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Secours Populaire: la pauvreté en Ariège s'étend et s'enracine

4 et 27cts , c’est ce qui reste chaque jour pour vivre, après avoir payé loyer et autres charges, à des centaines d’Ariégeois aidés par le Secours Populaire, qui juge dans une étude nationale rendue publique il y a quelques jours que «la pauvreté s’étend et s’enracine»

À Foix comme à Lavelanet, Pamiers ou Saint-Girons, les bénévoles mesurent l’ampleur de la crise au nombre croissant de personnes sollicitant l’aide alimentaire. Elle touche désormais les travailleurs précaires, les retraites ou les jeunes... autant de populations que le Secours Populaire n’avait pas vraiment l’habitude de recevoir dans ses «libres services de la solidarité».

Durant deux demi-journées par semaines (le lundi après-midi et le vendredi matin) ces bénévoles de l’association distribuent les produits en provenance de l’Union européenne «trois palettes d’huile, une de farine, une de riz pour tenir toute la saison ce ne sera pas suffisant», note Nadine Thomas, une salariée de l’association.

Des aides obtenues de longue lutte puisque l’Europe avait menacé un temps de baisser de 40 % le fameux PEAD (programme européen d’aide aux plus démunis), en définitive il sera amputé de 200 millions sur la période 2014-2020 soit la moitié moins de dons au Secours Populaire, aux Restos du Cœur, à la Banque Alimentaire ou à la Croix Rouge, les quatre associations françaises agréées pour recevoir cette aide alimentaire.

Afin de nous faire toucher cette réalité du doigt (et bien d’autres) les responsables départementaux du Secours Populaire ont reçu la presse ce lundi matin dans ce libre service de la solidarité ou une poignée de bénévoles s’activent à mettre en rayon les denrées alimentaires et les invendus récoltes auprès des grandes enseignes de la région.

«Le principe de cette structure est fondée sur le libre choix des denrées mises à disposition, mais les bénéficiaires participent symboliquement en retour. Ce sont des minima sociaux, des personnes âgées, des demandeurs d’asile sans ressource, des travailleurs précaires... une soixantaine de familles sont accueillies chaque semaine (168 familles sont inscrites)» poursuit Nadine Thomas qui nous livre les chiffres dans le détail pour Foix : 887 demandeurs d’emploi, 123 salariés précaires et 159 retraités soit sur le département de l’Ariège 3 555 bénéficiaires inscrits.

«Certes quelques-uns s’en sortent s’ils peuvent trouver du travail, mais dans un département rural comme l’Ariège, sans transports en commun, il est souvent plus onéreux d’aller travailler que de rester à la maison et ceux qui trouvent doivent avoir un niveau suffisant de formation… ce qui est loin d’être le cas pour tous»

Robert Mourlane, le secrétaire départemental nous invite à visiter la réserve. Elle est presque vide alors que la saison hivernale n’a pas encore débuté «les quantités sont modestes d’où le nécessaire partenariat avec les grandes surfaces. Le week-end dernier nous avons organisé une collecte sur Pamiers nous étions plus d’une trentaine de bénévoles, cela permet de renouveler les stocks et de les diversifier» nous renouvelons cette opération. Avec une collecte de vêtements les 12 et 13 novembre, et pour faire participer les jeunes à cet élan de solidarité le Secours Populaire compte bien associer les jeunes du FAJIP dans ses prochaines opérations caddie.
La fin du mois arrive de plus en plus tôt il faut compter le moindre centimeVendredi dernier le secours populaire organisait son opération «colis d’urgence», car en fin de mois «les bénéficiaires n’arrivent même plus à participer à la chaîne de solidarité et à dégager 2 € pour accéder aux produits de première nécessité. À cela il faut ajouter le surendettement et la précarité énergétique alors quand on entend que le gaz va augmenter de 4 % au mois d’octobre, on marche sur la tête» s’exclame Robert Mourlane qui reprend les informations collectées au niveau national par sa structure: «depuis 2007 on assiste à une dégradation permanente de la population amenée à recourir à l’aide du Secours Populaire.

On sent la détresse chez les retraités qui n’arrivent plus à boucler leur fin de mois et chez les jeunes qui n’ont plus de projets de vie, plus de repères et ne veulent pas s’insérer dans la société. En fonction des bassins de vie, on doit s’adapter aux populations locales, mais la porte d’entrée c’est toujours l’alimentaire. Ensuite on nous demande de l’argent pour payer les factures, mais ce n’est pas une solution satisfaisante.

Notre rôle dans les permanences d’accueil c’est de travailler avec eux pour mieux appréhender leurs attentes... mais en réalité il y a toujours plus de détresse
»
         
Le secrétaire départemental ne cache pas son inquiétude pour l’avenir, car en même temps qu’il voit la santé de ces bénéficiaires se dégrader, les aides de l’État fondent comme neige au soleil: «on nous supprime des postes d’infirmiers et on nous demande de faire appel à des bénévoles pour le suivi médical... c’est de la folie. Tous nos bénéficiaires passent leur temps dans les associations humanitaires pour se nourrir, se vêtir, mais selon le baromètre IPSOS la crise continue et comment va-ton passer l’hiver ?»

Cette semaine il y aura une première réunion en Préfecture avec la DDCSPPA et les associations pour mettre en place le dispositif hivernal d’hébergement d’urgence (plus connu sous le nom de Plan Grand froid) ! Opérationnel à partir du 1er novembre. Si en 2013 le département de l’Ariège (le plus précaire de la région Midi Pyrennes) a vu l’arrivée de moyens supplémentaires, les associations sont beaucoup moins optimistes pour l’hiver qui se profile à l’horizon

«Il y a de fortes chances pour que les engagements de l’État ne soient pas pérennisés, nous aurons une vingtaine de demandeurs d’asile dehors, il paraît que la mairie de Pamiers a vendu les locaux de l’ancienne école des Canonges qui permettait d’accueillir les sans-abris... nous ne sommes pas prêts de voir disparaître les caravanes sur le parking du Secours Populaire !» poursuit Robert Mourlane.     

Des projets à développer dans les deux ans à venir
Loin de tomber dans le fatalisme ou la sinistrose, bénévoles et salariés de la structure se serrent les coudes et imaginent des actions pour couvrir les «zones blanches» ces zones rurales loin de tout ou les gens se replient sur leur misère sans bruit.

«Ce sont les zones ou le secours populaire est absent et ou nous souhaitons ouvrir des antennes mobiles pour essayer de couvrir ces zones blanches. Mais pour cela il faut monter des équipes mobiles, nous lançons un appel à bénévoles, pour tenir des permanences d’accueil à Massat, Ax les Thermes, dans la vallée entre Foix et Lavelanet… c’est du lien social que nous voulons créer à travers ce projet» poursuit Robert Mourlane qui entend travailler en relation avec les communes «elles connaissent les situations et serviront de relais.

Nous comptons mettre en place deux équipes des 2016. Pour être pertinent il faut être complémentaire... malheureusement rien ne remplacera le travail, mais ce n’est malheureusement pas à l’ordre du jour
»

Appel à bénévoles,
Toute personne intéressée peut s’adresser au 05 34 09 37 27

Laurence Cabrol | 29/09/2014 - 18:26 | Lu: 28317 fois