Les plus grands spécialistes de l'archéologie préhistorique au chevet de la grotte du Mas d'Azil
Depuis 2011, avant la rénovation et la restructuration du bâtiment d’accueil de la grotte, les archéologues de l’Inrap se relaient au chevet de ce haut lieu de la préhistoire unique au monde.
Après les opérations de diagnostic prescrites par la DRAC dans le cadre du réaménagement touristique, il s’agit à présent d’un vaste programme de recherches scientifiques réalisé par une équipe pluridisciplinaire en partenariat avec TRACES, UMR5608 (CNRS et l’université Toulouse II Jean-Jaurès).
Ils sont géologues, cartographes, archéozoologues, hydrogéologues, spécialistes en géophysique… et se retrouvent plusieurs fois par an sur site pour des sessions de recherche où ils peuvent confronter leurs trouvailles, échangent leurs points de vue, repoussent les limites des anciens travaux pour avoir une analyse globale au regard de nouveaux moyens d’investigation.
Un programme d’étude axé sur trois principales problématiques : la réalisation d’une cartographie précise de la grotte, suivie d’une étude géologique complète pour comprendre comment le site s’est mis en place, a évolué et enfin évaluer tous les niveaux archéologiques encore en place dans la grotte
L’importante stratigraphie mise au jour au cours du diagnostic réalisé à l’emplacement du futur bâtiment d’accueil a permis d’exhumer du mobilier attribué à l’Aurignacien (35-33 000 ans avent notre ère), période où se mettent en place les sociétés dites de l’homme moderne, le fameux homo sapiens à qui l’on doit notamment le développement de l’art figuratif (voir notre sujet du 22 octobre 2014).
Une exceptionnelle stratigraphie couvrant tout le Paléolithique supérieur
Après l’occupation aurignacienne, les archéologues s’attaquent depuis le début de la semaine l’occupation magdalénienne (14 700 ans avant notre ère): «nous avons trouvé d’anciens sondages, des traces d’outils datables du XIXe siècle, époque de la construction de la route qu’il a fallu remonter par rapport aux crues de l’Arize», explique Pauline Ramis qui au-dessus d’un premier sondage réalisé par l’abbé Pouech a mis au jour un niveau magdalénien avec un foyer, des restes cendreux, des silex, des restes osseux et une petite perle noire classique de cette période-là dans les Pyrénées.
«La couche magdalénienne est plus rouge, à l’époque ils utilisent l’ocre pour le traitement des peaux, la coloration… au-dessus on peut voir le limon des inondations puis le remblai de la limite du front de taille réalisé pour la construction de la route» précise l’archéologue.
Au fil du temps la lecture du site se précise, tout s’articule: «nous commençons à avoir beaucoup d’éléments à traiter, analyser, comprendre, mais c’est le point de départ d’une compréhension globale du site» poursuit Marc Jarry, responsable scientifique pour l’Inrap qui coordonne toutes ces équipes depuis plusieurs années.
Aujourd’hui la grotte donne l’impression d’être une zone de passage, facile d’accès, mais cette topographie ne date que du XIXe siècle: «elle n’avait pas la même allure à l’époque des magdaléniens, loin s’en faut.
Les documents d’archives antérieurs aux travaux de génie civil montrent que la grotte était difficilement traversable, même dangereuse pour qui s’y hasardait. Les hommes préhistoriques n’y avaient accès que du côté de la rive gauche (côté parking) et seulement pour s’y abriter.
Dans cette zone où nous sommes actuellement, sur la rive droite, on trouve l’habitat magdalénien principal et les peintures ornées». Au regard des vestiges trouvés, le scientifique développe: «à cette époque-là, il n’y avait pas un immense trou, mais une pente douce conduisant vers la rivière.
Les hommes se sont installés sur les hauteurs, car les températures y étaient plus clémentes.
De là ils avaient accès à la galerie des silex, ils ont fait plusieurs trous pour accéder aux salles du dessous, notamment à la galerie ornée de l’abbé Breuil qu’ils utilisent pour leur culte, mais également des galeries de rejet (une poubelle) où l’on a exhumé des os brûlés, cassés… c’est un endroit où la vie s’organise dont on commence à avoir une idée précise».
Les travaux de cette équipe pluridisciplinaire se poursuivent. Ils permettront a terme de comprendre non seulement la chronologie, mais aussi grâce aux nombreux vestiges d’occupation une meilleure connaissance de la Préhistoire.
Ces découvertes sont importantes, elles enrichissent le patrimoine du lieu dans le périmètre même de sa mise en valeur. L’apport des techniques actuelles de l’archéologie préhistorique permet en outre, la remise en contexte d’une partie des collections conservées au musée et jusqu’alors orphelines.
L’immense réseau de galeries du Mas d’Azil n’a pas encore livré tous ses secrets. Demain mercredi l’Inrap et le laboratoire Traces (Université Jean-Jaurès) accueilleront sur sites la presse nationale afin de communiquer autour de ces découvertes uniques.
dans la même rubrique
- Mémoire: 7ème «Rencontres Prayolaises», à la rencontre de l'histoire
- Pamiers: le Patrimoine vu autrement
- Journées du patrimoine: les animations du week-end en Vallées d'Ax
- Montségur en lice pour le classement mondial à l'UNESCO
- «Lézat, un village né d'une abbaye», un ambitieux projet culturel voit le jour au coeur de la vallée de la Lèze
- Cet été le Carmel de Pamiers va livrer ses secrets
- Camon: la Fondation du Patrimoine lance un appel à don pour un exceptionnel tabernacle du XVIIIe siècle
- Protection du patrimoine: la préfecture de l'Ariège protège plus d'une trentaine d'objets des pilleurs d'église
- Le nouvel opus des Amis des Archives de l'Ariège
- Besset: le projet de restauration de deux tableaux rencontre l'adhésion des Ariégeois
- Grotte du Mas d'Azil: dans les entrailles de la terre avec les géologues de l'Inrap
- Le village de Camon, un projet de restauration en relation avec la Fondation du Patrimoine en Ariège
- Sentein: histoire de l'Abbé Maurette
- Les plus grands spécialistes de l'archéologie préhistorique au chevet de la grotte du Mas d'Azil
- Besset: rencontre et mécénat autour de deux tableaux inscrits au patrimoine
- Le buste XVIe du Saint Paul d'Arnave retrouve son lustre
















