Les grandes découvertes sont souvent le fruit du hasard… depuis plusieurs semaines Hervé Langlois, restaurateur-conservateur de peintures murales et de bois polychromes, travaille sur le retable de l’église d’Ourjout aux Bordes/Lez.
Une œuvre du XVIIIe siècle en bois doré et polychromies qui occupe le chœur de cette petite église romane dans la vallée du Lez.
Ce panneau historié représentant une assomption du Christ a été repeint au XIXe siècle et pour retrouver le décor initial, le restaurateur a dû retirer les repeints à l’aide de solvants.
Première surprise, il a eu la chance de retrouver une inscription manuscrite sur une corniche lui permettant d’identifier précisément les artisans qui ont travaillé sur cette pièce, le curé qui en a passé commande et luxe de détails, deux dates permettant de situer exactement les travaux dans le temps: «fait en 1772» et «doré en 1776»
«Nous avons repris le ciel bleu étoilé du XIXe» précise Hervé Langlois qui vient de travailler sur le tympan polychrome de Conques, la cathédrale Ste Cécile d’Albi ou plus près de nous, le retable de Roquefixade.
«Nous avons restauré le dais… une pièce assez unique dont nous avons déposé les grandes guirlandes florales en atelier.
On arrive à déceler sur l’enlèvement des repeints le décor originel et l’on retrouve la vraie palette des couleurs, la vraie valeur stylistique.
De part et d’autre du personnage central, deux prophètes, Moïse et Elie, en contre bas Jean et Pierre, symboles de l’église romaine… tous les personnages ont retrouvé leur vivacité plastique, nous avons réalisé la même intervention que sur le retable de St Sébastien de l’église de Galey»
La sculpture, la modénature des entablements, les éléments ornementaux, les chapiteaux ou les drapés des personnages dorés à la feuille, les effets «bronze métallisé» réalisés à la feuille d’argent et au glacis, les faux marbres sont autant de détails qui prouvent les moyens mis en œuvre pour réaliser ce retable.
Mais le plus surprenant resta à venir… Hervé Langlois a découvert sur le mur derrière le panneau en bois du retable une peinture romane.
«Les peintures romanes sont rares dans la région, et cette découverte permet de compléter ce que l’on sait déjà sur les peintures de Saint Lizier ou de Montgauch […]
Les éléments sont assez bien conservés, les couleurs sont vives.
Sur le panneau de droite y figure l’apôtre André, à gauche un autre personnage dont on ignore encore le vocable et en bas une frise avec un renard, un animal très dynamique en train de courir et dans les ébrasements des rinceaux avec des décors végétaux…
La plupart de ces peintures sont encore recouvertes de badigeon, idéalement il faudrait déposer tout le retable pour les traiter»
La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) a été prévenue de cette découverte ainsi que les Monuments Historiques, tous convaincus de l’intérêt de cette découverte mais faute de moyens, les services de l’Etat ne peuvent aider la petite commune de Bordes/Lez.
Selon le restaurateur, la solution a minima consisterait à déposer le retable, mettre à jour la totalité des peintures qui sont encore sous badigeon et réaliser des mesures conservatoires visant à consolider le décor afin de documenter l’ensemble avec une couverture photo.
Ces photos permettraient ensuite d’étudier de manière plus fine cet ensemble inédit et de le rapprocher de tel ou tel atelier… bref il y en aurait pour 8 600 euros.
Aujourd’hui les finances locales ne permettent pas à la mairie de dégager une telle somme au grand désespoir de M. le Maire qui lance un appel à toutes les bonnes volontés.
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: une évasion rocambolesque
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: les voyageurs expédiés et reçus
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: faits divers
- Depuis deux siècles, la chapelle Notre-Dame de Montgauzy veille sur les Fuxéens
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: les duels
- Camp de concentration du Vernet d'Ariège: la demande d'inscription aux monuments historiques...
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: les lotions miraculeuses
- 100 ans après, conserver la mémoire de tous les «Poilus» ariégeois
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: une femme à la direction de l'usine
- Pamiers d'hier et d'aujourd'hui: dès 1825, l'usine s'agrandit
- Mémoire de montagnards, le partage d'un trésor unique
- Pyrénées Cathares: des panneaux pour mettre en avant l'histoire et le patrimoine des communes



fermer les commentaires
ajouter un commentaire
Les commentaires sont libres d'accès.





