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Les petites histoires de Mélanie: Axiat, la légendaire histoire de saint Julien

Saint-Julien, vitrail de la nef de l'église romane d'Axiat
© midinews 2014 - Mélanie Savès

«Et voilà l'histoire de saint Julien l'Hospitalier, telle à peu près qu'on la trouve, sur un vitrail d'église, dans mon pays» Gustave Flaubert.

L’église de son «pays» n’est autre que la cathédrale de Rouen. Un vitrail du XIIIème siècle, présente la légende du saint, décrite pour la première fois dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine au XIIème siècle. En 1876, Flaubert achève l’écriture de «Trois contes» L’un d’entre eux est consacré à saint Julien l’Hospitalier. Les extraits de cet ouvrage colorent la trame de la légende rapportée ci-dessous.

A quelques 882 kilomètres de là, dans l’église romane d’Axiat, le vitrail de saint Julien est baigné de la blanche lumière du nord. Saint Julien porte une couronne et la barbe de sa sagesse. Un disque d’argent auréole sa tête, comme un témoignage de l’accomplissement d’une prédiction faite par un vieillard le jour de sa naissance: «Réjouis-toi, à mère! Ton fils sera un saint!» Le lendemain, auprès du jeune père, un autre homme annonçait un avenir contraire: «Ah! Ah! Ton fils! Beaucoup de sang! Beaucoup de gloire! Toujours heureux! La famille d'un empereur»
Maudit! Maudit! Maudit! Un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère!Saint? Julien le devint suite à ses rédemptions, et elles furent à la hauteur de l’ignominie qu’il exécuta.

Rouge-sang est donc la couleur de la première partie de sa vie. Amoureux de la chasse, il semblait tuer pour le plaisir. Lors d’une infernale poursuite, portant le coup de grâce en pleine poitrine d’un cerf, «le prodigieux animal s'arrêta; et les yeux flamboyants, solennel comme un patriarche et comme un justicier, pendant qu'une cloche au loin tintait, il répéta trois fois: «Maudit! Maudit! Maudit! Un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère!» Il plia les genoux, ferma doucement ses paupières, et mourut. Julien fut stupéfait, puis accablé d'une fatigue soudaine; et un dégoût, une tristesse immense l'envahit»

Après cette aventure, il décida de quitter ses parents. S’engageant dans une armée en campagne, «il connut la faim, la soif, les fièvres et la vermine. Il s'accoutuma au fracas des mêlées, à l'aspect des moribonds. Le vent tanna sa peau. Ses membres se durcirent par le contact des armures»

Devenant le serviteur et le défenseur des plus grands du royaume, il devint l’époux de la fille d’un empereur. Les jeunes mariés vécurent heureux dans «un palais de marbre blanc, bâti à la moresque, sur un promontoire, dans un bois d'orangers»

Loin de là, ses parents partaient à sa recherche, un soir enfin, ils trouvèrent le palais de leur fils. Celui-ci était parti chasser. Après s’être fait connaitre de l’hôtesse, ils reçurent de quoi manger puis s’endormirent dans le lit conjugal. Dehors, au cœur de la foret, Julien manquait ses tirs et la colère le gagnait. Il rentra, frustré de n’avoir rien tué.

«Ayant retiré ses sandales, il tourna doucement la serrure, et entra. Les vitraux garnis de plomb obscurcissaient la pâleur de l'aube. Julien se prit les pieds dans des vêtements, par terre; un peu plus loin, il heurta une crédence encore chargée de vaisselle. «Sans doute, elle aura mangé», se dit-il; et il avançait vers le lit, perdu dans les ténèbres au fond de la chambre.

Quand il fut au bord, afin d'embrasser sa femme, il se pencha sur l'oreiller où les deux têtes reposaient l'une près de l'autre. Alors, il sentit contre sa bouche l'impression d'une barbe. Il se recula, croyant devenir fou; mais il revint près du lit, et ses doigts, en palpant, rencontrèrent des cheveux qui étaient très longs. Pour se convaincre de son erreur, il repassa lentement sa main sur l'oreiller. C'était bien une barbe, cette fois, et un homme! Un homme couché avec sa femme!

Éclatant d'une colère démesurée, il bondit sur eux à coups de poignard; et il trépignait, écumait, avec des hurlements de bête fauve. Puis il s'arrêta. Les morts, percés au cœur, n'avaient pas même bougé
»

«Son père et sa mère étaient devant lui, étendus sur le dos avec un trou dans la poitrine; et leurs visages, d'une majestueuse douceur, avaient l'air de garder comme un secret éternel»
C'est comme de la glace dans mes os! Viens près de moi!Julien prit le chemin de l’exil et s’isola au bord d’une rivière. «Il répara le bateau avec des épaves de navires, et il se fit une cahute avec de la terre glaise et des troncs d'arbres»

Un soir, il fit une rencontre angoissante. Un lépreux transi lui demandait le passage et l’hospitalité. Dans un effort démesuré de bienveillance, Julien l’accueillit et ne put refuser quand l’homme, qui avait froid, lui demanda sa couche. «C'est comme de la glace dans mes os! Viens près de moi!»

«Et Julien, écartant la toile, se coucha sur les feuilles mortes, près de lui, côte à côte. Le lépreux tourna la tête. «Déshabille-toi, pour que j'aie la chaleur de ton corps!» Julien ôta ses vêtements; puis, nu comme au jour de sa naissance, se replaça dans le lit; et il sentait contre sa cuisse la peau du lépreux, plus froide qu'un serpent et rude comme une lime. Il tâchait de l'encourager; et l'autre répondait, en haletant: «Ah! je vais mourir! Rapproche-toi, réchauffe-moi! Pas avec les mains! Non! Toute ta personne»

Julien s'étala dessus complètement, bouche contre bouche, poitrine sur poitrine. Alors le lépreux l'étreignit; et ses yeux tout à coup prirent une clarté d'étoiles; ses cheveux s'allongèrent comme les rais du soleil; le souffle de ses narines avait la douceur des roses; un nuage d'encens s'éleva du foyer, les flots chantaient.

Cependant une abondance de délices, une joie surhumaine descendait comme une inondation dans l'âme de Julien pâmé; et celui dont les bras le serraient toujours grandissait, grandissait, touchant de sa tête et de ses pieds les deux murs de la cabane. Le toit s'envola, le firmament se déployait; et Julien monta vers les espaces bleus, face à face avec Notre-Seigneur Jésus, qui l'emportait dans le ciel
»

Ainsi s’achève l'histoire de saint Julien l'Hospitalier. Si l’envie vous prend, au détour d’une visite en Haute-Ariège, poussez la porte de l’église d’Axiat.

Sur le vitrail de la nef inondé du bleu des cieux, saint Julien semble regarder tendrement face à lui. Ses yeux plongent dans ceux d’une statue de femme, blonde, l’air bienveillant, c’est Basilisse, son épouse, qui a voué sa vie à la charité.

Les époux, ont pris l’apparence d’icones de verre et de plâtre, de nouveau réunis, ils accueillent les fidèles au cœur de leur éternité.

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Mélanie Savès | 16/05/2014 - 18:56 | Lu: 5615 fois