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Foix: Stéphane Le Foll à l'écoute des apiculteurs ariégeois

© midinews 2014

Dernière ligne droite avant les élections européennes.

Le candidat PS, Eric Andrieu tenait meeting hier soir à Foix aux côtés de Kamel Chibli et de deux invités de poids: Jean-Louis Bianco, ancien ministre et Stéphane Le Foll, actuel ministre de l’Agriculture.

Devant un auditoire de 350 personnes, majoritairement des militants PS, conquis par les thèses développées - il a été question d’un projet de Fraternité et de Paix pour l’Europe de demain, d’harmonisation sociale, de taxe sur les flux financiers… mais également d’agriculture - et surpris de voir débarquer un curieux attroupement en combinaison de travail. En effet le collectif des apiculteurs ariégeois s’est invité à la manifestation, afin de rappeler au ministre leur désarroi face à la mortalité des abeilles.
Face à l’hécatombe les professionnels se mobilisent«Il faut rendre à César ce qui est à César, grâce à Stéphane Le Foll, il y a eu un moratoire de deux ans sur les néonicotinoïdes, les insecticides suspectés d’être à l’origine de la disparition des abeilles. Aujourd’hui nous demandons la suite du moratoire et accentuer les recherches sur la toxicologie reconnue par les chercheurs» indique Sylvie Humbert apicultrice dans la vallée du Montcalm qui n’a pas hésité à enfiler son costume de Maya l’Abeille pour sensibiliser le public à la cause des apiculteurs.

Depuis le début de l’année les apiculteurs ariégeois dont certains ont perdu plus de 50% de leur production ont monté un collectif pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation alarmante de la profession. François Gerster, inspecteur général de la santé publique et Alain Fauconnier, sénateur de l'Aveyron et président du comité stratégique de l'agriculture sont venus à leur rencontre au mois de février mais les aides et le protocole de surveillance tant attendus tardent à venir.
Les aides tardent à venir«On nous propose un emprunt à taux zéro pour redémarrer un cheptel et notre activité mais acheter quoi? Même nos fournisseurs sont démunis et qui nous dit que l’hiver prochain nous ne serons pas confrontés à la même problématique» souligne Céline qui devait reprendre avec son conjoint plus de 200 ruches et monter un GAEC.

Mais après cette hécatombe, son projet professionnel tombe à l’eau et le jeune couple ne survit que grâce au RSA:

«On a fait des analyses sur nos cheptels et nous n’avons toujours pas de retour et pour cause les machines du labo de Villeurbanne sont contaminées! La commission d’indemnisation est en cours, elle s’est réunie à deux reprises. Des dossiers d’indemnisations ont été envoyés aux apiculteurs (45 apiculteurs ariégeois sont concernés)… nous attendons tous le retour. A ce jour nous n’avons pas de réponse» poursuit la jeune apicultrice du Couserans.

Sans vouloir stigmatiser les pratiques d'une profession les apiculteurs ariégeois son persuadés aujourd’hui que ce mal mystérieux dont souffre les abeilles est lié à un problème toxicologique et qu’il y a corrélation (notamment depuis l’épidémie de FCO en 2008) entre le traitement du bétail et la mortalité des abeilles:

«On préfère parler de produits Phytosanitaires mais derrière cette appellation aseptisée ce sont ni plus ni moins des pesticides, des insecticides. Les chercheurs de l’INRA tels que Cyril Videau et Luc Belsens confortent cette hypothèse» poursuit Nicole Russier, apicultrice à Serres/Arget.

«Nous demandons d’étendre le moratoire et d’accentuer les recherches par rapport à la toxicologie et que les tests avant autorisations de mise sur le marché pour les produits véto soient faits sur les abeilles et les insectes»

Beaucoup d’apiculteurs ariégeois ont déjà jeté l’éponge (trop d’emprunts, pas de trésorerie et manque de motivation face à une situation qui tend à se renouveler tous les hivers avec toujours plus d’intensité. Pour ceux qui ont démarré la saison, les problèmes sont toujours là et ils attendent des réponses concrètes.
Le ministre suit de près le dossier de la mortalité des abeillesStéphane Le Foll à la fin du meeting a accordé un moment d’échanges avec ces apiculteurs:

«J’ai été saisi à de nombreuses reprises sur ce dossier, je vous ai envoyé François Gester. Nous avons mis en place une organisation pour déterminer de manière claire pour l’administration les causes de cette mortalité. Car on est obligé de s’inscrire dans des règles […] il peut y avoir des aides directes mobilisables sur le programme apicole européen (il y a des plafonds de 5000€) mais il y a des dossiers de déclarations à compléter et selon mes services à ce jour, seul 7 apiculteurs se sont déclarés alors qu’ils sont certainement plus nombreux»
A situation exceptionnelle, aides exceptionnellesPour Bertrand Théry, apiculteur à Serres/Arget il faut sortir de ce cadre et avoir le courage politique de dire que c’est différent: «chez Florence sur 350 colonies il n’en reste que deux à la sortie de l’hiver!»

Le ministre rappelle qu’il y a un cadre réglementaire au niveau européen et qu’il faut s’inscrire dans ce cadre déjà exceptionnel: «Nous sommes prêts à faire des prêts à taux 0 pour renouveler la capacité de production des exploitations touchées et d’avoir des aides à la trésorerie de 5000€… j’ai demandé de trouver des solutions, rapidement et je ne les discute pas.

Je vous rappelle aussi que j’ai débloqué 40M€ pour un plan de relance de la production apicole
(jamais il n’y a eu autant d’argent sur la recherche, la sélection, la recherche sur les maladies, sur l’installation...) dans cette branche»
Des aides seront rapidement trouvées et François Gester appelé à revenir en AriègeC’est un problème soulevé par les apiculteurs, entendu par le ministre. «Je ne peux pas interdire du jour au lendemain les phytosanitaires, je suis obligé de trouver des compromis. J’ai demandé par décret que les épandages de phyto ne soient plus fait le matin mais le soir […] je suis d’accord avec vous, il y a un problème de toxicologie.

Nous avons lancé des études, mobilisé un service entier. Mais si je n’avais pas eu un coup de fil direct, je ne l’aurais jamais su. A présent il faut le temps d’organiser ce plan… je ne suis malheureusement pas tout le temps en Ariège
[…] Il y aura des solutions financières trouvées. J’ai demandé que l’on me refasse le point d’ici la fin de la semaine. Une fois que j’aurais tous les éléments et le plan, François Gester et Alain Fauconnier reviendront en Ariège pour le mettre en œuvre correctement»

Des apiculteurs rassérénés par les arguments du ministre qui les a mis ensuite en relation avec le futur député européen Eric Andrieu, rompu à la problématique de l’agriculture et des dossiers européens.

Laurence Cabrol | 22/05/2014 - 19:23 | Lu: 36441 fois