Ce qui était au départ, il y a plus de cinquante ans, une association de parents bénévoles est devenue aujourd’hui une véritable institution dans le département de l’Ariège.
20 établissements, plus de 400 salariés pour 500 personnes accueillies… l’ADAPEI a toujours vocation à s’occuper de l’accueil des personnes en situation de handicap mais à quel prix?
Les salariés ont déposé un préavis de grève en début de semaine et se sont mobilisés ce jeudi devant l’institut médico-éducatif (IME) de Saint Jean du Falga. Tout un symbole car cette structure accueille des jeunes et représente le début de l’accompagnement du handicap.
Ils étaient plus d’une centaine venus de tous les établissements de l’ADAPEI éclatés sur le département pour dénoncer la souffrance des salariés, pourtant dévoués à la cause et à la souffrance des autres.
On entend parler de «tentatives d’intimidation, de menaces à peine voilées, de violences verbales, d’ambiance délétère… relevés par le rapport du CHSCT en date du 29 janvier 2013. Un conflit larvé qui met au jour des dysfonctionnements insupportables» relève Bruno Douarche, délégué syndical de l’IME qui a rencontré ce matin même lors d’une réunion du CHSCT le directeur général.
«Un audit (ARS et cabinet d’expertise extérieur) va être mis en place par rapport aux risques psycho-sociaux mais il ne profitera qu’aux personnes qui le commanditent. Il y a eu le même problème à l’IME de Lézat il y a deux ans» avoue le syndicaliste.
«Nous ne nous faisons plus d’illusions […] Lors d’une réunion institutionnelle importante le 19 mars dernier, le directeur de l’IME de St Jean n’a même pas été convié, la présidente n’a pas voulu le recevoir… la situation est grave car il s’agit d’un conflit de personnes au sein de la structure, entre la présidente Marie-Josée Magne et la direction générale mise au placard.
Plusieurs administrateurs ont déjà démissionné et face à cette ambiance délétère nous battons les records de congés maladie»
Une situation que veulent dénoncer aujourd’hui les syndicats car «il en va de la qualité de l’accompagnement des enfants»
«Nous voulons porter cela à la connaissance des parents, les inviter à nous rencontrer»
Un sentiment partagé par Pascal David, vice-président du CVS (conseil de la vie sociale) de St Jean et donc par voie de conséquence représentant des familles des enfants accueillis: «nous avons alerté à plusieurs reprises la direction et la présidence de l’ADAPEI d’un conflit social sous-jacent qui risquait de perturber l’accueil, la sécurité et les obligations de soins que nos enfants sont en droit de recevoir…
Nous trouvons regrettable que la direction et la gouvernance de l’ADAPEI n’aient pas jugé utile de nous répondre… nos enfants ne sont pas des marchandises, ils ont besoin d’être accueillis par des professionnels compétents à qui on donne les moyens et la sérénité nécessaires pour exercer leurs compétences»
Dans les rangs des manifestants, le malaise est palpable: «la situation n’est pas très bonne depuis trois ou quatre ans mais elle s’est très rapidement dégradée depuis les douze derniers mois» explique Sylvie qui ne comprend plus les exigences de la nouvelle direction qui seraient plus proches d’une entreprise privée que des missions médico-sociales dévolues à l’ESAT: «on ne peut pas demander à nos salariés d’être aussi compétitifs que sur une chaîne en milieu ordinaire !»
Outre les méthodes de management, certains dénoncent aussi les NAO qui bloquent l’avancement du point d’indice depuis des années, les CDD non renouvelés, la multiplication des temps partiels non choisis ou encore la mise en cause de certains acquis pour les résidents.
«La déshumanisation de notre association la mènera à sa perte si nous ne réagissons pas» précise Yazid Djemane, secrétaire adjoint du CE qui a pris la parole et invective la foule.
Tous sont bien conscients que l’année 2013 sera l’année des grands changements au sein de l’ADAPEI de l’Ariège touchée par un problème conjoncturel comme ses petites sœurs, l’APAJH ou Ariège Assistance.
Avec 30 M€ de chiffre d’affaires, elle doit faire face à d’importantes restrictions budgétaires (l’ADAPEI dépend à 70% d’un financement ARS/Etat et de 30% du Conseil général pour la partie hébergement et animation); d’autant que le coût de la place en Ariège est inférieur à la moyenne nationale.
De plus, les entreprises adaptées liées à la structure doivent réaliser d’importants travaux de modernisation (l’atelier peinture de l’ESAT de Pamiers doit se mettre aux normes avec trois ans de travaux à la clé) et trouver malgré la crise des débouchés à l’extérieur.
Les turbulences actuelles à la tête de cette association motive l’étude engagée par le Conseil général de l’Ariège sur la gouvernance de l’ADAPEI au même titre que les autres associations à vocation sociale.
Un bureau a été engagé, il travaille actuellement sur le principe et sur l’idée de ce changement de gouvernance où l’assemblée départementale s’associerait mais le rendu de cette étude est loin d’être dans les agendas.
En attendant les salariés de l’ADAPEI entendent trouver un écho à leurs revendications.
| «Une situation incompréhensible et inadmissible» pour la présidente de l’ADAPEI Jointe par téléphone, Marie-Josée Magne, présidente de l’association, peine à cacher son exaspération: «c’est une situation incompréhensible marquant un manque de dialogue et de communication évident. Franchement, c’est un peu ennuyeux que des professionnels se permettent de telles choses. Les ADAPEI reçoivent les personnes les plus lourdement handicapées et mettre des enfants dans la balance, je trouve cela inadmissible et dommageable» confie-t-elle. Elle a reçu et écouté les représentants du personnel tout en leur rappelant bien qu’il n’y avait pas assez d’argent à l’évidence et qu’elle n’avait aucun levier là-dessus. Jeudi après-midi, elle les a encore rencontrés, leur signifiant que la porte du conseil administratif de mercredi soir prochain leur était ouverte afin qu’ils évoquent leurs craintes avec les administrateurs. A titre personnel, c’est l’incompréhension qui prédomine chez la présidente: «ils ont les horaires des enseignants, les vacances scolaires, les congés trimestriels et je ne pense pas qu’ils fassent les 35 heures par semaine! De fait, la grève est un droit syndical que je respecte mais je me demande si cela s’est organisé au plan local car une action au niveau national était effective» ajoute Marie-Josée Magne. Une femme qui a travaillé dans le secteur sanitaire pour rejoindre le domaine médico-social dont elle aperçoit chaque jour la grande complexité. |
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