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Kokopelli: le combat de David contre Goliath pour l'indépendance alimentaire se mène depuis l'Ariège

© midinews 2015

Cette association loi 1901, base arrière pour la sauvegarde de la biodiversité des semences dans le monde s’est installée il y a près de deux ans sur les hauteurs du Mas d’Azil.

Plus de 1600 variétés disponibles sur site, parmi lesquelles 600 variétés de tomates, 300 de courges ou 200 de piments, mais aussi des plantes médicinales, céréalières ou condimentaires stockées dans cette ruche où s’affaire une quinzaine de personnes.

Née en avril 1999 dans le Gard à l‘initiative de Dominique Guillet, l’association Kokopelli compte aujourd’hui près de 9000 adhérents adeptes d’une certaine agriculture paysanne, bio de préférence, centrée sur les circuits courts et en particulier sur l’autonomie semencière.

Un combat pour des semences libres et reproductibles, par opposition aux produits normés et standardisés de l’industrie agroalimentaire qui détient à elle seule 75 % de la biodiversité alimentaire issue de semences hybrides, clonées, propriété de cinq multinationales.
Un combat de David contre Goliath pour l’indépendance alimentaire
Le défi est énorme, d’un côté les géants de l’industrie chimique qui ont la main mise sur 75 % des semences potagères commercialisées dans le monde, de l’autre cette petite association basée au cœur des Pyrénées ariégeoises, militant pour l’utilisation des graines vivantes et libres.

Dès que l’on franchit le seuil, on est envahi par l’agréable odeur des plantes aux noms si poétiques: carotte «arc en ciel», tomates Wagner, fenouil de Florence, pois de senteur «painted lady»… adoptés par tous ceux qui veulent faire leur deuil des légumes insipides bourrés de pesticides, de tomates à la peau si dure qu’elles peuvent rebondir, des fruits si lisses et si bien calibrés qu’ils en ont perdu toute valeur gustative.

On se souvient en avril 2013 de ce petit maraicher verbalisé par les services de l’État sur le marché de Lavelanet pour avoir vendu des tomates «hors catalogue».

Un agent de la répression des fraudes (DGCCRF) qui après lui avoir signifié qu’il devait avoir la carte du GNIS (Groupement national interprofessionnel des Semences) et ne vendre que des variétés inscrites au catalogue officiel, l’avait verbalisé d’une amende de 450 euros.

Face à cette situation ubuesque, notre chroniqueur Olivier de Robert s’était emparé du sujet. Une chronique qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux avec notamment plus de 23 000 partages Facebook. (Chronique: des tomates hors catégorie)

«Depuis 16 000 ans que l’agriculture existe, les paysans ont toujours sélectionné leurs semences, explique Ananda Guillet.

Les graines non reproductibles ont envahi le marché à l’après-guerre et aujourd’hui ces multinationales (Bayer, Monsanto… etc.) ont tout intérêt que ces semences aillent mal pour vendre leurs produits (pesticides, engrais chimiques).

Nous voulons aider les jardiniers, paysans à redevenir autonomes
». Et face à ce marché captif il est souvent difficile de déroger à la règle.

«On nous accusait de vendre des semences non inscrites. Mais la semence c’est la base de la vie: il y a l’aspect économique, social et le contrôle des populations, si l’on contrôle les semences, on contrôle l’intégralité des sociétés».

Aussi l’association Kokoppeli guidée par sa volonté de défendre l’autonomie semencière dont on voit qu’elle est stratégique, mène aussi des opérations humanitaires sous l’appellation «Semences sans frontières» ayant pour but affiché d’approvisionner les communautés paysannes des pays pauvres «essentiellement l’Afrique et en Amérique Latine» en semences variées et libres de droits: «nous leur fournissons 200 variétés et des fiches techniques pour chaque espèce afin qu’ils puissent les reproduire d’une année sur l’autre»
Des projets de développement que Kokopelli entend pérenniser en Ariège
Aujourd’hui ce sont plusieurs centaines de colis par jour qui partent du siège de l’association grâce aux commandes en ligne (pas moins de 25 000 comptes d’acheteurs réguliers).

L’action militante qui suppose aussi le changement de comportement et de mentalités du consommateur commence à porter ses fruits.  

Ananda confie qu’il n’a pas choisi le département de l’Ariège par hasard: «c’est un département riche en matière de biodiversité et nous avons ici un milieu alternatif qui correspond aux valeurs de l’association.

En matière d’emplois nous avions ici une carte à jouer, en pleine saison nous sommes jusqu’à 26 à travailler sur ce site. Et le foncier est tout de même plus abordable que dans le Gard !
»

La remise en état d’une ferme sur le hameau de Camarade devrait permettre à l’association de produire à grande échelle ses propres semences et surtout accueillir dans de bonnes conditions le public pour des stages de formation et autres séminaires sur différents thèmes de l’agroécologie.

«Cette ferme servira de vitrine pour l’association et notre stratégie de développement nous a conduits à acheter un terrain mis à disposition par la commune (à l’entrée du village).

Nous allons construire un bâtiment de 1000 m2 de surface avec un jardin commun avec nos proches voisins d’Xploria permettant aux visiteurs de profiter des deux sites.

Un local en paille et bois avec toute une partie pédagogique, en complémentarité avec la ferme de Camarade
». Des projets qui devraient voir le jour dans les mois à venir.


Pour en savoir plus sur Kokopelli

Kokopelli est un personnage mythique souvent représenté comme un joueur de flûte bossu, issu des anciennes croyances amérindiennes.

Cette image mythologique de plus de 3 000 ans renait depuis quelques années à travers une association distribuant des semences issues de l’agriculture biologique afin de préserver la biodiversité semencière et potagère.

Association Kokopelli
22, Cap de Loum
Le Mas d’Azil

www.kokopelli-semences.fr et sur Facebook
Laurence Cabrol | 14/04/2015 - 18:55 | Lu: 67460 fois