L'éolien industriel s'invite dans les élections départementales

Selon le schéma régional arrêté en juin 2012, plusieurs dizaines d’éoliennes devaient entrer en service dans le département de l’Ariège.
Et parmi les projets les plus aboutis, malgré la vive opposition des associations locales, le parc éolien des collines d’Ariège sur les communes de Malléon et Gudas (11 éoliennes).
Les prémices de ce projet datent de 2008-2009, le permis de construire a été déposé et l’enquête publique qui s’est déroulée à l’automne 2014 et le commissaire enquêteur a donné un avis favorable à ce projet soutenu par le maire de la commune de Gudas (voir notre article du 2 octobre 2014). Celui-ci attendait une réponse avant le 18 mars 2015 de la Préfecture.
Le 18 mars est passé et Yves Marcérou reste dans l’expectative: «le dépôt de dossier date d’aout 2013, le permis de construire a été déposé, nous avons eu la notification du délai d’instruction le 18 mars 2014, sachant qu’il faut un an de délai d’instruction… aujourd’hui on ne sait rien.
Madame le préfet devait me recevoir avant le 18 mars, mais en ce moment avec les élections, le devoir de réserve, on ne sait plus sur quel pied danser. Entre temps la commission des sites s’est prononcée défavorablement en raison du classement au patrimoine national du château de Montségur.
Il a été demandé au porteur de projet (Opale Energy Nouvelle) une simulation depuis le pog. On voit le bout des pales de trois éoliennes. Une étude supplémentaire a été commandée, mais nous n’avons pas plus d’informations a ce jour » explique le premier magistrat qui a aussi adressé un courrier à la ministre de l’Environnement, à la députée, au préfet de Région et à celui de l’Ariège… restés sans réponse.
Présenté comme précurseur dans le département, le projet éolien de Troye d’Ariège: 5 éoliennes portées au départ par la société Raz Energie, devenue depuis le début de l’année Sameole Sud-Ouest. Arlette Roméra maire de ce village depuis 2008 a toujours milité en faveur des énergies renouvelables (voir notre article du 4 mai 2012).
Elle défend contre vent et marée son projet. Mais en ce moment elle préfère être discrète, car si le permis de construire a été déposé, elle attend une réponse de la Préfecture qui se fait attendre.
Le projet de Camarade que l’on croyait mort enterré ressurgit de manière inopinée : le dossier porté par EDF-énergie nouvelles (voir notre article du12 aout 2013) aurait été déposé le 18 décembre dernier à la DREAL à l’insu de la commune et de ses habitants. Les opposants au projet (l’association En avant Camarade, l’ACCA locale et la mairie de Camarade) ont tenu il y a quelques jours une réunion publique. La lutte reprend et l’opposition s’organise.
Les éoliennes s’invitent dans la campagne des élections départementales
Le 11 mars 2013, l’Assemblée nationale a adopté en lecture définitive la proposition de loi dite «Brottes» visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre et portant diverses dispositions sur la tarification de l’eau et sur les éoliennes.
Les articles 24 et 29 de la loi allègent le dispositif, en supprimant les Zones de Développement de l’Eolien (ZDE) et la règle des cinq mats qui conditionnaient la possibilité de bénéficier des tarifs d’achat règlementés auprès d’EDF.
Les ZDE supprimées, c’est le Schéma Régional Eolien (SRE) qui fera office d’outil de planification géographique des implantations éoliennes.
«Aujourd’hui c’est le préfet qui décide de l’implantation ou pas d’un parc éolien, les maires n’ont plus la main» précise Jean Huillet de l’association «Préservation du Tourisme et des Sites du Pays des Pyrénées Cathares» (PTSPPC) farouche opposant à tout projet d’éolien dit industriel.
«À Troye d’Ariège le projet est très avancé. Le maire est demandeur, le dossier est déposé à la DDT, mais la société privée qui a porté le projet vient d’être rachetée par une filiale du groupe Samfi-Invest.
Nous dénonçons ces sociétés qui reprennent les dossiers, car au final quand on cherche la responsabilité d’un tiers pour démonter les mâts où s’il y a un problème, il n’y a plus personne… sur ce cas précis les services de l’État doivent se prononcer fin mars. Idem pour Gudas.
Sur Dun ou Esclagne, la population locale m’a demandé d’intervenir pour une séance d’information, mais nous ne sommes pas davantage fixés».
Il est des sujets qui fâchent en temps normal et que l’on préfère éluder en période électorale, car ils sont loin de faire l’unanimité des Ariégeois donc des électeurs.
«Nous sommes en pleine période électorale poursuit le maire de Camon, et je suis heureux de voir que les candidats aux élections départementales se sont prononcés majoritairement contre les éoliennes, considérant que le tourisme et les retombées économiques qu’il engendre, constituent la planche de salut de notre département.
Le prochain conseil départemental sera défavorable aux éoliennes et Henri Nayrou s’est lui aussi positionné contre… nous marquons des points à ce niveau».
Jean Huillet a décidé de créer après les élections une fédération regroupant une dizaine d’associations contre les éoliennes industrielles.
De son côté Florence Rouch, secrétaire départementale d’EELV n’a pas de position arrêtée sur le sujet: «sur le fond nous sommes favorables aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse… etc). Ensuite il faut voir la façon dont les projets sont montés.
Jusqu’à présent il y a un manque évident de concertation avec les populations. Il vaudrait mieux mettre les opposants autour de la table dès le départ […] ce qui me dérange c’est que les opposants parlent d’éolien industriel.
Mais si on veut produire de l’énergie, il faut que le mât soit suffisamment haut. Étant moi-même dans les énergies renouvelables je peux vous dire que l’éolien domestique est un enfer au niveau des nuisances sonores et ne produit pas suffisamment. Les énergies renouvelables sont indispensables, on ne fonctionne pas sans éolien, sans soleil, sans bois.
Les particuliers, les collectivités ne doivent pas perdre la main sur ces projets face à des investisseurs privés intervenant dans un contexte concurrentiel qui pousse à des comportements qui ne s’inscrivent pas toujours dans la logique du développement local et durable […]Cette réappropriation publique et citoyenne est une condition essentielle de sa réussite de tous ces projets».
À l’heure où l’on parle de financement participatif, l’avenir est peut-être pour les énergies renouvelables à l’investissement citoyen.
| État des lieux Le projet de loi de transition énergétique ambitionne une baisse de 30 % des énergies fossiles consommées en 2030 tout en permettant à la France de remplir les engagements pris contre le changement climatique. Pour y parvenir, il faut diviser par quatre les gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Dans le même temps, il faut porter la part des énergies renouvelables à 23 % pour 2020 puis à 32 % pour 2030 et ramener la part de l’énergie nucléaire dans la production électrique à 50 % d’ici 2025. Pour y parvenir, la France devra obligatoirement valoriser des ressources : le solaire, l’éolien, l’hydraulique, la biomasse... développer des filières, simplifier les procédures. Ségolène Royal, ministre de l’Environnement a rappelé le mois dernier l’importance de ce levier d’accélération de la transition énergétique et de la croissance verte en renouvelant son soutien aux acteurs de la filière des énergies renouvelable. Parmi les projets encourageant ce mix énergétique, l’éolien industriel. La France possède le deuxième gisement éolien européen après la Grande-Bretagne. Même si la ministre compte développer cette énergie verte pour répondre aux objectifs fixés par la directive européenne sur les énergies renouvelables, force est de constater que l’éolien terrestre était en perte de vitesse depuis 2013 : le parc éolien atteignait fin mars 2014 en France 8,3 GW avec une forte disparité régionale (les installations sont concentrées sur 5 régions). Et dans le département de l’Ariège que ce soit en Pays des Pyrénées cathares, à Gudas ou Camarade, les projets n’arrivent pas à décoller. Pour en savoir plus: http://www.developpement-durable.gouv.fr |
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