Montségur en lice pour le classement mondial à l'UNESCO
Ils sont tous les ans des milliers à arpenter, entre buis et noisetiers, le tortueux chemin qui mène au Saint des Saints.
Perché au sommet d’un piton rocheux, le fameux «pog» (montagne en occitan), le château de Montségur fait partie de ces «Citadelles du vertige» magnifiées dans les années 1960 par l’historien du catharisme Michel Roquebert.
Un château cathare qui à l’instar de ses voisins des Corbières audoises (Peyrepertuse, Quéribus, Puylaurens, Aguilar, Lastours et Termes) demande son inscription à l’UNESCO pour doper les fréquentations et toute l’économie du territoire, mais pas seulement.
La matinée est largement entamée et malgré un mercure qui flirte avec les 25 degrés, de nombreux courageux partent à l’assaut de la forteresse de Montségur accrochée à son rocher à plus de 1200 m d’altitude.
On parle anglais, espagnol, allemand, flamand et bien entendu français, mais quelle que soit la langue, on n’oublie pas de se saluer au détour des méandres de ce sentier escarpé.
«Montségur ça se mérite !» comme on aime le dire ici en Ariège.
Au terme de cette randonnée initiatique et sportive (200 m de dénivelé depuis le parking), le panorama qui se déroule à 180 degrés récompense l’effort, offrant une vue imprenable sur la vallée et les montagnes environnantes.
Ils sont chaque année 50 000 visiteurs à s’offrir cette carte postale unique.
En revanche 2,5 millions de personnes visitent tous les ans la Cité de Carcassonne toute proche.
Aussi pour lutter contre cette «injustice», le conseil départemental de l’Aude a eu l’idée il y a quelque temps déjà de faire classer ses châteaux cathares et a naturellement associé dans cette démarche son proche voisin ariégeois.
Il est vrai que Montségur est «une locomotive», un symbole fort de la Croisade contre les Albigeois* connu à l’international et un classement au patrimoine mondial de l’UNESCO lui permettrait enfin de rentrer officiellement dans la cour des grands.
Car comme le souligne Robert Finance, le maire de ce village de 132 habitants, la clientèle qui vient visiter le site est déjà à 50% d’origine étrangère.
«Ce label constitue une suite logique dans le cadre de la nouvelle grande région» Cependant il a fallu que le conseil départemental de l’Aude revoie un peu sa copie, ponctue le premier magistrat.
Bien que le label «Châteaux Cathares» soit vendeur du point de vue marketing, la rigueur historique est tout autre.
En effet, les sites ont bien connu à un moment donné une occupation cathare, mais les forteresses que nous y voyons aujourd’hui ont été reconstruites après la croisade par les vainqueurs, les seigneurs croisés.
«Le cabinet-conseil et les spécialistes qui ont travaillé sur le dossier se sont orientés vers une autre stratégie. Pour avoir davantage de chance de décrocher ce précieux sésame, ils l’ont raccroché à la cité de Carcassonne.
En définitive c’est sous l’intitulé suivant: “proposition d’extension du classement au patrimoine mondial à l’UNESCO de la cité de Carcassonne aux forteresses de montagne” que le dossier est arrivé en juin dernier à Paris», poursuit Robert Finance qui souligne que le conseil départemental de l’Ariège et celui de l’Aude marchent la main dans la main sur ce projet.
«Tout s’est fait en bonne intelligence. Tous les maires des communes concernées sont invités début septembre par André Viola, président du conseil départemental de l’Aude pour faire le point sur l’avancée du dossier.
Le processus long et complexe est bien engagé, mais c’est un engagement de longue haleine, il faut bien compter une dizaine d’années» reconnait l’édile.
Entre temps il aura achevé le grand projet d’aménagement du site intitulé provisoirement «Montségur 2015-2018» qui vient d’être mis sur les rails cette année (voir le détail dans nos prochaines éditions).
Quoi qu’il en soit ce label d’excellence pourrait générer 20 à 30% de visiteurs supplémentaires, d’où la nécessité de les accueillir correctement.
En 1997 le classement de la cité a fait bondir de 30% sa fréquentation et la cité épiscopale d’Albi, entrée dans ce cercle très fermé en 2010, a dopé sa fréquentation de 20%.
Les commerçants locaux se frottent déjà les mains et les retombées touristiques devraient se faire ressentir à l’échelle du département, voire de la grande région qui aura loisir de développer en s’appuyant sur les autres sites déjà inscrits, des produits touristiques de qualité…
L’avenir nous le dira, car le chemin vers l’UNESCO est aussi ardu que le sentier qui mène jusqu’au pog de Montségur, notre emblématique «Citadelle du vertige»
*après plusieurs mois de siège, le château tombe aux mains des hommes de Simon de Montfort le 16 mars 1244. Les Parfaits réfugiés dans le château refusent d’abjurer leur foi et 200 d’entre eux sont aussitôt brûlés.
Un peu d’Histoire
Fabrice Chambon est guide conférencier à Montségur.
Pour lui le site n’a plus de secrets : «Les archéologues ont retrouvé une présence humaine qui remonte aux alentours de -4000 ans avant notre ère. Il y a 6000 ans que des êtres humains commencent à occuper le site. Montségur est davantage connu pour ses années de catharisme que par le reste de son histoire. Les cathares s’installent ici en 1204 et quittent le site au moment du bûcher en 1244.
Pendant 40 ans Montségur va servir de tête et de siège de cette église “proscrite” par le pape et le roi de France. Le château que nous voyons aujourd’hui aurait été bâti entre 1260 et 1290 par les nouveaux seigneurs du pays, les Lévis Mirepoix»
Montségur lieu de symbole et de mémoire
Pour ce spécialiste qui voit passer tous les ans des milliers de visiteurs, les aspirations sont variées : «les gens viennent y chercher ce qu’ils ont envie d’y trouver.
Entre les historiens ou les archéologues purs et durs, les simples curieux qui ont entendu parler de catharisme et le public plus ésotérique venu chercher le temple solaire ou le Graal, les gens qui redescendent, quelle que soit leur attente ne redescendent jamais de la façon dont ils sont montés. Montségur est un emblème, un lieu de mémoire… c’est un site qui marque»
Depuis cet été des visites sont proposées en langue anglaise pour répondre aux attentes d’un public international toujours plus nombreux.
Informations sur http://www.montsegur.org et http://www.grands-sites-ariege.fr
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