Frédérique Massat, présidente de la commission des affaires économiques: «c'est un travail à 100%»
Le 1er octobre, Frédérique Massat est devenue la première femme élue à la présidence de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Un honneur pour la députée de la première circonscription de l’Ariège, mais aussi une responsabilité qu’elle accepte avec humilité.
Entre deux aller-retours à Paris, la parlementaire a accepté de revenir sur ces deux premières semaines de «présidence».
Comment s’est jouée cette élection à la présidence de l’une des plus prestigieuses commissions de l’Assemblée nationale?
«C’est une histoire qui a commencé en 2012 lorsque je suis devenue vice-présidente de cette commission. J’ai été amenée à beaucoup travailler sur les différents sujets, mais aussi à remplacer le président.
En tant que président de la cette commission, il a été appelé à présider les travaux de commissions spéciales comme celles sur la loi Macron ou sur la loi de transition énergétique. Lorsqu’il a quitté la commission des affaires économiques, il a fallu désigner un candidat. Il y a eu une primaire, et mes collègues ont estimé que j’étais la mieux placée pour assumer la fonction».
Vous êtes la première femme à présider les Affaires économiques. Comment appréhendez-vous cette situation?
«Vous savez, à l’Assemblée, on voit parfois des réactions un peu machistes, mais comme on en a partout. Je retiens que les choses changent puisque l’on m’a confié cette responsabilité…»
Notre job
est de faire la loi
Quels ont été vos premiers mots après votre élection?
«J’ai averti mes collègues que nous allions continuer à travailler. Parfois, ils se plaignaient de cadences infernales avec François Brottes, mais notre job est de faire la loi. Nous avons déjà lancé deux chantiers importants: un sur la crise agricole, un sur la filière automobile avec la problématique du diesel que l’on connaît aujourd’hui.
Nous essayons de coller à l’actualité, mais aussi d’être dans le structurel, dans la prospective. Nous avons neuf à dix ministres qui sont afférents à notre commission, les ministres de l’Agriculture, de l’Économie, de la Ville ou encore du Logement. Nous les auditionnons régulièrement, nous essayons de co-construire des outils législatifs».
Les commissions parlementaires produisent de nombreux rapports; à quoi servent-ils?
«Les rapports servent souvent de base à des amendements pour améliorer des lois, voire peuvent être des sources pour le gouvernement. Le rapport que j’ai pu faire par exemple sur les contrôles agricoles a été repris dans sa quasi intégralité par le premier ministre dans sa circulaire, ça permet des effets concrets sur le terrain. Nous sommes force de propositions».
Je n’accepte pas de dîners ou de voyages… de toute façon, je n’ai pas de temps pour cela
On évoque souvent le poids des lobbys auprès des parlementaires. Qu’en est-il réellement?
«J’avoue que c’est assez nouveau pour moi car je suis beaucoup plus sollicitée en ce sens depuis quinze jours. Mais j’ai pris des règles strictes en terme de fonctionnement: je ne les reçois que dans mon bureau à l’Assemblée, je n’accepte pas de petits-déjeuners ou de dîners, ni de voyages… de toute façon je n’ai pas de temps pour cela.
Mais les lobbys sont utiles. Il faut être en capacité d’entendre tous les acteurs de la société, mais il est faux de dire que l’on est à la botte des lobbys. Les lobbys, cela peut être la presse, des entrepreneurs, des syndicats, etc. Nous devons les entendre, mais garder notre libre arbitre».
Députée, pressentie pour un ministère au printemps, aujourd’hui présidente d’une prestigieuse commission: qu’est-ce qui fait courir Frédérique Massat?
«La passion. Je me suis engagée dans tous mes mandats par choix et j’ai eu la chance que les électeurs me donnent leur confiance. Mais c’est une passion qui procure des joies, mais qui est parfois lourde à porter.
Pour moi, c’est un travail à 100%. Je me suis investie sur les dossiers, j’ai travaillé et donc j’ai été repérée. Mes collègues ont reconnu ma capacité à travailler. Je ne suis pas la seule dans ce cas, mais j’ai sans doute été au bon moment au bon endroit. Si François Brottes n’avait pas été appelé à d’autres fonctions, je serais toujours vice-présidente et cela m’irait très bien».
Qu’en est-il des dossiers ariégeois?
«Je les suis également avec la plus grande attention. Il y a deux jours encore (ndlr: l’entretien a été réalisé vendredi), j’étais avec le ministre des Finances au sujet de la problématique des trésoreries ariégeoises. Et je peux dire qu’aucune décision n’a été prise aujourd’hui.
J’ai notamment dit au ministre qu’une fermeture serait un très mauvais signe envoyé aux territoires. J’espère que nous serons entendus aujourd’hui, pour travailler demain à une autre organisation. Car, on sait que l’on doit y travailler. J’ai clairement dit que l’on ne réfute pas le changement, mais je demande que l’on nous laisse le temps nécessaire pour préparer ces réorganisations».
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