Des pendus, des pancartes et un cercueil... ce vendredi, le comité d’accueil réservé à Pascal Viné, directeur général de l’Office National des forêts (en visite en Ariège), n’a pas lésiné sur les moyens pour dire son exaspération face à la réforme en cours.
Sur une piste forestière en montagne, à quelques mètres du ruisseau, «drôle d’endroit pour une manif !» admet Christian Cumoura (délégué syndicat de Sud Solidaires) «nous sommes au cœur de l’Ariège, sur le canton de Massat, en forêt domaniale de Balmiou»
Bottes, pantalons et polaires vertes avec l’inimitable sigle du service public de l’ONF, le directeur national et les agents de terrain portent la même tenue. Difficile de les différencier.
Pourtant, les avis divergent radicalement quant à l’avenir de ce service public emblématique, gestionnaire des forêts publiques en France.
Et les échanges ne laisseront pas la place à la langue de bois.
Le motif de la colère des agents? «un nouveau contrat de plan 2012-2016 qui prévoit de nombreuses suppressions de postes» explique le syndicaliste Christian Cumoura.
Pour la direction territoriale du Sud-Ouest, 47 postes devraient disparaître (soit une dizaine pour l’Ariège).
De quoi recevoir le directeur national avec une colère palpable mais contenue, et une liste de griefs bien affutés: de moins en moins de moyens humains pour faire le travail, des missions de plus en plus commerciales en contradiction avec la protection de la forêt, et surtout: une crainte sous-jacente de voir un jour l’ONF privatisé.
«Je ne peux pas vous laisser dire que l’ONF va être privatisé !» assure pourtant Pascal Viné, «il y a eu un vote à l’Assemblée et au Sénat qui a réaffirmé l’ONF comme établissement public unique pour gérer les forêts. J’ai confiance dans les parlementaires de mon pays»
«Pourquoi voulez-vous détruire la qualité du travail ?!» demande alors un agent, excédé devant les consignes qu’il reçoit quotidiennement.
Réponse du directeur général: pas question de toucher à la qualité, même si «on est obligé d’avoir des priorités. On a moins d’effectifs. Il y a des choses que l’on fera peut-être un peu moins, ou que l’on fera plus tard»
«En 2002, la direction a imposé une réforme sans tenir compte ni des personnels, ni de la voix syndicale» réattaque Christian Cumoura, «mais au final les résultats ne sont pas là!
La direction n’est pas à la hauteur de ses engagements. Et c’est pour ça qu’il y a un malaise à l’ONF»
Dominique Dall’Armi (délégué syndical Sud régional) renchérit, «les effectifs vont être inférieurs à ceux de la création de l’ONF dans les années 50 !»
Mais le directeur tient sa position: «je défends l’ONF. J’essaie d’arbitrer les effectifs par région et de stabiliser le maillage territorial. Le métier de garde forestier a évolué. Il est plus généraliste»
«Ce que vous dites n’a pas de sens. Vous parlez d’une polyvalence à minima, déjà amputée de la moitié de son contenu !» rétorque un délégué syndical.
Le débat au beau milieu de la forêt ariégeoise pourrait durer des heures. Une solution de fortune, dans un moment où la dialogue social est quasiment rompu avec la direction.
«Depuis 2007, dans les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées, nous avons démissionné des instances dites de concertation qui n’étaient que des chambres d’enregistrement de façades !» regrette Dominique Dall’Armi.
D’où cette discussion improvisée sur une piste forestière, «c’est tout ce que nous avons trouvé pour percer ce mur de procédures que nous oppose la direction !»
Avec une seule idée en tête: «pouvoir vraiment discuter des sujets de fond et de l’avenir de la gestion des forêts»
- Le Pays des Pyrénées cathares entre en résistance contre l'éolien industriel
- L'Ariège en route vers les législatives
- Eclairage public: qu'est-ce qu'on éclaire et quand?
- Mouvement de «ras le bol» chez les policiers ariégeois
- La réintroduction de l'ours ou la face cachée d'un conflit
- Aigues-Juntes: le village d'irréductibles gauchistes a voté
- Ariège: où sont parties les voix du Front National?
- Second Tour en Ariège: les résultats à la loupe
- 2ème tour: un raz de marée rose pour l'Ariège socialiste
- Les défenseurs de l'éolien donnent du souffle au projet du Pays des Pyrénées Cathares

fermer les commentaires
ajouter un commentaire
Les commentaires sont libres d'accès.




