Saint-Girons: Question de justice... réparatrice

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Question de justice est le nom d’une association récemment créée à Saint-Girons qui prend pour modèle une mouvance importée du Canada et des Pays du Nord, comme la Belgique ou les Pays-Bas, où elle est en pratique depuis plus de dix ans. Et bien au-delà encore.

«Dans les peuples anciens, on utilisait ce type de pratique, sous forme de conseils ou même dans nos contrées rurales avec leurs pratiques ancestrales avant que tout ne se judiciarise au travers de différents codes» présente Hélène Van Dijk, responsable de la toute nouvelle association.

On ne parle plus de sanctions mais de réparations
Un mouvement qui prend suffisamment d’essor en France aussi, pour que Robert Cario, l’un de ses ardents défenseurs au niveau national, crée un institut français de la justice réparatrice qu’il entend aujourd’hui faire reconnaître par les pouvoirs publics.

Non pas une justice par défaut ou parallèle, mais de «nouveaux systèmes dans la résolution des problèmes et litiges, réunis sous le vocable de justice réparatrice» explique Hélène Van Dijk.

«Un processus de médiation entre l’auteur et la victime, basée sur une démarche volontaire qui peut réunir toutes les personnes de l’entourage concernées de près ou de loin, toutes les institutions jusqu’à la définition ensemble d’un plan d’action puis de réparation. En suivant finalement le bon vieux principe de dialogue autour d’une table»

Pour elle, tous les délits peuvent être abordés dans ce cadre: des plus courants aux plus graves. Deux pratiques coexistent: la conférence familiale et la justice restauratrice ou réparatrice, chacune étant plus appropriée selon la problématique.

«Les études montrent que les victimes s’en sortent mieux lorsqu’elles peuvent rencontrer l’auteur d’un délit, que le dialogue s’installe, l’auteur y compris que l’on place dans la situation de reconnaître la souffrance de l’autre, de voir à travers les yeux de sa victime. Une paix s’installe»

Un vrai travail de médiation qui se fonde aussi sur le bon sens
Depuis quelques mois maintenant, une vingtaine de personnes suivent des formations spécifiques pour cette pratique de coordinateur. Paul Ban, éminent adepte de cette discipline, venu lui d’Australie, a récemment animé l’une d’elles.

Sur les hauteurs de Montseron, un petit groupe s’est réuni autour d’Hélène et de son invitée toulousaine du jour Laure Gonçalvez intervenue pour le compte de l'organisation pour laquelle elle travaille «Parle avec elles»

Au sein de son quartier de la Reynerie, au Mirail, elle s’efforce de mettre en pratique cette approche novatrice sous le regard attentif des autorités locales, de la préfecture notamment.

«Toulouse est à la pointe du développement de cette pratique innovante en France, précise Hélène Van Dijk, l’échange, le réseau, la mutualisation des expériences et bonnes pratiques sont importants.

Notre quartier comporte 9.000 habitants, il est un concentré de toutes les problématiques sociales,
poursuit Laure, nous essayons d’avoir une approche globale et collective à vocation sociale, pour améliorer le mieux-vivre ensemble»

Les conflits familiaux, séparations et divorces avec parfois le placement d’enfants, les querelles à l’école, de voisinage, la maltraitance, la maladie, les vols ou agressions sont autant de domaines où la justice réparatrice peut apporter une autre vision dans la résolution des conflits et problèmes, ici sous la forme des conférences familiales.

A la différence des avocats, de la police ou de la justice et même des travailleurs sociaux amenés à intervenir, «nous ne portons pas de jugement, nous mettons en relation et organisons la médiation»

Pour toutes les deux, nul doute que cette discipline peut aussi se mettre en pratique dans nos milieux ruraux. «Il s’agit de créer du lien, une atmosphère dans laquelle on peut simplement faire dire ce qu’il y en dessous, pour Hélène.

On crée les conditions qui permettent de reconnaître l’autre humainement, une démarche dirigée vers l’avenir et le bien-être de tous»

Il s’agit bien souvent de dépasser l’approche des institutions. «Le but est de pousser les gens à prendre leurs responsabilités, de dépasser les postures institutionnelles et professionnelles, ne plus faire pour mais faire ensemble, confirme Laure, souvent en faisant simplement appel au bon sens»

Pour arriver à ce résultat: «se réunir pour décider ensemble», des principes de base sont mis en avant par Laure: «redonner le pouvoir aux personnes, croire en l’autre, avoir des qualités d’écoute et de distanciation, ne pas prendre part mais savoir organiser au mieux la médiation»

Une démarche innovante mais inspirée finalement de pratiques ancestrales appelées à se développer.

«On espère que progressivement notre réseau va s’étendre et se développer au départ de manière informelle puis petit à petit en gagnant notre reconnaissance auprès du législateur pour voir notre travail et nos interventions reconnus de manière professionnelle»

Pour l’heure la pratique essaime ici en Couserans, les séances de formation se succèdent. Hélène et ses coordinateurs indépendants se mettent à la disposition des familles, des travailleurs sociaux et des institutions pour partager cette approche innovante qui privilégie une qualité devenue rare, l’écoute.

Plus d’infos:
Question de Justice
Association pour l’introduction des pratiques de justice réparatrice à Saint-Girons
06 73 14 83 52
[email protected]
www.questiondejustice.fr

Sylvain Sastre | 01/03/2013 - 12:58 | Lu: 46279 fois