Inscription du Camp du Vernet aux Monuments Historiques pour protéger ces lieux de mémoire dans le temps
Le Département de l’Ariège a engagé depuis plusieurs semaines un vaste chantier de réhabilitation du parking de la gare du Vernet d’Ariège: réaménagement du parking revalorisé par un traitement paysager et la réfection de la toiture de la gare, un bâtiment qui fait partie du mémorial du Camp du Vernet, au même titre que le cimetière, le château d’eau et les derniers vestiges de ce camp de concentration.
Faire vivre une histoire oubliée
Crée en 1918 comme camp de repos pour les troupes coloniales qui avaient survécu à l’enfer des tranchées de la Grande Guerre, le Vernet et son climat continental n’eut jamais les faveurs de ce public spécifique.
L’administration y avait installé un château d’eau et une quinzaine de baraquements qui ne servirent qu’au moment de la Guerre d’Espagne…
En février1939, la Retirada entraîné le départ de plusieurs vagues de réfugiés. Un exode sans précédent où près d’un demi-million de personnes franchissent alors la frontière des Pyrénées, dans de terribles conditions amenant un flot de réfugiés aux portes de l’Ariège.
Les autorités les envoient sur le site du Vernet où 15 000 d’entre eux, ceux qui sont jugés dangereux, sont parqués sur 20 hectares dans une promiscuité effrayante et des conditions d’hygiène inexistantes.
Ces prisonniers espagnols sont ensuite placés dans les usines ou les exploitations agricoles comme travailleurs étrangers et participent à l’effort de guerre.
Une politique inaugurée par Daladier en 1938 sous la IIIe République, poursuivie par Vichy. Républicains espagnols, antifascistes venus de toute l’Europe, Juifs…
Entre 1939 et 1944, la France de Vichy enferma au camp du Vernet, en Ariège, les étrangers jugés menaçants «à cause de leur race, de leur nationalité ou de leur croyance», selon les mots d’Arthur Koestler qui y fut interné d’octobre 1939 à janvier 1940 (et dont on retrouve le témoignage dans La Lie de la Terre). Près d’une soixantaine de nationalités passent par cette prison à ciel ouvert.
Le camp est officiellement fermé le 30 juin 1944 et les derniers détenus sont envoyés dans le train fantôme pour Dachau.
Une nouvelle page de ce lieu de mémoire est en train de s’écrire
Dès le mois de décembre de la même année, les anciens prisonniers, désireux de mettre en ordre le cimetière du camp du Vernet créent une amicale, l’Amicale des Anciens Internés Politiques et Résistants du Camp de Concentration du Vernet d’Ariège (AAI) qui depuis font vivre la mémoire du site et ce pan d’une histoire nationale peu glorieuse.
Parmi tous ces bénévoles investis, Fernand Sanchez, dont le père fut interné pendant un an avant de s’évader de cet enfer.
«C’est dans les années 70 que l’Amicale est montée au créneau, au moment où les agriculteurs ont demandé de déplacer les 52 tombes.
Le Conseil Général a acheté le terrain et le chemin menant au cimetière et de notre côté nous avons essayé de faire revivre cette histoire oubliée.
Au milieu des années 80 avec l’aide de la municipalité nous avons pu ouvrir le musée et à partir de là, accueillir des scolaires. Puis est né le projet de mémorial à la gare et il ya quatre ans cette demande d’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et des Sites».
Mardi 1er décembre dernier se tenait à la DRAC Midi-Pyrénées la Commission Régionale du Patrimoine et de Sites (CRPS) au cours de laquelle Fernand a défendu au titre de l’Amicale le dossier pour la protection de ce lieu de mémoire.
Il attend à présent la signature du préfet de région qui ne devrait tarder et donner enfin du sens au travail de tous ces bénévoles: «l’inscription concerne le cimetière, le château d’eau, les deux anciens piliers du camp, la gare, les anciens quais et la totalité de la surface du camp, car selon les photos aériennes le sous-sol n’a pas encore livré tous ses mystères et nous serons peut-être amenés à réaliser des fouilles archéologiques préventives.
Cet arrêté préfectoral permettra de protéger et de pérenniser le site dans le temps. Car nous sommes ici de passage et les associations s’essoufflent… notre but n’est pas de ressasser le passé, mais de reconnaitre tous ces gens qui sont morts, expliquer pourquoi ce wagon sur le quai, à quoi a servi cette gare…
Un véritable projet de mémorial qui nous a obligé un réel travail de recherche aux archives départementales (le camp du Vernet représente à lui seul 500 mètres linéaires).
Nous avons mis au jour 7 500 fiches individuelles, des photos, des dessins, un tas de documents qui seront bientôt mis en ligne sur le site de l’Amicale».
Selon Pierre Nora les traces du passé prennent un sens nouveau lorsqu’elles deviennent Mémoire en prenant appui sur des supports vivants et contemporains.
La Mémoire prend vie quand elle rejoint le citoyen. C’est le cas pour le camp du Vernet et l’histoire de ces milliers de détenus anonymes à qui un vibrant hommage est aujourd’hui rendu.
Le projet d’aménagement du mémorial près de la gare devrait être achevé et inauguré avant l’été 2016.
Pour en savoir plus: www.campduvernet.eu
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