«On veut casser le Couserans» commentera un élu de l’agglomération de Saint-Girons.
Une sentence lapidaire qui résume le sentiment largement partagé de nombres d’élus sur la réforme des Collectivités territoriales et la refonte de la carte des intercommunalités qui l’accompagne.
Quelle est donc cette «tâche bleue» ainsi appelée par Robert Zonch, conseiller général et par ailleurs président de la Communauté de Communes de Castillon-en-Couserans, lors de la dernière séance du Groupement des OT, qui crée en Couserans des secousses sismiques aussi violentes, de l’ordre de celles qui terrassent une centrale nucléaire?
Un vrai tremblement de terre en effet qui réduit le «Pays aux dix huit vallées» en une seule: la Vallée du Salat.
Et l’on se retrouve sur les hauteurs des Highlands (voir notre article du 24/01/11).
Il est certain que même les meilleures cartes atténuent la topographie des lieux et qu’à moins de connaître le terrain, les réalités géographiques sautent moins aux yeux, calé au fond des sièges des états-majors.
Prenons donc une loupe. Le projet présenté par les émissaires de l’état prévoit le regroupement des communautés de communes de Val-Couserans, Ste Croix Volvestre, du Bas-Couserans et de Massat avec celle de Saint-Girons.
Bénéficiant d’un statut de petites communautés de communes rurales isolées, celles de Castillon-en-Couserans et de La-Bastide de Sérou resteraient «administrativement autonomes»
C’est ce que spécifie le projet de réforme présenté récemment aux élus du Couserans en sous-préfecture de Saint-Girons (après l’annonce officielle du calendrier de la réforme à Foix par le préfet Jacques Billant) et qui a fait l’unanimité… contre lui.
La fameuse «tâche bleue» fait des vagues, une tâche qui bave sur la carte et rend plus ardue celle qui attend maintenant les élus du Couserans.
Alors que lors de vœux en début d’année, les élus des trois communautés de Communes de Saint-Girons, Val Couserans et du Bas Salat, annonçaient fièrement le lancement laborieux d’une étude sur les conséquences de leur rapprochement (étude qui n’a toujours pas été lancée officiellement… et pour cause), dont Marie-Thérèse Delaunay, précédente sous-préfète, avait fait son cheval de bataille avant de partir sous d’autres horizons, voilà maintenant que d’autres acteurs sont invités de fait à la réflexion.
«Ceci n’est qu’un document de travail, souligne Jean-François Couret, sous-préfet de l’arrondissement de Saint-Girons. Il fallait bien partir de quelque chose pour provoquer le débat» La «patate chaude» est lancée.
Désormais, la sous-préfecture s’interdit toute communication mais se tient à la disposition des élus pour approfondir le débat lors des conseils municipaux.
«Une réforme des collectivités territoriales bien virtuelle et qui n’est pas favorable aux zones rurales et de montagne», dira le député Henri Nayrou lors de son discours d’inauguration de la 40ème foire exposition de l’Ariège et du Couserans.
Une partie de poker menteur s’engage. Désormais les cartes, justement, sont entre les mains des élus locaux.
Débats nourris lors du conseil municipal de Saint-Lizier, vote contre à celui de Lorp-Sentaraille et réactions sans ambiguïté en Volvestre.
«On ne peut que rejeter avec force cette proposition» écrivent en chœur Pierre Fauroux, adjoint à Montardit, Conseiller général honoraire, et Alain Bari, maire de Lasserre, Conseiller général du Volvestre, dans un récent communiqué largement repris, dans lequel ils dénoncent la disparition administrative du Volvestre au profit d’une «hyper structure» et invitent les habitants et tous les élus du canton (conseillers municipaux et délégués communautaires) à rejeter la proposition de l’Etat.
Sans pour autant se couper du Couserans, puisque rappellent les deux hommes, la Communauté de Communes du Volvestre collabore sans cesse avec les instances qui le constituent «en fonction des dossiers présentés et dans un esprit de solidarité, avec les autres Communautés de Communes du Couserans comme nous le faisons déjà depuis longtemps au sein du Pays ou du PNR»
Solidarité, le mot est lâché. Jusqu’où cette solidarité doit elle aller?
Dans un contexte de crise, marqué par une course effrénée aux financements et autres restrictions budgétaires tandis que l’état se désengage sans cesse davantage et que l’Europe a bien des chats à fouetter.
«Il faut aller vers davantage de solidarité» affirme le Maire de Saint-Girons, capitale du Couserans, qui comme on le sait est également président de la Communauté de Communes de l’agglomération de Saint-Girons et du Syndicat Mixte du Pays Couserans.
Derrière ce joli mot «solidarité» se cachent d’autres notions moins harmonieuses, et pas seulement à l’oreille, impôts, taxes, coefficient d’intégration fiscale, DDR qui méritent certainement un temps de débats et négociations.
Dans ce contexte de raréfaction des crédits, «la mutualisation des moyens» comme l’appelle pudiquement François Murillo, ou bien encore la «rationalisation» selon les termes des services de l’état, est rendue plus que nécessaire, c’est une évidence.
Une situation qui, quelle que soit la tournure des évènements (une, deux, trois, ou plus (?) de communautés de communes), doit «renforcer le rôle du pays, espace de projet fédérateur», selon François Murillo lorsqu’une ou plusieurs grosses communautés de communes encerclées de communautés plus rurales se feront face et sur lequel le projet présenté par l’état reste discret.
Oui, un poker menteur s’installe dans lequel chacun cache son jeu pour tenter de défendre au mieux, devant tant d’incertitudes, son intérêt -diviser pour mieux régner?- qui provoque le désarroi dans les petites communes rurales et s’accompagne de vœux pieux.
«Le calendrier mené au pas de charge, n'est pas compatible avec une vraie concertation», dira Alain Touzet maire de Prat-Bonrepaux interrogé sur le sujet qui avoue la «désagréable impression qu'il ne s'agit pas d'un vrai débat entre élus, puisque in fine la décision reviendra au Préfet, c'est à dire à l'Etat.
Que pèseront les représentants des petites communes rurales? Quelle place pour ces dernières dans ce «conglomérat désuni» s'il n'y existe pas une envie de travailler ensemble, des projets communs, un vrai désir de construire ensemble»
Un sentiment qui résume les interrogations actuelles de bon nombre d’élus: «on prend la question à l'envers dans ce projet venu d’en haut.
On doit définir les projets pour décider de la structure la mieux adaptée et non l'inverse.
Tout ne doit pas être vu en termes de nombre d'habitants composant une intercommunalité par rapport à une moyenne nationale qui n'a aucun sens et en application d'un slogan gouvernemental.
L'administration d'Etat doit se comporter en partenaire attentif et impartial qui se soucie de l'intérêt commun et pas seulement atteindre des objectifs fixés en termes de réduction du nombre d'intercommunalités»
Et, publiée au journal officiel du 17 décembre 2010, la loi 2010-1563 portant sur la réforme des collectivités territoriales engageant une rénovation en profondeur de l'intercommunalité, s’inscrit de l’aveu même des textes officiels émanant de la préfecture dans un calendrier serré.
Les communes, communautés de communes et syndicats ont jusqu’à la fin juillet pour faire part de leurs remarques sur le projet proposé.
Ensuite en octobre, la CDCI, sera consultée et d’ici à la fin décembre le projet de Schéma Départemental des Cartes Intercommunales sera approuvé par le préfet et entériné ensuite à Paris.
Au 1er juin 2013, ce schéma sera mis en œuvre et en cas d'absence d'accord, le Préfet verra ses pouvoirs renforcés.
Reste maintenant deux échappatoires que la CDCI, commission départementale de coopération intercommunale composées d’élus ariégeois représentant les communes, EPCI et autres syndicats, dans laquelle siègent notamment François Murillo, Raymond Coumes ou bien encore Chrisitine Téqui, émette un avis constructif et positif pour cette refonte dont tiendra compte le préfet.
Toute la question maintenant est de savoir quel préfet.
Jacques Billant, dont l’attachement manifesté à l’Ariège et au Couserans, de discours en élocutions publiques semble sincère, ou son successeur, la fin de l’été étant traditionnellement le moment des chaises musicales, au terme de deux ans de mandature, dont il faut espérer qu’il aura cette connaissance fine des particularités ariégeoises et couserannaises.
A moins, il reste une troisième échappatoire finalement, de faire le dos rond jusqu’aux élections de 2012, en espérant mieux.
La partie de poker n’est pas finie, les élus du Couserans conservent quelques atouts maîtres dans leur jeu de cartes, «la parlante» ici n’est pas interdite, bien au contraire. C’est peut-être la tâche la plus ardue.
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