Zones vulnérables: «une incohérence difficilement applicable» pour des agriculteurs ariégeois qui appellent à la désobéissance civique
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L’été dernier l’annonce de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, relative à l’élargissement des zones classées vulnérables a fait grand bruit.
Le durcissement de la politique anti-nitrate pourtant destinée à lutter contre la pollution des eaux souterraines et des eaux superficielles par les nitrates d’origine agricole et à restaurer la qualité de l’eau est pourtant loin de faire l’unanimité.
Dans cette 5e directive nitrate le gouvernement impose un critère de 18 milligrammes de nitrate par litre d’eau et demande aux éleveurs des contraintes supplémentaires dont ils se seraient bien passés.
De nouvelles contraintes inapplicables
Cette mesure concerne au plan national 70 % de la surface agricole utile (SAU). Au-delà de la lutte conte la pollution de l’eau, cette décision se veut surtout un geste de la France considérée par l’Europe comme mauvais élève en matière de nitrates (on se souvient des algues vertes en Bretagne). L’enjeu étant surtout d’éviter une forte amende financière.
Parmi les nouvelles obligations qu’entraînerait l’application du 5e programme de la directive nitrate, l’interdiction d’épandre du fumier sur les pentes de plus de 15 %, l’élaboration d’un plan prévisionnel de fumure dans lequel il prévoira quel type d’engrais azoté il apportera à sa culture ou encore la mise en place obligatoire de couverts végétaux à l’automne.
Or dans le département de l’Ariège ce nouveau zonage impacte de nombreuses exploitations agricoles, qu’elles soient spécialisées en bovin viande ou en céréales. Tous se posent la question: qu’allons-nous faire de notre fumier? Comment allons-nous fertiliser nos parcelles en pente?
Et ces agriculteurs pourront-ils faire face à de tels investissements, sachant que le revenu des éleveurs n’a pas augmenté depuis une vingtaine d’années. Pour marquer leur mécontentement, ils ont organisé il y a une dizaine de jours la mémorable nuit du fumier. Actuellement ils ne sont pas prêts à désarmer.
De son côté Stéphane Le Foll a cherché l’apaisement sur ce sujet de friction majeur, en promettant de «se battre» auprès de la Commission européenne pour obtenir un aménagement du règlement sur les nitrates dans l’eau. «Une nouvelle commission va arriver: on va renégocier» a promis le ministre qui entend revoir notamment les conditions de stockage des effluents d’élevage, coûteuses et contestées. Par ailleurs, une consultation a été lancée par les préfets de bassin pour «faire remonter des propositions» en vue de «finaliser un zonage d’ici la fin de l’année», a-t-il précisé.
Ce classement est injustifié, on est dans un système technocratique qui n’a rien à voir avec la réalité du terrainDominique Déom est à la tête de 160 hectares en Bio avec une centaine de bovins. Sa commune, Roquefort Les Cascades vient de rentrer dans la nouvelle liste des 63 zones vulnérables dans le département de l’Ariège, s’ajoutant ainsi aux 37 de la précédente mouture. Il recevra dans quelques jours sur son exploitation le préfet de région qui pourra se rendre compte «des difficultés d’application de cette directive»
«Il y a déjà eu plusieurs directives de l’Europe, on en est aujourd’hui à la cinquième... la plupart des zones classées dans cette nouvelle liste ne sont pas justifiées. Si l’on prend Roquefort les Cascades (sachant que la commune d’Ilhat dans le bassin versant ne figure pas dans cette liste et n’est pas concernée), la qualité des eaux est plutôt bonne: les analyses de l’ARS font état de 1,3 à 1,5 mg alors que le seuil européen est de 18 mg... cherchez l’erreur !»
Pour l’agriculteur si d’aventure sa commune se trouvait dans une situation de polluer les eaux, il serait le premier à appliquer toutes ces mesures: «c’est le bon sens qui doit primer. Il s’agit de suivre la réglementation à partir du moment où elle se justifie, or à présent elle ne se justifie pas.
Les autres directives européennes étaient plutôt axées sur les engrais minéraux, celle-ci pointe l’utilisation des engrais organiques comme le fumier... c’est une spirale infernale!
C’est un contre sens avec notre métier d’agriculteur qui nous impose de fertiliser au mieux nos terres... ici je suis en Bio, on va m’interdire d’épandre mon fumier dans des pentes de plus de 15 %. C’est une aberration scientifique et agricole pour près de 70 % des exploitations en France.
Nous sommes dans une vallée encaissée où les pentes sont plus ou moins à 14-16 %... il va falloir me donner une règle de calcul !»
Selon l’éleveur ariégeois, il s’agit là d’une «mesure technocratique qui n’a rien à voir avec la réalité de terrain.
Pour qu’une mesure soit appliquée, il faut qu’elle soit applicable et comprise pour qu’elle soit acceptée par tous... on pourrait faire une seconde nuit du fumier, mais au final on en appelle plutôt de la désobéissance civique».
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