L'ADAPEI de l'Ariège à deux doigts d'un nouveau conflit social
Hasard du calendrier, il y a un an à peine l’association agitée par une grave crise de gouvernance, faisait la une de l’actualité des médias.
Selon les délégués du personnel CGT qui ont organisé ce matin une conférence de presse, on est loin du retour à la normale espéré par tous.
Yazid Djemane et ses camarades ont bataillé ferme pendant des mois pour un retour à la normale et faire entendre la voix des familles, qui sont à l’origine de la création de cette association , une association ayant vocation d’accueillir les personnes en situation de handicap.
Des efforts balayés d’un revers de main en quelques mois:
«Nous avons l’impression de revivre un mauvais scénario, s’indigne Yazid. Dans les nouveaux statuts appelés de nos vœux les représentants du personnel qui sont au plus près des réalités de terrain et des besoins des personnes en situation de handicap, devaient rentrer au CA (3 représentants du personnel avec voix consultatives). Nous avons assisté à la première réunion en juin 2013 depuis nous ne sommes plus invités, la direction opérationnelle (directeur général et directeurs) a repris la main et ne veut plus entendre parler du changement de statuts… on assiste au jeu des chaises musicales, on revient aux méthodes sectaires (Pascal David a été sorti du CE), aux opérations opaques (alors que nous sommes dans le rouge, les directeurs se sont attribués une gratification de 4000 euros) que l’on veut dénoncer aujourd’hui»
Selon la CGT l’ADAPEI de l’Ariège est loin d’avoir redressé la barre«Fin 2012 nous avons enregistré un déficit de plus d’un million d’euro qui se creuse au fil des années» poursuit Yazid qui met en exergue le compte rendu d’une réunion des directeurs avec l’ARS (l’association est financée par le Conseil général et l’ARS) demandant de mettre en place un véritable plan d’austérité.
Les délégués du personnel épinglent la mauvaise gestion de l’association dont le budget est pourtant financé par des fonds publics (ARS et CG):
«On ne prend plus en compte les besoins des personnes en situation de handicap, on préfère prendre des emplois précaires sur des mi-temps que de travailler avec des gens formés, on joue sur la polyvalence des salariés sans reconnaissance des salaires, les élections CHSCT n’ont pas encore eu lieu, on dénature totalement nos missions, si bien qu’aujourd’hui nous sommes mal dans notre travail faute de moyens et à cause de la pression terrible qu’on nous impose.
Quant aux parents des résidents, c’est la politique de la terreur. Il y a des listes d’attente pour intégrer les établissements gérés par l’ADAPEI, on leur fait du chantage… La liste des dysfonctionnements est longue mais il ne faut pas perdre de vue que nous travaillons souvent avec des personnes polyhandicapées qui demandent beaucoup de surveillance et à aucun moment on ne parle des besoins de l’ADAPEI et de ses pensionnaires. C’est un plan de retour à l’équilibre. Ce n’est pas en enlevant des gens sur le terrain et en les remplaçant par des cadres que l’on retournera à l’équilibre»
Michel, salarié syndiqué, dénonce la mise en place de vidéos surveillances sur un site de production sans consultation des IRP et la remise en cause des rythmes de travail des usagers de l’ESAT industriel:
«A force de mettre à la tête des services des cadres issus du privés on en vient à parler de rentabilité et on se dirige vers la productivité en demandant à une personne en situation de handicap de faire plus de 35 heures par semaine […] cette nouvelle gouvernance a eu pour mérite de recréer entre nous l’union sacrée CGC-FO et CGT, au sein du comité d’entreprise. Mais ce n’est pas suffisant, ce service associatif est à bout de souffle il faut le repenser totalement»
Crise de croissance ou crise de système pour l’ADAPEI de l’Ariège?Au départ, cette association lors de sa création il y a une cinquantaine d’années reposait sur la militance parentale, des parents qui ont bien vieilli et un conseil d’administration qui a du mal a se renouveler.
L’ADAPEI est toujours une association loi 1901 avec la gestion de 500 salariés pour autant de personnes handicapées sur quatorze établissements ariégeois et un budget de 30M€ par an.
«Les familles siégeant au CA ne sont pas des gestionnaires, le mouvement militant s’est essoufflé et les restrictions budgétaires ne tiennent plus compte des besoins des personnes en situation de handicap accueillies»
Une anecdote résume la situation de l’ADAPEI: «Nous avions toujours vocation d’amener nos pensionnaires en voyage, découvrir la mer ou à la montagne… tout cela est fini depuis bien longtemps. Il y a quelques semaines nous n’avons pas pu amener les enfants au cinéma car il n’y avait plus d’argent pour faire le plein de carburant dans le véhicule»
Bruno, délégué syndical CGT est intarissable concernant les budgets prévisionnels 2014:
«Il apparait que les directeurs de pôle ont des indemnités de sujétions supérieures au maximum conventionnel, des personnels apparaissent dans les budgets alors qu’ils sont à la retraite, des astreintes de dimanche et jour férié sur les IME alors que les internats de WE sont fermés… et j’en passe des meilleures. Tous ces griefs nous amènent à nous poser les questions sur les capacités à gérer cette association qui à notre sens ne relève plus du milieu associatif mais du domaine public puisque financée à 100% par des fonds publics»
Vers un grand service public du handicap et de la perte d’autonomie?Les salariés demandent à être associés au processus de réflexion:
«L’avenir de l’ADAPEI ne peut se faire sans les salariés, martèle Yazid. Nous voulons être associés à cette réflexion. Notre structure fonctionne avec de l’argent public, si les comptes ne sont pas en équilibre, il faut que les organismes de tutelle puissent avoir un droit de contrôle. Il n’y a à ce jour aucune anticipation sur le vieillissement des usagers et des résidents. En 2017 on estime que 50% des travailleurs en hébergement seront à la retraite et nous n’auront pas les moyens de les accompagner.
Nous accueillons également les jeunes enfants autistes qui n’ont pas de place ailleurs… la situation se complique sur le terrain et nous ne ressentons pas derrière une véritable dynamique institutionnelle. Nous avons une mission de service public, nous sommes fiers de faire ce métier là mais dans ces conditions nous ne sommes plus d’accord»
L’idée d’un grand service public du handicap à l’échelle du département a germé depuis quelques temps dans l’esprit des salariés de l’ADAPEI. Reste à voir si les organismes de tutelle sont dans la même optique.
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