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Patrimoine minier du Biros
10/01/2011 | 20:09
© MidiNews 2011

Le Biros, c’est un siècle d’histoire minière: Montolieu, Bentaillou, Bulard, autant de noms qui au siècle dernier ont marqué l’histoire de ce petit pays au pied des plus beaux massifs du Couserans.

Dans les années 1880, un important filon de plomb argentifère est découvert entre les couches de schiste et de calcaire… une richesse inespérée pour un pays montagneux!

Le plomb (galène) et le zinc (blende) font la fortune de Sentein qui, au plus fort de l’exploitation dans les années 1910, compte plus de 1800 habitants, près de deux cent enfants fréquentent l’école et un tramway dessert la vallée.

Aujourd’hui ils, ne sont plus que 144 habitants sur la commune et juste suffisamment d’enfants pour maintenir l’école ouverte.

De ce passé minier, il ne reste que des installations rongées par la rouille à flanc de montagne ou des bâtisses délabrées… autant de symboles de la richesse de ce pays mais aussi de la souffrance des hommes.

Les paysans du cru mais également des Espagnols ou des Italiens qui, fuyant la misère, devenaient mineurs six mois de l’année (de mai à octobre)… ils étaient près de cinq cents à travailler sur les sites du Bentaillou (1900m d’alt) ou du Mail de Bulard (2754m d’alt).

Les uns chaussés de simples espadrilles de corde («espartina»), les autres ne quittant pas leurs sabots de bois («esclops») moins souples mais qui les protégeaient lors de l’extraction du minerai dans les galeries.

Des conditions extrêmes que nous fait revivre Claude Taranne dans son ouvrage sur la mine de Bulard, appelée dans le Biros «la mangeuse d’hommes»

Ce passionné d’histoire a eu la chance de rencontrer un ancien fils de mineur, de récupérer des photos d’époque et de travailler sur des archives.

C'est donc à partir de faits réels qu’il compose la trame de son ouvrage, bâti sur l’histoire d’un jeune ouvrier espagnol, José Manuel Garcia, qui en octobre 1900 fait partie de ce convoi d’«hirondelles», appelé ainsi car ces hommes passent la frontière à la belle saison pour venir gagner leur vie en France.

«Il ne subsiste de cette époque que la mémoire orale des anciens et la thèse de Claude Dubois» explique Claude Taranne, le cœur serré de voir ce patrimoine minier tomber dans l’oubli.

A Bulard, la valeur marchande du minerai est de 65%, du jamais vu dans une exploitation minière… mais le filon s’élève dans une faille à la verticale de l’étang d’Araing, à plus 2000m d’altitude.

Malgré cet accès difficile, on va bâtir dans ces lieux aussi improbables que vertigineux le village minier du mail de Bulard perché à 2500m, le plus haut d’Europe.

Baraques rudimentaires perchées sur un piton rocheux ( «le Machu Picchu ariégeois» d’après l’ingénieur Cholin qui avait voyagé en Amérique Latine), après avoir construit cantine, dortoirs et forges au pied du promontoire, en 1901, un chemin de plus de 700 mètres est taillé dans la roche à coup de dynamite.

L’extraction se fait sur six niveaux, le minerai d’abord évacué sur wagonnets, finit d’être acheminé par câbles et bennes jusqu’au bocard d’Eylie.

A partir de 1901 jusqu’en 1919, plus de 80 000 tonnes de tout venant sont arrachés de la montagne.

Bien que ce soit à l’époque la mieux payée des Pyrénées, c’est aussi la plus dangereuse, la mine laisse chaque saison son lot de victimes: blessés par les explosifs, les mineurs côtoient tous les jours le vide (plusieurs d’entre eux ne survivront pas à leurs chutes), la poussière des sulfures, (pneumonies, saturnisme aigu)… autant de raisons pour lui donner le triste surnom de «mangeuse d’hommes»

Si bien qu’en 1903, le directeur Louis Roussel crée «la société de secours» pour les ouvriers et employés de la mine de Sentein, de Bulard et de Carboire.

Le siège social se trouve au bocard d’Eylie et les ouvriers de ces trois mines en sont membres de droit: on prélève 2% sur leur salaire afin de doter la caisse de cette société de secours de fonds permettant en cas d’accident d’indemniser les familles, de prendre en charge les frais médicaux, voire même les obsèques des mineurs et d’accorder une pension à leurs veuves.

Soudain, la logique boursière s’emballe et emporte ce que les tempêtes, les avalanches et les risques insensés pris par les hommes, n’avaient pas réussi à entamer: la mine de Bulard ferme ses portes au mois d’août 1919, celle de Bentaillou connaîtra plusieurs soubresauts et deux tentatives de réouvertures, en 1963 et 1973 qui se solderont par des échecs.

«C’est au prix de grèves et de souffrances, qu’il ya aura aussi à cette époque de sérieuses avancées sociales, comme l’indique Claude Taranne.

On est dans l’euphorie de la révolution industrielle […] les étrangers arrivent dans la vallée avec leurs coutumes, leurs spécialités et il ya des échanges avec les autochtones, ce brassage de population ouvre également les esprits des Biroussans [...]

De plus, depuis le début du XXe siècle la vallée a l’électricité grâce à la mine
»

Aujourd’hui l’empreinte de l’homme est présente sous forme de cicatrices anciennes.

Des mines abandonnées, il ne reste que pylônes, galeries ou bâtiments fantômes.

Claude Taranne a travaillé avec l’Office de Tourisme du Biros pour réaliser un topo guide autour de ce patrimoine minier trop méconnu.

Mais il cultive le rêve avec quelques passionnés, de voir réaliser un jour un centre d’interprétation autour de ce patrimoine oublié ou un projet qui pourrait allier sport, nature et culture comme une via ferrata à Bulard…

En attendant, il nous fait partager son amour pour la mine dans la salle de son gîte d’étape à Eylie sur le GR 10 où il a aménagé un petit musée.

Son ouvrage sur la mine de Bulard est là pour témoigner de cette époque révolue.

La Mine de Bulard, par Claude Taranne
Edition d’Aylie
ISBN: 978-267466-1614-1
Contact: [email protected]
Ouvrage disponible à l’OT et à l’épicerie de Sentein; aux librairies: La Mousson à Saint -Girons, Surre  à Foix et Les Beaux Livres à Ax les Thermes

Crédit photos: Claude Taranne

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 10/01/2011 | 20:09 | Lu: 31117 fois