Une souscription pour sauver la «Cantine» du Port de Salau

C’est une histoire exceptionnelle, l’histoire de la principale voie d’accès entre Pallars et Couserans… celle du Port de Salau, un itinéraire emprunté depuis les temps immémoriaux pour les échanges inter-frontaliers.
Une histoire à la naissance d’une source, celle du SalatA Salau nait le Salat, un torrent de montagne tumultueux menant à la Garonne et à Toulouse, une ville qui à l’instar de Lérida en Espagne s’est développée au débouché des vallées pyrénéennes centrales.
Entre les deux, les hommes ont toujours cherché la meilleure route. Et le Port de Salau plus haut de 200m que le Pla de Béret, raccourcit le trajet de 60km entre les deux capitales de part et d’autre les montagnes. Ainsi la voie du Salat fut-elle aussi stratégique que celle de la Garonne, tant au niveau militaire (elle vit passer les romains, les troupes de Charlemagne ou les armées du roi de France quand il était seigneur de Seix), économique quand les grandes routes internationales furent tracées ouvrant la voie à l’industrie papetière du XIXème siècle ou humain: ces échanges transfrontaliers favorisaient la diffusion des idées, de la culture et des mariages pouvaient aussi se sceller de par et d’autre la montagne. Colporteurs, contrebandiers et paysans avaient également l’habitude d’emprunter ces voies de communication.
L’industrie papetière acteur majeur des relations franco-espagnolesUne industrie grande consommatrice de bois, une ressource recherchée dans la forêt de sapins de Bonabé sur la Noguera Pallaresa. En 1874, la société Caujolle de Cadarcet ouvre une piste. Les travaux s’arrêteront à Pouilh, à mi-chemin du Port. Par la suite l’entreprise Matussière et Forest rachète la coupe et se lance dans cette grande aventure industrielle de débardage par câble.
A Bonabé c’est un véritable village qui voit le jour pour une centaine d’ouvriers à majorité espagnole. On construit au Port, une bâtisse de 100m de long (dite «La Cantine») et à Salau même une vaste râperie (pour transformer le bois papier).
Mais l’épuisement de la forêt, l’usure du câble et surtout la mobilisation des hommes pour la guerre de 14-18 ralentissent l’exploitation. Dès 1917, la râperie est transférée vers l’usine de Lédar (Saint Girons), celle de Salau est vendue à la Société d’Electricité puis à EDF et les bâtiments du Port sont laissés à l’abandon.
La bâtisse du Port de Salau, un témoin majeur de l’HistoireLongue d’une centaine de mètres, elle a été construite aux alentours des années 1900 en pierre et granit. Son architecture comporte des arches d’ogives et se trouve en parfaite harmonie avec les constructions locales. Ce bâtiment, baptisé «la Cantine» constituait un lieu de vie et de travail pour l’exploitation des sapins de la forêt de Bonabé (Pallars Sobirà en Espagne) via le village de Salau pour être transformé en pâte à papier dans la râperie avant d’être acheminée vers Lédar à Saint Girons par camions.
La station du Port de Salau constitue la station de dérivation principale pour le débardage du bois par câble aérien (les bois avaient une longueur de 12 mètres et le poids d’une seule charge atteignait en moyenne une tonne, la durée du transport entre Bonabé et Salau était aux alentours d’une heure). Cette station située à cheval sur la frontière (borne 422) servait également pour le contrôle douanier des billes de bois.
Lieu d’échanges à l’intersection du Pallars et du Couserans sur le chemin de l’exil républicain espagnol, des passeurs pendant la Seconde Guerre Mondiale ont utilisé cette bâtisse témoin de la mémoire industrielle et des hommes.
Une histoire qui se perpétue tous les ans avec la PujadaChaque premier dimanche du mois d’août, depuis 27 ans, la Pujada rassemble au Port de Salau des centaines de personnes pour fêter les liens amicaux qui unissent les deux vallées. Dès l’aube les marcheurs côté français et catalan, prennent le chemin du Port pour se retrouver au sommet et partager un moment de convivialité. On déploie les drapeaux, on chante, on danse et on partage un pique nique au cours duquel on échange quelques spécialités locales.
Lancement d’une souscription pour restaurer «la Cantine» témoin du patrimoine industriel de la vallée du SalatMalheureusement ce bâtiment témoignage de l’histoire industrielle et des échanges transfrontaliers est en péril: l’édifice passablement dégradé, menace de s’effondrer. Il est urgent de procéder à des travaux de cristallisation qui permettraient de sauver notamment les arches. L’association organisatrice de La Pujada, l’ASPIC (association pour les initiatives culturelles transfrontalières de la vallée du Salat) a travaillé en relation avec la Communauté des communes du canton d’Oust pour monter un projet auprès de la Fondation du Patrimoine.
Pour cette association locale, le bâtiment de la Cantine une fois restauré pourrait constituer l’élément phare du sentier d’interprétation du patrimoine et de l’histoire du Port de Salau récemment réalisé. Il pourrait également faire l’objet de l’aménagement d’un refuge non gardé d’une quinzaine de places.
Mais il est urgent de procéder aux travaux de consolidation afin de pérenniser ces vestiges. Leur coût estimatif s’élève à 130 000 euros. L’association pour les initiatives culturelles transfrontalières de la vallée du Salat (ASPIC) lance un appel aux dons pour contribuer à leur financement.
Par la souscription ci-jointe (http://www.fondation-patrimoine.org/fr/midi-pyrenees-16/tous-les-projets-765/detail-port-de-salau-a-oust-14786), les particuliers peuvent soutenir cette opération via la Fondation du Patrimoine (chaque don est déductible d’impôt sur le revenu à hauteur de 66% du don) qui accepte de financer les travaux à hauteur de 7000€ à condition que la souscription populaire soit du même montant. C’est un appel à la générosité que lance Annie Rieu, présidente de l’ASPIC pour sauver les bâtiments de la cantine de Salau, véritable sentinelle pour les randonneurs et pour la mémoire industrielle de la vallée du Salat.
Plus d’informations:
Renseignements 05.61.59.16.02 (Annie Rieu)
Fondation du patrimoine délégation Midi-Pyrénées: 05.62.19.00.71
www.fondation-patrimoine.org
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