Ariège: les enjeux internationaux de la mine de Salau en Couserans

Vue du village de Salau en Ariège
© midinews (archives)

La pétition des opposants à la réouverture aurait reçu 3600 signatures.

C’est en tout cas ce qu’avance Henri Richl, maire de cette commune de 80 habitants qui depuis quelques semaines est sous les feux de l’actualité à cause ou grâce selon que l’on se place dans un camp ou un autre, au projet de réouverture de la mine de tungstène.

Ce gisement crée en 1971 et qui disparut brutalement en 1986 du fait de l’effondrement des cours du minerai fit la richesse puis tout aussi rapidement la tragédie de cette vallée, encore meurtrie par son souvenir.

C’est le maire du village, un ancien de la mine qui a découvert le «pot aux roses» : la société Variscan Mines a demandé un permis exclusif de recherche pour effectuer des prospections à Salau  (voir notre article du 20 juillet).

Immédiatement relayé par l’association «Couflens-Salau Demain» et le Comité Ecologique Ariégeois, une pétition circule depuis cet été et selon le premier magistrat elle aurait reçu 3600 signatures.

«Le projet est toujours en cours, nous attendons… et l’association se charge de refouler les gens qui seraient potentiellement intéressés» précise Henri Richl qui a reçu sur site la préfète de l’Ariège.

La mine est derrière nous, l’avenir c’est le tourisme autour de l’ours
Thierry de Noblens du Comité Ecologique Ariégeois suit ce dossier de près. Pour lui pas de doute la mine c’est du passé. Il en dresse un constat accablant : «Cette mine en altitude a laissé beaucoup de remblais et de terrils et je ne pense pas que les nouveaux exploitants soient très regardants pour l’évacuation des matériaux inertes et stériles en empruntant les petites routes avec de si gros engins.

Beaucoup de maladies professionnelles non élucidées ont fait suite à l’exploitation… on parle d’amiante parmi les composants du minerai. Enfin on ferait beaucoup de remue-ménage pour pas grand-chose, car c’est la fin du filon de tungstène. Si la mine a été fermée, c’est qu’elle n’était plus rentable.

Depuis la commune a décidé de s’orienter vers le tourisme. J’imagine bien dans cette belle vallée un tourisme respectueux de l’environnement… si on était capable d’arrêter de diaboliser l’ours pourquoi pas autour de cet animal emblématique des Pyrénées, ce serait très attractif ! Aujourd’hui la mine est derrière nous, ce projet est plus que hasardeux
»
 
Un sentiment loin de faire l’unanimité dans le Couserans qui pourrait connaitre un énième plan social à la Moulasse avec la perte de 60 emplois.

Depuis des dizaines d’années, le pays a assisté impuissant à la déprise industrielle et à la disparition programmée de l’industrie papetière qui fit pourtant depuis le XIXe siècle sa réputation et sa richesse.

Les élus, les services de l’Etat considèrent que le projet de la mine de Salau pourrait à lui seul garantir sur ce territoire 250 emplois pendant 40 ans.

«On n’est plus à l’époque de Zola, précise un élu Couseranais pour qui ce projet conjure le mauvais sort qui s’abat sur le Pays depuis la fermeture de l’usine de Lédar en 2008.

Il n’y a plus d’hommes dans la mine, ce sont des excavateurs pilotés à distance par ordinateur qui font le travail, il n’y a plus qu’une poignée de techniciens sur site.

Par contre les nouvelles techniques d’exploitation sont capables de traiter le minerai jusqu’à 2% ce qui permettrait de repasser au crible les matériaux des anciens terrils et d’extraire d’autres filons comme l’or également présent sur site. Le plus gros contingent de salariés serait installé sur la plate-forme de traitement à Saint-Girons
»

Une association défend le projet de la mine de Salau
«Nous 09» tel est son nom, a vu le jour récemment dans la région de Seix et son porte-parole est catégorique: «On ne peut pas se permettre de laisser passer les occasions qui se présentent dans le Couserans.

Dans un premier temps il s’agit de faire des investigations pour connaitre les possibilités techniques, scientifiques de recherche du tungstène et connaitre les composantes que l’on va y trouver
»

D’autre part l’association précise que si les études menées mettaient au jour un véritable danger sanitaire, elle reviendra sur sa décision de soutenir ce projet.

«Mais aujourd’hui il faut dire les choses vraies, notamment à Ségolène Royal quand on lui écrit (NDLR : faisant allusion aux courriers des opposants) : il n’y a pas pollution sanitaire… par contre le filon de Salau mettrait la France hors des besoins pendant des années. Nous serons vigilants à tous niveaux, mais à force de dire non à tout, on sait combien ça coûte aux contribuables !»

Du côté de la préfecture
L’Etat est propriétaire du sous-sol, mais avant l’autorisation du premier coup de pioche il aura passé beaucoup d’eau sous le pont de Coufflens.

Ce dossier est suivi de près, car il s’agit à la fois d’un sujet économique et de protection des sites et des populations.

Les services de l’Etat sont là pour assurer le respect des procédures qui sont longues et complexes.

Marie Lajus préfète de l’Ariège rappelle que l’objectif global est d’«assurer la protection des sites et des populations, tout en offrant la possibilité d’offrir au territoire des potentialités de développement.

Cette procédure relative à l’ouverture d’exploration du sous-sol est extrêmement encadrée, elle prendra plusieurs années. Elle précède la demande d’exploitation tout aussi encadrée
»

Actuellement ce sont les prémices des opérations, un industriel (Michel Bonnemaison directeur général de la société Variscan) s’est positionné sur ce dossier pour une demande d’exploration.

«Nous devons regarder les intérêts et le sérieux de cette entreprise avant d’ouvrir à la concurrence, une procédure également encadrée. Une étude d’impact doit être réalisée, des réunions d’information avec les élus, les associations, le public devront être organisées (…)

On est encore très très loin des premiers coups de pioche
» tempère la préfète de l’Ariège qui poursuit «avant même que l’on attaque ces procédures j’ai souhaité que les services de l’Etat rencontrent tous les interlocuteurs, recueillent les témoignages et cela à toutes les étapes de la procédure pour travailler en toute transparence… nous sommes ouverts au dialogue et au-delà» a-t-elle indiqué.

Et avant d’accepter quelque demande d’autorisation de travaux que ce soit, des expertises environnementales sur les risques potentiels, des débats publics ouverts à la population seront programmés… il y a au moins deux ans de procédure.

Et pour avoir une idée précise sur ce dossier la Préfète n’a pas hésité vendredi dernier à se rendre sur site afin de mieux comprendre l’histoire de cette vallée malmenée par les catastrophes naturelles (inondations, torrents de boue) l’importance de la mine et le traumatisme vécu à sa fermeture…

Autant d’éléments permettant de mieux comprendre les positions d’une partie d’une population à fleur de peau.

Laurence Cabrol | 07/09/2015 - 18:58 | Lu: 26629 fois