Comme un symbole, des jeunes enfants qui n’ont rien connu de cette période trouble de l’Histoire ont participé à la cérémonie commémorant les 70 ans de la rafle de la colonie de la Hille à Montégut-Plantaurel.
Pour échapper à la barbarie nazie, une centaine d’enfants juifs ont été hébergés au château.
Avec l’intensification des mesures prises à l’encontre des Juifs, et malgré l’installation du château en zone libre, leur survie ne fut possible que grâce à la Croix Rouge Suisse, mais aussi à l'engagement d'un personnel hors du commun ainsi que de la population du village et de ses environs.
Malgré tout, plusieurs d'entre eux n'en réchappèrent pas. En effet, dans la nuit du 26 au 27 août 1942, 48 enfants âgés de plus de 16 ans furent arrêtés par la gendarmerie puis déportés au camp du Vernet d’Ariège.
La plupart furent ensuite emmenés au camp d’extermination d’Auschwitz d’où ils ne sont jamais revenus.
«Fuyant la haine et la terreur qui envahissait l’Europe, la centaine d’enfants Juifs qui vécurent ici sont sorti le temps d’un instant de cet enfer. Ils y trouvèrent des moments de bonheur et de refuge momentanés et fugaces» a souligné Salvador Pérez, préfet de l’Ariège.
«Sur les 10 Hillois déportés à Auschwitz, un seul a survécu. Nous sommes donc ici pour honorer le courage et la fraternité de tous ces enfants. Mais également un hommage vibrant à tous ceux qui les ont protégés et ont eu le courage de dire non à l’inacceptable»
Dans ce très bel édifice, aujourd’hui transformé en chambres d’hôtes, Guita Vormès laisse échapper ses souvenirs.
Elle n’a que 12 ans lorsqu’elle intègre avec sa sœur Irène la colonie de Montégut, la veille de la rafle en août 1942. «C’est devenu tellement civilisé aujourd’hui, tellement propre» s’étonne-t-elle.
C’est fréquemment que la Parisienne vient au château et à Montégut avec quelques rescapés pour se rappeler... de cette pièce où elle fut enfermée contagieuse lorsqu’elle avait la typhoïde, de ce garçon un peu étrange qui était toujours près du puits, de son arrivée à Montégut grâce à l’aide d’une amie de Montauban et d’une personne de la Croix Rouge Suisse.
«Cette dame avait assuré à maman que nous serions sous la protection du secours suisse et donc qu’il ne nous arriverait rien» poursuit-elle. «On avait une institutrice, une chorale et suffisamment à manger mais on se posait tout de même des questions»
De son passage en Ariège, la dame de 82 ans garde un souvenir intact. «Cela fait partie de notre vie. C’était vraiment un endroit privilégié jusqu’aux dramatiques incidents. Ce ne sont pas des événements qu’on peut oublier»
C’était il y a 70 ans, pourtant aujourd’hui encore, il est nécessaire de se rappeler et d’apaiser les esprits dans un contexte où le racisme et l’antisémitisme sont de plus en plus prégnants en France.
Une requête à laquelle s‘associe Guita: «quand il y a une crise, il faut toujours trouver des coupables. A l’époque, c’était le leitmotiv d’Hitler pour détourner l’attention. Aujourd’hui, il ne faut pas crier avec les loups»
«On sent une résurgence de vent mauvais actuellement. Il est donc nécessaire de faire prendre conscience aux enfants que le mal peut ressurgir et qu’il faut toujours être vigilant» conclut Jacques Asseraf, représentant du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France à Toulouse.
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