Originaire de la forêt sibérienne, ce gros gallinacé s’est installé en Ariège, dans les forêts de conifères en montagne (1 400 et 1 900 m) où il se nourrit de bourgeons, de baies, d’insectes à la belle saison et d’aiguilles de pins en hiver.
Souvent dans la ligne de mire de combats politiques, cet animal discret a trouvé dans les forêts ariégeoises des zones favorables pour nicher et se reproduire.
Si bien que le préfet de l’Ariège a autorisé l’an passé des prélèvements raisonnés de cette espèce: sur les 28 oiseaux autorisés par arrêté préfectoral du 21 sept 2010, 18 ont effectivement été prélevés.
Il faut savoir que la France est le dernier pays d’Europe occidentale à chasser le coq de Bruyère.
Mais cet animal emblématique des Pyrénées fait l’objet depuis de longs mois de spéculations, de pressions et de tensions.
D’un côté les chasseurs qui se font l’écho de la bonne santé de cette espèce, fruit d’une gestion raisonnée: «le grand tétras se porte bien et même de mieux en mieux dans les Pyrénées et en particulier en Ariège» avouait ce matin le directeur de la Fédération des chasseurs de l’Ariège, Jean Guichou, joint au téléphone.
Le technicien y voit «la preuve d’une gestion efficace conduite par le monde de la chasse
.
Les comptages au chant du printemps dernier ont livré des résultats prometteurs, les comptages aux chiens courants qui commencent à peine devraient certainement confirmer la tendance»
Pour lui l’augmentation de la population de ces galliformes est également due à l’habitat: «l’espace est favorable à l’augmentation de la population /.../ mais nous restons prudents en matière de chasse, des plans de prélèvements sont définit par unités géographiques /.../ pour cela on ne cesse d’aller sur le terrain en montagne pour se rendre compte de l’état effectif des populations /.../ il faudrait que les décideurs fassent de même au lieu de n’écouter que les marchands de boniments.
Nous apporterons début septembre à qui de droit tous les résultats et observations de nos observations»
Jean Guichou voit dans cette nouvelle agitation médiatique autour du grand tétras, une volonté des écologistes d’en interdire purement et simplement la chasse.
Un crime lèse majesté «inacceptable»!
De l’autre, Thierry de Noblens du Comité Ecologique Ariègeois, dénonce la stratégie nationale «Grand tétras» élaborée en 2009 par le ministère de l’Ecologie pour sauver l’espèce mais qui dans sa récente version soumise à consultation publique, présente un volet chasse qui «menacerait la survie de l'espèce», et n’aurait «jamais été discuté au sein du comité de suivi de la Stratégie»
Ce dernier aurait été fixé par les chasseurs eux-mêmes.
Quant au volet sylvicole, la définition de «l'habitat favorable au tétras» serait «erronée et contestée par tous les spécialistes»
Pour les associations participant au Groupe Tétras France (WWF France, France Nature Environnement (FNE), la Ligue de protection des oiseaux (LPO), l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), le Comité écologique Ariégeois, Nature Midi Pyrénées, etc ) cet arbitrage du gouvernement «laisse poindre un doute, plus largement, sur les orientations de la stratégie nationale pour la biodiversité»
Si bien que le Comité écologique Ariégeois et plusieurs associations signataires viennent de déposer une plainte auprès de la commission Européenne afin de «préserver, tant qu’il en est encore temps, notre patrimoine naturel»
Car selon le porte parole du Comité Ecologique Ariègeois, à y regarder de près, la santé du grand tétras n’est pas aussi bonne que cela.
D’après des chiffres récents de Gallipyr, un programme européen auquel participe, entre autre, les fédération des chasseurs des Pyrénées (source: http://www.gallipyr.eu/galliformes -pyreneens/le-grand-tetras) les effectifs sont de l’ordre de 3200 adultes des deux sexes pour les Pyrénées françaises.
«Concernant les prélèvements dans les départements pyrénéens, poursuit Thierry de Noblens, on assiste à deux types de comportements, allant du meilleur (dans les Pyrénées Orientales) au pire (dans les Hautes Pyrénées)»
Selon lui le plan de chasse légal permet de distribuer autant d’étiquettes de marquage que d’oiseaux.
Ce qui n’est pas le cas pour l’Ariège ni les Hautes Pyrénées où malgré l’instauration de prélèvements maximums autorisés et de quotas sur les unités de gestion, «on distribue à chaque saison de chasse des centaines d’étiquettes de marquage aux chasseurs de coqs qui sont autant de permis de tuer théoriques.
Vous comprenez bien que les possibilités de braconnage sont décuplées /.../ On voit donc que même la plus mauvaise proposition envisagée dans la stratégie (à savoir le plan de chasse légal) aurait au minimum sérieusement amélioré cet état de fait.
Avec la version proposée au ministère, on continue comme avant, chaque département gère la chasse à son idée et distribue des centaines d’étiquettes de marquage.
Mais cela doit répondre à une stratégie qui nous échappe peut être: à savoir conserver le caractère démocratique de cette chasse !»
- Le Pays des Pyrénées cathares entre en résistance contre l'éolien industriel
- L'Ariège en route vers les législatives
- Eclairage public: qu'est-ce qu'on éclaire et quand?
- Mouvement de «ras le bol» chez les policiers ariégeois
- La réintroduction de l'ours ou la face cachée d'un conflit
- Aigues-Juntes: le village d'irréductibles gauchistes a voté
- Ariège: où sont parties les voix du Front National?
- Second Tour en Ariège: les résultats à la loupe
- 2ème tour: un raz de marée rose pour l'Ariège socialiste
- Les défenseurs de l'éolien donnent du souffle au projet du Pays des Pyrénées Cathares

fermer les commentaires
ajouter un commentaire
Les commentaires sont libres d'accès.




