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Exposition «Quelle Histoire?!»: de l'art contemporain chez Fébus
22/03/2012 | 20:15
© MidiNews 2012

Outre ses programmes de restauration, de valorisation des collections, le Conseil général de l’Ariège mène une politique volontariste pour le développement des arts plastiques et plus particulièrement l’art contemporain dans le département grâce notamment à un partenariat étroit avec le musée des Abattoirs de Toulouse et le Fond Régional pour l’Art Contemporain (FRAC )Midi-Pyrénées.

On se souvient du projet Dream Time qui aura permis pendant plusieurs saisons aux artistes venus en résidence en Ariège, d’investir la grotte du Mas d’Azil.

Avec l’exposition «Quelle Histoire?!» au château de Foix, il ne s’agit pas de commandes mais d’une sélection d’œuvres provenant du FRAC sur la thématique «Art et politique», installées dans les salles sans bousculer le cheminement du visiteur mais pour enrichir sa réflexion et aiguiser sa curiosité.


Une mise en résonnance de l’art contemporain et des vieilles pierres visant en interpeller en douceur le public, un public qui n’est pas préparé à cette confrontation, ni à cette forme d’art puisqu’il vient d’abord au château de Foix pour voir un monument historique.

«Les artistes ont toujours un rapport particulier avec l’histoire… un rapport qui a pu être édifiant, critique et parfois même politique et engagé» explique Anne-Marie Albertin, initiatrice de cette expérience «transhistorique» entre Moyen-Age et période actuelle.

Une manière de réinventer un lien, une communication entre ces périodes, des œuvres qui rentrent en résonnance avec les thématiques de ce site et des personnages qui ont fait l’histoire de ce château.

L’histoire avec un grand «H» sous un point de vue politique, religieux, la guerre, le pouvoir de l’image, des médias… autant de réflexions suscitées par cette exposition dont nous avons pu ce matin, en avant première, découvrir les contours.

A quelques jours de l’ouverture au public, les régisseurs du musée des Abattoirs de Toulouse installent les œuvres.

Habitués à travailler dans des endroits improbables tels que les grottes préhistoriques, les chapelles ou les espaces publics, ces techniciens se sont adaptés aux contraintes dictées par le château de Foix, monument historique classé:

«Ici on ne peut pas faire de trou dans les murs et on rencontre principalement des contraintes d’accès car il faut monter jusqu’au château puis transporter les œuvres jusqu’au 4e étage ou les descendre dans le cachot.

Puis il y a des contraintes de volumes: ainsi le disque original de cette œuvre ne pouvant passer par la porte du fait de sa dimension a été refait avec des proportions plus modestes
»

Ces professionnels garants de l’intégrité et de la lecture des œuvres installées travaillent avec ordinateur et téléphone en relation avec l’artiste pour ne pas dénaturer l’esprit de l’œuvre.

Une création souvent réalisée avec plusieurs matières, au croisement de plusieurs médiums comme avec cette installation de l’artiste Marion Laval-Jeantet, intitulée Ursae Lacrimae (les larmes de l’ourse), véritable ex-voto qui prend sa dimension réelle dans cette architecture médiévale.

De passage en Ariège, l’artiste a eu une vision qu’elle a transposée dans sa création avec des volutes de verre éclairées en guise de fontaine de larmes mettant en scène un rituel de réparation à l’égard de l’ours devenu indésirable à l’homme moderne.

L’ours vient aussi rappeler que c’est l’animal emblématique de Gaston Fébus, maître des lieux et dont le château proposera au mois de juin une exposition autour du livre de Chasse du comte de Foix.

Autre lieu autre œuvre, le cachot de la tour qui accueille «Sighseeing» de Tania Mouraud, une vidéo noir et blanc de 7minutes dans laquelle on découvre derrière la vitre embuée d’un train un paysage enneigé sur fond de clarinette aux accents kletzmer.

La musique s’arrête brutalement et l’on voit apparaître au loin l’entrée d’un camp, travelling sur des cheminées, de la fumée, des barbelés pour confirmer la première impression… une tentative pudique de parler des atrocités de l’histoire.

«Nous sommes en phase d’installation, précise Aurélien Hanique, régisseur aux Abattoirs, c’est un peu compliqué mais nous veillons à ne pas dénaturer le lieu, tout les aménagements sont réversibles.

L’œuvre de Tania Mouraud est très forte, on se passe de tout commentaire, l’endroit sera plongé dans la semi-obscurité  pour inviter les visiteurs au recueillement à l’intimité. Le lieu s’y prête particulièrement il s’agit d’un cachot qui a été témoin de la souffrance des hommes
»

Un peu plus haut dans la tour carrée, dans la salle qui accueille le monumental lit d’Henri IV, une création de Michel Aubry projeté sur le mur: des tapis sur fonds de guerre, des images d’armes en profond décalage avec la douceur des lieux.

«L’image et le son donnent du mouvement à cette salle statique, il y a un dialogue entre violence de l’image projetée et l’empathie qui se dégage de la lecture des lettres qu’Henri IV écrites aux femmes qu’il a aimées» indique Anne-Marie Albertin qui découvre l’installation de cette œuvre.

Enfin au rez de chaussée dans la salle des chapiteaux romans, deux sculptures de l’artiste chinois Wang Du (emprisonné après les évènements de la place Tien an men en 1989) qui traduisent une actualité de l’image dominante.

Et à travers cette forêt de chapiteaux historiés, la rencontre des trois religions monothéistes: le christianisme à travers l’ensemble lapidaire des collections départementales et une petite diapositive en or de Marie Denis (pensionnaire à la villa Médicis en 1999) où se superposent l’étoile de David et la main de Fatima.

La diapositive peut être projetée sur un mur ou portée en pendentif, rappelant un objet précieux un bijou traditionnel mais aussi le symbole de deux communautés qui n’ont cessé de se côtoyer dans l’amitié ou dans la haine.

Quelle signification prend cet objet aujourd’hui au cœur d’une actualité tragique? Autant d’interrogations, de mises en perspectives, en résonnance de l’art contemporain en corrélation avec l’incomparable monument historique qu’est le château de Foix.

Une exposition à découvrir à partir du 30 mars 2012.


«Quelle histoire?!» au château de Foix

Musée départemental de l’Ariège

Performance filmée de Mehdi-Georges Lahlou «Devout with the niqab performance»

Présentation des œuvres de la collection FRAC Midi Pyrénées: Michel Aubry, Marie Denis, Daniel Dezeuze, Wang Du, Mehdi-Georges Lahlou, Tania Mouraud, Art Orienté (Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin).

Exposition du 30 mars 2012 au 30 mars 2013

Prix unique

Château de Foix: 05 34 09 83 83

http://www.sesta.fr/fr/chateau-de-foix
actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 22/03/2012 | 20:15 | Lu: 21387 fois