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Les petites histoires de Mélanie: Princes d'Andorre

L’Andorre et le comté de Foix sont liés par un contrat vieux de sept siècles toujours valable aujourd’hui: le «paréage» de 1278.

La situation géographique de ce territoire situé à cheval sur la chaîne Pyrénéenne l’a poussé à s’allier plutôt qu’à se défendre. Entre la fin du VIIIème et le début du XIème siècle, l’Andorre fait partie de la zone frontalière sous le contrôle des carolingiens nommée Marche d’Espagne.

De cette époque les andorrans gardent le souvenir de Charlemagne, qui selon la légende aurait fondé l’Andorre. Ce grand héritage apparait toujours dans l’hymne national: «… Princesa nasquí i Pubilla entre dues nacions neutral. Sols resto l'única filla de l'Imperi Carlemany...» (Je suis née Princesse héritière, neutre entre deux nations, je reste la seule fille de l'empereur Charlemagne).

Cet hymne nommé El Gran Carlemany, fut adopté en 1921. Les frontières de l’Andorre se fixèrent peu à peu durant le Xème siècle: à l’est la Cerdagne, au sud la rivière Runer, à l’ouest le comté de Pallars et au nord le Sabarthès, ce dernier correspondant aux terres des comtes de Foix.

Au XIIème siècle l’Andorre se trouvait sous la domination ecclésiastique de l’évêque d’Urgell. Evêques et comtes de Foix entamèrent au XIIIème siècle, une période de combats et d’hostilités pour acquérir la souveraineté sur ces terres. Cette période s’acheva avec la signature d’un premier «paréage» en 1278 entre Pere d’Urg et le comte de Foix Roger Bernard III.

Cette entente jetait les bases de la souveraineté partagée. Ainsi naquit la principauté d’Andorre. En 1288, un second «paréage» règlementait d’autres tâches, comme l’administration de la justice et le service militaire.

Au cœur de leurs pays, en 1419, les andorrans créèrent le «Conseil de la Terre», première ébauche de l’actuel Parlement. Les représentants de chaque paroisse avaient la tâche de résoudre les problèmes de la communauté.

Face à ses princes, l’Andorre s’acquittait de sa subordination en prêtant serment d’allégeance et en versant la questia. Cette questia était une somme remise tous les deux ans et selon la tradition, elle devait se faire en mains propres. Ainsi, les Andorans rejoignirent Jeanne d’Albret à La Rochelle en 1569 puis son fils, le futur Henri IV en 1587 à Montauban.

En contre partie, les andorrans obtenaient l’exemption des taxes douanières pour l’importation des marchandises destinées à la consommation du pays. Comme le rappelle Claudine Pailhès dans son ouvrage Du Carlit au Crabère, terres et hommes de frontière, «la notion de «nécessaire à la consommation» était bien difficile à contrôler»

Pour maintenir son autorité, le comte de Foix nommait un représentant, le viguier, qui était le référent en matière de justice, de police et de défense générale. Ces hommes étaient issus des plus grandes familles du comté de Foix, les Château-Verdun, ceux de Miglos ou encore au XVIème siècle, de la famille de Sers qui avait en charge le château de Foix.

La fonction des viguiers était prestigieuse: surveiller et maintenir les droits de la «France», repousser les empiètements espagnols et andorrans, se faire aimer, respecter, se montrer le protecteur de tous les andorrans. Nommés à vie, les viguiers furent cependant bousculés par l’effondrement de la co-principauté lors de la Révolution Française.

En 1793, les droits féodaux furent rejetés par la nouvelle administration du tout jeune département de l’Ariège. Alors que les représentants andorrans venaient payer la questia, les hommes de la République refusèrent de la recevoir, voyant dans cet hommage une allégeance ancestrale à abolir.

Abolir la subordination de l’Andorre à la France signifiait aussi abolir l’exemption du droit de douane... Il fallut attendre 1806 pour que Napoléon accepte de recevoir la requête des andorrans.

A l’heure actuelle, comme sorti des plus anciennes traditions, le statut de principauté est toujours associé à l’Andorre. La transmission s’opéra quand le comte de Foix Henri III de Navarre, devenu roi de France en 1589 sous le nom d’Henri IV octroya à la couronne française les droits de coseigneurie des comtes de Foix. Les présidents de la république Française recevaient de fait ce titre honorifique.

Depuis le 14 mars 1993, date de la signature de la Constitution, Andorre est un Etat indépendant. Désigné par le Conseil Général pour quatre ans, le chef du gouvernement (actuellement Antoni Marti Petit) préside le Conseil exécutif.

Joan-Enric Vives i Sicilia et François Hollande en sont les coprinces.

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Mélanie Savès | 20/06/2014 - 19:17 | Lu: 9970 fois