Violences faites aux femmes: «mettre des mots c'est le chemin de la guérison»

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Le département de l’Ariège en est à son cinquième plan de lutte contre les violences faites aux femmes, même si les choses avancent, notamment en matière de formation des professionnels susceptibles d’être confrontés dans leur pratique aux victimes et auteurs de violences sexistes, viols, les chiffres sont là pour nous rappeler la triste réalité: en 2013, 282 victimes de violences conjugales se sont adressées aux différents services d’accueil du département, 47 déclarent avoir porté plainte.

Des faits inacceptables comme l’a souligné Norbert Meler, maire de Foix dans son discours d’accueil.

«Au-delà des violences faites aux femmes, c’est un problème de discrimination (…) Et d’aussi loin que l’on remonte dans l’histoire, la lutte contre les discriminations a été portée par des gens courageux tels qu’Olympe de Gouges, Louise Michel, Simone Weil ou Élisabeth Badinter. Avec humilité, modestie, vous vous inscrivez dans les pas de ceux qui ont la volonté d’améliorer l’homme et la société».

Marie-Christine Carrié, directrice de la DDCSPP a rappelé les actions impulsées par le gouvernement pour lutter contre ces discriminations: «C’est un combat de tous les jours. Il s’agit du respect de l’égalité et à l’accès à l’ensemble des droits des femmes. La constitution est le socle de notre action, elle doit être au cœur des débats que nous portons. (…) La mobilisation et la solidarité du réseau montrent la détermination des professionnels sur ce sujet»
Un réseau départemental déjà bien rôdé
Depuis de longues années, la mission départementale aux droits des femmes et à l’égalité animée par Nicole Surre travaille avec les référents départementaux et organise un certain nombre d’actions sur les différents territoires.

À la veille du 25 novembre, date de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, plus de 200 personnes (des professionnels issus du secteur médical, associatif, social, éducation, animation, police, gendarmerie… etc.) confrontées dans leur pratique professionnelle à cette problématique ont assisté à la conférence du Dr Muriel Salmona*, sur les conséquences psycho-traumatiques des violences.

«En Ariège, les professionnels sont habitués à ce rendez-vous annuel, explique Nicole Surre qui organise cette conférence en partenariat avec le centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF).

Après le psychiatre Roland Coutanceau c’est la psycho-traumatologue Muriel Salmona, car nous avons pour objectif de monter le niveau de formation et de connaissance, de donner à nos partenaires les outils pour repérer les victimes et les prendre en charge de la meilleure façon possible.

Notre conférencière mène un gros travail auprès des victimes de violences conjugales, de viols, d’agressions sexuelles. 90% de ces victimes sont en état de stress post-traumatique.

Elle va nous expliquer ce dont il s’agit, les conséquences que ce stress entraine dans la vie de ces victimes, dans leur comportement (comportement d’évitement, de transgression, à risque).

Le stress post-traumatique est difficilement repérable, c’est un phénomène au niveau du cerveau qui génère des hormones particulières (hormones du stress) ayant des incidences psychiques, physiques sur le comportement.

Elle parle aussi des auteurs qui pour certains sont d’anciennes victimes qui n’ont pas été traitées. D’où la nécessité d’être formé pour repérer ces comportements pour comprendre le traumatisme des victimes.
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Les violences sexuelles ne sont pas une fatalité, il ne faut plus les tolérer
Les violences sexuelles, familiales, conjugales sont une réalité toujours peu prise en considération par les acteurs médico-sociaux et politiques.

Or les conséquences psycho-traumatiques de ces violences sont énormes en termes de santé publique. Muriel Salmona dans son dernier ouvrage, Le livre noir des violences sexuelles dénonce ce silence et cette démission pour permettre aux victimes d’être réellement et efficacement traitées.

Malgré les progrès en matière d’égalité enregistrés ces quarante dernières années, nous sommes encore loin du compte concernant les violences, les discriminations et les inégalités subies par les femmes en France.

Concernant les violences conjugales, 10% des femmes en ont subi dans l’année écoulée; pour les viols, les chiffres sont aussi effrayants: 75 000 femmes sont violées par an (et plus de 150 000 si l’on rajoute les mineures) si 10% arrivent à porter plainte, seulement 1 à 2% des violeurs sont condamnés. Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint en France.

Ces chiffres ne se sont pas améliorés, ils ont même augmenté.

Les viols ont le triste privilège d’être, avec les tortures, les violences qui ont les conséquences psycho-traumatiques les plus graves, avec un risque de développer un état de stress post-traumatique chronique très élevé chez plus de 80% des victimes de viol, avec la mise en place d’une mémoire traumatique et de troubles dissociatifs qui transforme la vie des victimes en une torture permanente qui leur fait revivre sans fin les pires moments de ce qu’elles ont subi, et les rend étrangères à elles-mêmes.

La moindre odeur, le moindre bruit permettant de faire le lien avec cet évènement traumatique peuvent entrainer chez la victime des stress, des peurs, des perturbations cardiaques, endocriniennes...

L’impact des violences sexuelles chez les victimes est non seulement psychologique, mais également neuro-biologique. Ces atteintes ont été bien documentées, car elles laissent des séquelles cérébrales visibles par IRM.

«Il y a à la fois le déni, le choc traumatique et des symptômes psycho-traumatiques qui sont très lourds et qui seront reprochés à la victime parce que personne ne comprendra ses réactions, son comportement, explique le Dr Muriel Salmona. Tout cela s’explique par des mécanismes neuro-biologiques et sont des conséquences normales par rapport à la gravité des violences.

C’est pour cette raison qu’il est important d’avoir les outils pour mettre des mots sur ces actes, mieux identifier les victimes pour une meilleure prise en charge.
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Le coût humain des violences sexuelles est alarmant
Ce qui ressort dans la plupart des cas c’est l’absence de prise en charge adaptée, de protection et de reconnaissance, alors même que les conséquences sur la santé et la vie affective, familiale et professionnelle des victimes sont extrêmement importantes.

Toutes ces personnes vulnérables victimes de viol se débattent avec des symptômes qu’elles ne comprennent pas, qui les font souffrir sans fin et les obligent à mettre en place des stratégies de survie coûteuses, handicapantes et parfois dangereuses pour elles (comme les conduites addictives et les conduites à risque), qui sont également des facteurs d’exclusion, de pauvreté, et de vulnérabilité à de nouvelles violences.

La lutte contre les violences sexuelles et contre l’impunité de ceux qui les commettent, la protection et le soin des victimes sont une affaire de droit et de puissance publique, il s’agit d’un choix politique. Cela nous concerne toutes et tous.

Dénoncer la loi du silence, mais également la culture du viol dans une société où les stéréotypes sexistes font florès dans un contexte d’inégalité de pouvoir entre les hommes et les femmes, sensibiliser le grand public au déni, à la culpabilisation et à la maltraitance auquel se heurtent les victimes de viols souvent laissées pour compte et abandonnées.

Proposer une réponse judiciaire adaptée à la réalité. Toutes les pistes doivent être explorées pour arriver un jour à éradiquer ce terrible fait de société.

* Muriel Salmona est psychiatre, psycho-traumatologue, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, membre de la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF)

Laurence Cabrol | 01/10/2015 - 19:08 | Lu: 6682 fois