Les trésors de la pharmacie de Saint-Lizier

«C’est par des expériences fines, raisonnées et suivies, que l’on force la nature à découvrir son secret» Buffon, Statique des végétaux, 1735.
Il fut un temps, celui du XVIIIème siècle, où nos pharmacopées étaient uniquement issues du monde vivant. Mais aujourd’hui, si l’on devait ingérer ces remèdes et sirops, utiliser onguents et baumes cela ferait pâlir bien des malades!
La lecture des recettes de la «Pharmacopée Universelle» de Nicolas Lémery éditée en 1764 et retrouvée dans la bibliothèque de la pharmacie de Saint-Lizier, laisse parfois perplexe.
Les médicaments, loin d’être allopathiques flirtent avec les ressources les plus secrètes de la nature. Ainsi, au milieu des huiles communes d’althéa, qui «excite l’urine», de lis «pour résoudre les douleurs et apaiser les coliques», celle de térébenthine «pour les maladies des reins et de la vessie», on trouve également l’huile de nénuphar «pour calmer les ardeurs de Venus», ou de pavot rouge «en cas de rhume, de pleurésie, provoquant le sommeil et la sueur»
L’une des plus étonnantes reste l’huile de chien ou de petits chiens qui était utilisée pour «lutter contre la paralysie et permettait aussi de fortifier les nerfs et de soulager les sciatiques»
Ces remèdes se conservaient dans des récipients de porcelaine, toujours adaptés à leur contenu. Les chevrettes pour les huiles et les sirops versés aisément grâce à leurs becs; les pots canon pour les conserves, les opiats et les extraits; les albarelles pour les baumes et les onguents. Quant aux bouteilles de verre, elles contenaient les élixirs et les eaux minérales connues pour leurs bienfaits telles les eaux de Barèges et de Cauterets. Mises en valeur par ces récipients, les recettes étaient conservées dans une pharmacie qui était alors l’antre du savoir et de l’espoir de guérison.
La pharmacie de Saint-Lizier est l’une des plus belles de France. Déjà au XVIème siècle, la cité épiscopale accueillait un hôpital, créé par l’évêque Hector D’Ossun. Il fut agrandi en 1670 par Monseigneur de Marmiesse, cependant, l’édifice ne suffisant pas aux besoins des malades, Monseigneur de Marnays de Vercel, agrémenta alors la ville basse d’un hospice en 1764, l’Hôtel-Dieu, et de sa pharmacie.
L’Hôtel-Dieu déploie un bel escalier de pierre ouvrant sur deux ailes devant un beau jardin abritant aujourd’hui palmiers et roseraie. Dans l’aile gauche, la pharmacie constitue la plus belle pièce. L’espace est chaleureux, carrelé de tomettes de briques et couvert aux ¾ des murs de boiseries style Louis XV.
Les placards vitrés des angles, les nombreuses étagères et les 50 tiroirs ornés de petits anneaux torsadés en cuivre, plongent le visiteur au cœur d’un autre temps. Cette époque correspond au siècle des Lumières, quand la science rejoignait la religion pour répondre aux interrogations des grandes énigmes de la vie, que Parmentier, pharmacien militaire, luttait contre la famine grâce à la culture de la pomme-de-terre, que James Watt et Alessandro Volta œuvraient pour une future révolution industrielle.
On imagine alors une Europe fourmillant de questions. En 1680, le précurseur Pierre Bayle, combattait déjà les superstitions dans son ouvrage «pensées sur la comète» Fontanelle, vulgarisa des recherches scientifiques et astronomiques, Voltaire exposa Newton, Buffon s’engagea dans les sciences naturelles en traduisant l’ouvrage de Stephen Hales «Histoire naturelle générale et particulière, avec la description du cabinet du Roy»
Sous Louis XVI, le Collège de pharmacie fut créé et les apothicaires prirent le nom de pharmaciens, obtenant l’exclusivité de la préparation des remèdes.
Ces préparations «magistrales» se faisaient dans le plus grand respect des connaissances de l’époque. Pilons et mortiers qui ornent la table de marbre de la pharmacie de Saint-Lizier, rappellent les précieux mélanges composés par les «aides apothicaires»
Une fontaine installée dans l’angle de la pièce permettait de laver les mains autant que les instruments souillés. Une trousse de chirurgien renferme des scalpels en acier et à manches d’ébène. Elle appartenait très certainement au médecin d’un bataillon de volontaires nationaux en garnison à Saint-Lizier à la fin du XVIIIème siècle.
Dans la pharmacie, le regard se pose sur les noms très spéciaux de ces recettes. L’une des 69 bouteilles en verre est étiquetée «Vinaigre des quatre voleurs» Cette recette permit à quatre détrousseurs de victimes de la lèpre, de poursuivre leurs rapines sans tomber malade. En échange de la composition de leur lotion, les voleurs obtinrent la vie sauve.
Simone Henry rappelle que la recette se trouvait dans l’ouvrage «La maison rustique», t. II, de 1772: «Prenez deux pintes du meilleur vinaigre dans lequel vous infusez des feuilles de sauge, d’absinthe, de romarin, de rue, de lavande, de thym, de grande menthe, de chacune une petite poignée; laissez infuser le tout pendant huit jours au soleil ou sur des cendres chaudes, passez-le et faites dissoudre dans la liqueur de once de camphre»
Tel un clin d’œil fait aux ancêtres soucieux des Hommes et de la nature, cette pharmacie nous rappelle qu’aujourd’hui, à l’heure de la «reine» chimie, il est bon de croire qu’allier les meilleures recettes modernes à celles composées savamment dans un respect de l’environnement humain, permettrait, de vivre mieux.
Plus d’informations:
Les visites guidées la pharmacie, de la cathédrale et du cloître sont assurées tout au long de l’année dont plusieurs fois par jour en juillet et août.
Contact: Office de tourisme de Saint-Lizier au 05.61.96.77.77, [email protected]
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