisées en guise de mirador pour la surveillance, précise le maitre d’œuvre. À ce stade des travaux, nous nous occupons des parties hautes du parement (réfection des parements des tours et des façades) et de l’étanchéité des terrasses ainsi que des couvertures».
Des terrasses sur lesquelles poussaient il y a quelques mois des arbustes et des parements endommagés par les pigeons.
Premier arrêt dans l’ascension à travers ce dédale d’échelles et de paliers, la terrasse reliant les deux tours. L’intervention de l’entreprise Falguié permettra de reprendre l’étanchéité défectueuse et de réaliser des couvertures en cuivre.
«Nous avions ici une protection en goudron puis une dalle de béton et une protection bitumée… il faut repenser le système de collecte et de renvoi des eaux pluviales, précise le couvreur. Il est nécessaire de mettre le bâtiment hors d’eau, car les infiltrations sont à l’origine des dégradations qui touchent les maçonneries».
La première tranche des travaux traite essentiellement les parties hautes, la seconde va permettre la réhabilitation de la sacristie et du chevet.
«C’est un bâtiment construit à l’origine à la chaux, mais avec le temps il y a eu d’importants ajouts de ciment qui ne laissent pas respirer les matériaux. La brique devient poreuse, elle se délite et nous devons la remplacer», précise Maxime Amiel qui a commandé plus de 7 000 briques de St Lys, une brique foraine, visant à remplacer les briques défectueuses.
«Nous travaillons à la chaux aérienne (c’est-à-dire qui prend à l’air) et nous utilisons du grès en provenance d’Espagne pour la restauration des merlons. À l’origine c’était des carrières de grès situées à Vernajoul, mais à l’heure actuelle on ne trouve plus de gré en France et c’est dommage!»
Les éléments restaurés sont patinés au pigment naturel, rien est laissé au hasard sur ce site classé au titre des Monuments Historiques.
Une campagne de restauration qui pourrait être accélérée ou étendue grâce à la souscription lancée par la Fondation du Patrimoine. Une opération de mécénat populaire permettant aux entreprises et aux particuliers de soutenir par un don déductible des impôts ces travaux de restauration.
Restauration de l’église Notre Dame du Camp
1ère tranche: 452 459€ HT
Financement:
Mairie de Pamiers (maitre d’ouvrage): 68%
État: 30%
Conseil Départemental: 2%
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