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La CCI 09, comme ses 142 consoeurs, «vent debout» contre le gouvernement

© midinews 2014

«Une fois n'est pas coutume, Paul-Louis Maurat et Augustin Bonrepaux, même combat» s'en amuserait presque le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de l'Ariège, Paul-Louis Maurat.

Face à la presse, le chef de l'institution revient sur la motion de défense des entreprises par les CCI - Inscrite dans la défiance vis-à-vis du Gouvernement - votée à une très large majorité par les Présidents, lors de la dernière assemblée générale de CCI France.

Les motifs de défiance justement sont nombreux et en premier lieu le président de la Chambre fustige les propos récemment tenus par le Ministre de l'économie Arnaud Montebourg «les CCI sont inutiles il faut les supprimer» En jeu les quelques 50 milliards d'économie que veut réaliser l'Etat français, qui lorgne désormais sur les CCI de France.

«Le dernier rapport de l'IGF auprès des CCI tire des conclusions qui sont à l'opposé de la volonté du gouvernement de relancer notre économie. Les CCI de France sont dans le collimateur du gouvernement. Il nous reproche de bien gérer nos chambres»

Et le gouvernement souhaite «faire en quelque sorte un hold-up sur les fonds de réserve propres aux chambres» Pour la CCI qui a subi depuis 2010 dans le cadre de la RGPP une baisse de son budget de 20%, alors que le gouvernement envisage une baisse supplémentaire de 32% de ses ressources sur 2013 c'est un nouveau coup de tonnerre.

D'autant que la ponction sur les fonds de réserves entrainerait «une perte totale de près d'un tiers du budget de la chambre qui passerait de 3 à 2 millions d'euros, indique le président qui s'interroge, comment fait-on fonctionner une entreprise, une CCI, lorsqu'on enlève plus d'un tiers de ses moyens?»

Et le président d'évoquer les 35 salariés in situ sans compter les aérodromes, les encadrant de formation directement menacés par de telles mesures. Dans de telles conditions il évoque déjà comme conséquence «une quinzaine de suppression de postes à l'opposé des objectif de l'Etat en matière d'emploi»
Oui pour un élan de solidarité mais non pour un effacement total de nos CCI«Nous sommes conscients que nous devons participer à l'effort national, considère Paul-Louis Maurat. Notre direction nationale a proposé de faire un effort sur les fonds de réserve. Nous serions prêts à donner 500 millions d'euros immédiatement,» indique le président de la chambre qui rappelle au passage que le fonds de réserve qui s'élève en Ariège à environ 1.5 m€ environ a notamment été utilisé pour la création de K Ariège.

Devant les menaces qui planent aussi sur les structures en déséquilibre à abandonner selon ce même rapport de l'IGF (en ligne de mire les aérodromes de Pamiers et d'Antichan, les abattoirs) ou encore le centre de formation (qui accueille 1200 jeunes par an) le président s'emporte sur ce qu'il considère comme «un démantèlement de l'économie et de nos territoires, la disparition programmée du réseau des chambres consulaires, sans moyens ni humains ni financiers au profit d'une centralisation poussée à l'extrême et préjudiciable aux terroirs ruraux»
Nous irons jusqu'au bout de notre colère, dans des mesures acceptablesRevenant sur cette motion de défiance il tranche: «On ne peut pas dire que c'est la guerre. Mais on ne peut pas prétendre relancer la compétitivité et soutenir l'économie et supprimer des services publics d'appui aux entreprises comme les nôtres qui ont prouvé leur efficacité et dont les retours que nous avons indiquent un taux de satisfaction de 90%.

Aujourd'hui il y a une levée de bouclier. Nous sommes disposés à faire l'effort de solidarité mais nous ne sommes pas disposés à disparaitre. Les CCI comme celle de l'Ariège ont leur utilité. Ce n'est pas la bonne solution
, estime le président de la chambre. On ne peut pas éliminer dans nos territoires tout ce qui concourt à la dynamique entrepreneuriale» Et puis s'interroge-t-il encore, «comment l'Etat se servira de cet argent?»

«Moi, j'attends une position raisonnable du gouvernement. S'il y a des efforts à faire nous les ferons, mais de la à être effacé de la carte, il y a une marge. Il est impératif de garder les CCI territoriales, ce serait l'abandon de nos territoires», s'insurge-il revendiquant au contraire «qu'aujourd'hui il faut soutenir et sauver les petites entreprises dont nous sommes l'intermédiaire»

Devant ce Pacte de confiance fondé sur des critères d'objectif et de performance signé avec le gouvernement foulé du pied peu d'autres solutions paraissent possible: «On est obligé d'en venir à l'épreuve de force. Mais nous n'avons qu'un petit pouvoir face au gouvernement. Mais nous chefs d'entreprises n'avons pas l'habitude de baisser les bras lorsqu'il y a des secousses»

D'ores et déjà un courrier explicitant la motion de défiance est adressée aux quelques 5.000 ressortissants de la chambre. Députés et sénateurs ont été sollicités. Comme indiqué dans la motion de défiance, jusqu’à ce que le Gouvernement ait rétabli la confiance indispensable à la poursuite de la collaboration avec les CCI au service de l’économie de la France, la CCI 09 menace de suspendre tous les travaux en cours avec le Gouvernement, tant au niveau national que régional et territorial.

Même si le président se dit plus modéré «nous nous bornerons, en tant qu'établissement public, à assurer nos missions régaliennes au service des entreprises»

Reste à savoir quelle réponse raisonnable le gouvernement, le ministre de l'économie en particulier, entend apporter face à l'inquiétude courroucée des CCI.

Sylvain Sastre | 05/06/2014 - 19:31 | Lu: 17664 fois